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Suite et fin des pérégrinations de cet affamé de la vie qu'est Alain Vinot (3)

D’aventure en aventure, le chemin d’Alain Vinot fructifie au gré des événements et des rencontres. Série en cours cependant, laquelle déteste le mot fin. Pas le vocable faim insatiable en revanche…

 

Le retour sur le sol français

« J'ai repris l'entraînement de la boxe. En 2012 on m'a demandé de reprendre l'ancienne salle des Acariès à Paris où j'avais une soixantaine de boxeurs. J'ai eu un champion de France des mi-lourds qui s'appelle Patrick Bois, très connu puisqu'il a fait un championnat d'Europe, je l'ai gardé quelques mois, puis il est reparti dans les Ardennes où à mon avis il ne fera plus rien. Et deux petits jeunes avec qui j'ai gagné deux coupes. On a monté un site avec mon ami Marc qui s'appelle boxinggenerations.com On en est pratiquement à 200 biographies, on essaie de retrouver tous les boxeurs connus ou méconnus qui veulent bien nous expliquer leur vie et que ça paraisse sur Internet. On estime que les générations précédentes nous ont permis d'être ce que nous sommes, et à nous de faire pour les autres, il ne faut pas l'oublier. J'ai fait la commémoration à l'INSEP d'un très grand champion qui a été exterminé par les nazis qui s'appelait Victor Young Perez. D'ailleurs un film a été tourné sur lui il y a trois ans par l'ex-champion olympique Brahim Asloum. J'y ai rencontré l'ambassadeur de Tunisie. Avec Marc on a retrouvé le dernier boxeur qui a boxé dans les camps qui s'appelle Noah Klieger, toujours vivant, à 91 ans. On a eu une interview par téléphone, qui est sur boxinggenerations.com. On va essayer de le faire venir en France avant qu'il ne soit trop tard en trouvant le financement. Ce serait un super témoignage à raconter aux sportifs et aux gens de cette époque-là. Il faut que les gens se souviennent de ce qu'il s'est passé. Si mêler le sportif à l'humain peut aider certaines personnes à comprendre les choses... On a fait faire la sortie d'un livre sur une grande famille de boxeurs, les Famechon, par Isabelle Mimouni il y a deux ans. On prépare une expo de peinture sur les arts et la boxe. On a des projets, on y croit, et on tente d'apporter, surtout moi dans le sport, la boxe, ce qu'on m'a apporté. »

 Pourquoi pas le handiboxe ?

« Je me suis retiré de la salle, humblement je me suis mis en retrait des mondes pro et amateur, car il y a trop de salades...Je m'étais attaché aux handicapés dans le désert, qui gardent des moutons et m'ont donné tellement de bonheur avec rien que quand je suis rentré en France, j'ai accepté un handicapé ou deux dans ma salle, ça me plaît bien. Le handiboxe commence en France. Je me suis fait un week-end de formation au CREPS de Bourges avec les handicapés, et on a reçu 150 handicapés de France. On était une vingtaine à les encadrer, pour l'instant Il n'y a pas de fric en jeu, que du cœur, ça me va complètement. A la fin du stage, je me suis dit : est-ce que ça ne serait pas nous, les handicapés ? On se pose vraiment des questions, et j'y pense encore. Quand je suis rentré de stage ça m'a fait un bien total. Je vais voir si on peut pas faire sur Paris ou Créteil, comme je connais un peu de monde, une familiarisation ou un début d'initiation, en faisant venir quelques champions et un ou deux sponsors, éventuellement dans un gros centre commercial de Créteil où il y a de l'affluence. Ce serait un week-end de découverte du handisport et du handiboxe. « 

Comment vous définissez-vous ?

« Je suis un fou maîtrisé. J'ai mon araignée dans la tête, je le sais ! Comme sur le ring, il faut de la violence maîtrisée, la lecture de l'autre. Je vis un peu à l'instinct, je fais toujours attention à l'autre, parce qu'on vit à travers et avec les autres bien entendu. L'instinct, ça coûte. Ca m'a coûté un poste dans le sport, un professorat parce que j'ai soulevé certains problèmes dans la boxe, le jury n'a pas aimé, mais je ne regrette rien. J'ai eu la chance d'entraîner de grands sportifs, j'ai même travaillé avec des légionnaires, des troupes d'élite. Quand je donne les ordres, je suis devant. Je ne suis pas utopiste, car l'utopie c'est de ne jamais avoir essayé. Au moins, j'ai essayé.  Je suis un donneur et un partageur.»

De quels types sont vos rapports avec le milieu du show-biz ?

« J'ai eu quelques bons rapports, j'en ai encore, mais disons qu'il y en a quelques-uns qui ont oublié que j'étais là au bon moment. J'ai toujours vécu d'autres choses, ce n'était pas spécialement ma vie . Comme dans beaucoup de choses, j'ai peut-être manqué d'opportunisme, ou n'ai pas su m'imposer. Le talent est héréditaire à ce qu'ils disent. Je n'ai rien contre eux, l'an dernier j'ai fait deux-trois apparitions dans un film avec Manu Payet, mais à présent ce sont beaucoup les humoristes qui prennent la scène, sont à la télé et acteurs. Et puis moi j'ai l'âme d'un sportif, je ne vis pas à travers les scénarios. Mon scénario, c'est ma vie. J'ai la chance d'avoir eu Eric (Cantona NDLR) il y a quelque temps, qui m'a appelé et m'a fait un gros cadeau, puisque je suis même touché encore de vous le dire, il m'a mis dans son bouquin qui s'appelle King 7. J'ai eu son autorisation pour mettre la photo où nous sommes ensemble, sur ma carte de visite. J'ai des photos, on m'a même proposé de l'argent pour raconter ce que j'ai vécu avec lui en Angleterre, parce qu'en Angleterre les journalistes paient beaucoup pour raconter, je suis resté un bout de temps avec lui, H24. On a tous un prix, je n'ai pas encore trouvé le mien. Je ne demande rien, c'est un milieu qui est en même temps difficile, c'est un peu aussi du copinage il faut le dire. Les meilleurs ne sont pas tous à leur place. Peut-être qu'à une époque je n'aurais pas dû trop dire quand j'ai commencé à boxer, sur le fils à Depardieu. Je pense que c'est remonté au père. Je devais faire une chose avec son fils, j'y suis allé, j'ai refusé un gros boulot, je me suis engagé à la parole, et total ils n'ont pas respecté leurs engagements. Donc j'ai été virulent dans la parole, mais j'assume encore aujourd'hui.« 

De quelle manière procédez-vous pour parvenir à vos fins ?

« J'ai mes vieux produits comme chez les rebouteux, un peu comme chez nous. Je peux rester dans le désert avec une température moyenne de 52 ° avec un litre d'eau, je peux rester vingt-quatre heures avec de l'eau jusqu'au cou, je peux dormir dans un arbre pour prendre une photo, je m'adapte. Chaque personne, chaque entraînement dans le sport, il n'y a jamais rien d'écrit. Que ce soit avec les sportifs, les acteurs, il y a un phénomène qui s eproduit, et je crois que c'est pour ça que Cantona a voulu bosser avec moi, il est bien placé pour en parler. Il y a une seconde personne qui en a parlé, c'est Ferguson (l'ex-entraîneur de Manchester United NDLR), c'est pourquoi il a été le King de chez King à Manchester, parce qu'on n'a rien compris en France. L'INSEP, Clairefontaine, etc. ces endroits où on aseptise les gens, où ce sont les copains des copains que l'on aide à avoir des diplômes, c'est une mafia, c'est la vérité. On dépersonnalise les entraîneurs. J'ai toujours joué sur l'émotion. La méthode Moreau, c'est un mec qui a écrit un bouquin en 1974 : «L'axe des 3 M : mental, motivation, méditation ». Ce n'est pas le tout d'être prêt dans les muscles, mais d'être prêt dans la tête, apprendre à gérer son émotion, à gérer son instant. Avant, pendant, après le combat, c'est-à-dire faire un plan de séance. Il y a une logique interne, un lexique, des fondamentaux dans la boxe. »

 

Mais encore ?

« Aujourd'hui quand le boxeur arrive, et qu'il traîne les pieds, baisse la tête, ça ne va pas aller, il va me faire de la merde. Si c'est pour faire de la merde, il ne va pas bouger assez, on ne va pas être content. Donc je réadaptais ma séance en permanence, et moi ma façon de travailler, c'est de m'adapter en permanence à l'autre, c'est-à-dire lui apporter ce qui lui va. Je suis là pour la prestation, il y a la matière devant moi, c'est à moi de trouver les ingrédients. Je dis souvent que si des jeunes n'arrivent pas à comprendre un truc, c'est parce que je m'explique mal. Je dois trouver le déclenchement. Je les mets dans le rouge bien sûr à un certain niveau, les mets dans le doute. J'essaie de gérer l'imprévu au maximum sur un film, une compétition, une préparation physique, je dois toujours mesurer, mesurer, mesurer, être à la limite de la rupture, afin que le jour du tournage ou de la compétition on ait essayé de répondre au maximum de questions. On a tellement travaillé sur les solutions qui vont se présenter à nous, qu'on aura un peu de stress, mais si on a 50 réponses à une question, on va en oublier 10, mais il en reste 40. Alors que si on en travaille que 4, si on a une perte d'émotion, on en perd peut-être deux, il en reste deux. Je ne sais pas si c'est la bonne méthode, mais que ce soit en boxe loisir ou avec des sportifs de haut niveau, je prends le temps, j'y mets du goût, de la tripe. Je dis ce que je sais, ce que j'ai essayé ou ce que je comprends. Je préfère de la musculation spécifique à la boxe mais ce n'est pas mon métier, mon métier c'est la boxe, je vais me renseigner auprès d'un professionnel de la musculation, pas du culturisme, mais du renfort musculaire en général. Je vais mettre en place avec cette personne-là quelque chose qui va aller au sportif. Je préfère repartager un petit peu le boulot et nommer celui qui m'aide, que dire : c'est moi qui fais tout.  Bien sûr que ça nous arrive de perdre, mais l'important est de gagner proprement, et d'apporter le meilleur qui soit, dans le comportement et dans la vie. Le plus grand ring c'est le ring de la vie. » 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre fonction ?

«En fait je suis comme ça tout le temps. J'aime bien que les choses soient carrées : être à l'heure par exemple. J'ai vu des mecs doués, mais les mecs doués n'aiment pas bosser. Le mec doué se fait dépasser par un mec qui bosse. S'il a le déclic, ce qui arrive très rarement, il se met à bosser, alors là ça devient un champion du Monde, une bête de guerre ! Ou alors il arrête tout, c'est ce qui se passe 8-9 fois sur 10. En fait je crois que je n'aime pas trop le reproche. »

 Qu’a la boxe anglaise de plus qu’une autre discipline sportive ?

«La réponse est immédiate. Demandez à des entraîneurs, des boxeurs, ce qu'est la boxe, vous verrez les réponses qu'ils vous donneront. C'est pas : « Je te tape dans la gueule ». C'est un duel d'opposition avec l'incertitude de l'autre. C'est une relation sociologique avec une surface de frappe autorisée du corps, c'est-à-dire la base des métacarpes, les gants, de la ceinture au-dessus de la tête, et sur le côté des flancs, et avec une aire de jeu, donc un ring, qui doit faire de 4,90 m à 6,10 m. Après, vous avez le cadrage, les déplacements, les appuis...ensuite c'est la perception de l'autre, la réponse motrice par rapport à un signal de l'autre. Et après il y a la somme de travail. C'est socio-moteur, et psychomoteur quand vous travaillez avec un sac ou un appareil car l'appareil ne rend pas de coups. Après c'est la somme de travail qui joue. Le réflexe est inconscient, pas l'automatisme, qui lui est conscient. »

 

Propos recueillis par Michel Poiriault

poiriault.michel@wanadoo.fr 

 

 

 

 

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