Chalon sur Saône

Les émotions ont été fouillées de fond en comble par Boris Cyrulnik

Les Pep 71, à la faveur de leur centenaire, ont eu le nez creux en invitant en partenariat avec A Chalon Evénements, le puits de science qu’est Boris Cyrnulnik à deviser sur le fonctionnement de nos émotions. Preuve irréfutable de l’intérêt suscité, la salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône affichait mardi soir le profil des grands soirs, en étant pour cette conférence à guichets fermés. Nul doute qu’après avoir bu ses paroles, les auditeurs aient regagné leurs pénates la conscience tranquille avec le sentiment du devoir accompli, à l’aune de l’érudition généreusement dispensée.

Véritable icône vivante, le neurologue-psychiatre-éthologue-professeur des universités-psychanalyste-écrivain était attendu comme le Messie dans la cité de Niépce, afin qu’il donne libre cours à son inspiration canalisée quant à ces émotions qui gouvernent chacun d’entre nous. La sommité n’aura pas manqué son rendez-vous avec son public avide de connaissances mûrement réfléchies, assortissant son exposé –traduit sur scène en langue des signes- de facettes diverses et variées avec des pointes d’humour destinées à faire glisser en douceur la somme d’assertions scientifiques. Une gageure enlevée haut la main !

 

La portée prépondérante de la culture

« Les émotions sont au cœur de notre condition, et ce n’est qu’ensuite qu’on donne des raisons aux émotions », a soutenu l’intervenant de luxe. Pour se former et se développer, l’homme doit impérativement s’être abreuvé à l’affect pur et dur, sinon, gare aux altérations et déficiences en tout genre ! Il n’y a qu’à voir les dégâts irrémédiables causés en Roumanie chez les enfants sous l’ère Ceausescu dans les pitoyables orphelinats… » « Un enfant privé d’affection a une atrophie de ses lobes préfrontaux, et est placé dans une situation d’appauvrissement. Si une mère est défaillante, quand il y a des substituts culturels, l’enfant se débrouille», a affirmé le conférencier. Il aura par ailleurs indiqué que « la régulation des émotions nous permet de vivre ensemble. Les émotions, c’est très contagieux : la haine, le plaisir… » Il n’est toutefois point de salut sans mémorisation. «Le fait de parler, vieillir, exister, l’existence sculpte notre mémoire. Nous sommes sculptés par nos récits. La mémoire, au même titre que la technologie, joue un rôle dans la gestion des émotions. La parole modifie la mémoire. Pendant 2.300.000 ans on a communiqué comme les animaux, alors que le langage est apparu il y a 200.000 ans.» Boris Cyrulnik est d’autre part en adoration devant la culture, qu’il convient de préserver à tout prix. «C’est ce qui va nous permettre de réguler les émotions de violence. » Dans le cas contraire, le mal fait son nid. « Dans les groupes humains déculturés les jeunes s’autoagressent ou agressent les autres. C’est une violence adaptative, elle a une fonction apaisante. » Il apparaît pour le moins opportun d’aspirer au point d’équilibre. « Sans émotions la vie n’a pas de sel. Les personnes trop gentilles, qui se mettent à la place des autres, ne savent pas réguler les émotions. Ce sont des proies pour les harceleurs. C’est autant lutter contre le trop que le trop peu. » Boris Cyrulnik, pour qui « il est impossible de séparer l’acquis de l’inné », a aussi déclaré « qu’on ne peut pas parler de gêne de la résilience, et qu’il faut distinguer le réel et la représentation du réel.»

 

Les animaux réhabilités

Là, c’est l’éthologue qui a proclamé ses vérités. « Depuis janvier 2015 les animaux sont des êtres sensibles. A cause de Descartes (lequel en a pris pour son grade à plusieurs reprises N.D.L.R.), on a très longtemps pensé que ce n’étaient que des machines. Ce sont des êtres émotifs qui ont la même structure cérébrale que nous, sécrètent les mêmes substances qui agissent sur nos émotions. On leur donne les mêmes médicaments, ils ont également des hallucinations. Les animaux peuvent résoudre un certain nombre de problèmes abstraits hors contexte. Des chiens comprennent entre cent et deux cents mots. » Dont acte.

Le terrorisme dans une spirale infernale

Pour l’orateur, d’une manière générale, « il faut distinguer le réel et la représentation du réel.» Amené à s’exprimer sur plusieurs sujets au cours de la seconde partie consacrée aux questions-réponses tous azimuts, il devait remplir sa mission jusqu’au bout. Lorsque, par exemple, l’on est doté d’un libre arbitre indestructible, alors s’agit-il d’une voie royale vers la panacée. «Le jugement est le premier degré de liberté, et dans le langage totalitaire, il n’y a pas de choix, mais une seule vérité : celle de son chef. » Concernant les personnes touchées de plein fouet par les attentats perpétrés en France plus particulièrement, Boris Cyrulnik a expliqué « qu’on ne peut faire revenir les émotions en elles que si on les sécurise. » A propos des exactions commises par les fauteurs de troubles, le spécialiste n’entrevoit pas d’issue. « La cible des terroristes c’est de passer à la télé. Vous pensez bien que ça va se renouveler… »         

                                                                                                        Michel Poiriault

                                                                                                        poiriault.michel@wanadoo.fr

 

 

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