Chalon sur Saône

Femmes à l'Honneur [Portrait 14] - Albine Novarino-Pothier, « là où tu pousses, tu dois fleurir »

Autrice de plus 50 ouvrages récents, Albine Novarino-Pothier consacre, dans son dernier livre, les "Femmes d'exception en Bourgogne". L'occasion nous est donnée de lui demander ce qu'elle pense de la Journée Internationale de la Femme.

Albine Novarino-Pothier est historienne de la littérature, anthologiste, chroniqueuse pour la presse... Elle signe avec son dernier ouvrage Femmes d'exception en Bourgogne aux éditions Le Papillon rouge, un très bel hommage aux femmes bourguignonnes, connues, moins connues ou oubliées, mais toujours au destin exceptionnel. Après "Ces bourguignons qui ont fait l'histoire", Albine Novarino-Pothier s'intéresse au parcours captivant de ces femmes. 

Que représente pour vous la journée de la Femme ? 

Un progrès incontestable. Une preuve concrète de la civilisation. Je pense notamment à l’époque, qui n’est pas si ancienne, où les femmes n’avaient pas de carnets de chèques à leur nom, je pense à toutes celles qui avaient le désir de faire des études et qui en avaient les capacités intellectuelles et qui n’en n’ont pas fait. Je sais bien que la liberté intérieure existe, mais elle ne fait pas tout. Tant s’en faut.

Au long de votre vie ou de votre carrière, avez-vous vécu des inégalités hommes/femmes ?

Personnellement, je n’ai pas vécu d’expérience directe. J’ai connu des femmes qui ont fait des carrières brillantes et qui ont occupé des postes de haut niveau. Mais les statistiques disent, et je n’ai aucune raison de ne pas les croire, que les écarts du point de vue des salaires existent, et là réside un vrai scandale. 

 Quelle est votre devise? Votre philosophie?

«  Ad angusta per angusta » autrement dit : «  vers de larges horizons par d’étroits défilés ». Je pense que la vie est une succession de moments étranges, imprévisibles dans une certaine mesure et contrastés : certains sont fastes, lumineux, heureux, d’autres s’apparentent à des traversées du désert. Il faut marcher sans s’arrêter et à la manière des montagnards toujours choisir le versant du soleil, l’adret, et ne pas trop séjourner au versant de l’ombre qui a pourtant un nom si poétique : l’ubac.

Que défendez-vous?

La vie, l’énergie, la douceur, l’harmonie, la persévérance, le travail, la liberté, l’intelligence.  

Que voulez-vous transmettre?

L’amour de l’art et celui pour les petits bonheurs. Il faut trouver des consolations. Les relations que nous entretenons avec celles et ceux que nous aimons, que l’on considère les liens amoureux, amicaux, ceux absolument extraordinaires et uniques que l’on crée avec ses enfants quand on a l’infini privilège d’en avoir, sont à double tranchant : s’ils sont source de félicité extrême, ils sont également source de peines, voire de déception, de douleurs non moins extrêmes. Ce n’est pas le cas de l’art. Quand on aime la littérature, la musique, la peinture, la sculpture, on est toujours comblé. L’art est une source qui ne s’épuise jamais. On peut venir y reprendre des forces et de l’énergie à chaque instant de notre vie. L’art ne nous trahit jamais. Il nous protège, nous rassure, nous tonifie, nous console, nous permet de vivre dans un monde toujours merveilleux quand le réel nous abandonne. Il en est de même dans une moindre mesure des petits bonheurs : je pense au bonheur de collectionner les cartes postales, les livres, les buvards ou les petites poupées, par exemple.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu? 

«  Aide-toi, le ciel t’aidera ». Je crois qu’il ne faut compter que sur soi. Il y a aussi un ancien proverbe savoyard que j’aime beaucoup et qui incite à s’adapter aux circonstances dans lesquelles on est placé. Ce proverbe, qui est inspiré par les petites fleurs qui poussent en altitude, dans des conditions souvent difficiles mais avec vaillance et beauté, c’est « là où tu pousses, tu dois fleurir ». 

Quel est le meilleur conseil que vous ayez donné ?

En réalité, c’est une question difficile parce que des conseils, j’ai eu l’occasion, sinon d’en donner – je n’aime pas être directive – du moins d’en suggérer plusieurs, comme par exemple : 

  • Il faut être appliqué, quoi que l’on fasse, dans les petites choses comme dans les grandes. Je pense que c’est très important, c’est une question de respect de soi, des autres, d’harmonie à la fois matérielle et intellectuelle.
  • Il ne faut pas faire aux autres ce que l’on n’aimerait pas que l’on vous fasse à vous-même.
  • Il faut apprendre à pratiquer le mépris des offenses ; une part de l’humanité est composée de gens qui pour des raisons x sont jaloux, mesquins, envieux et de fait nuisibles envers les autres. 
  • Il faut pouvoir se regarder dans la glace tous les matins sans avoir à se reprocher des actes que l’on regrette.
  • Il ne faut jamais insulter l’avenir : même quand on est dans une situation qui est désespérée et désespérante, il faut croire en sa bonne étoile et en son ange gardien et attendre avec le plus de sérénité possible des jours meilleurs. 

Enfin un conseil auquel je tiens beaucoup et que j’ai donné à mes propres enfants : avoir des enfants… 

Quelle est/ Quelles sont les femmes qui vous ont le plus influencée?

La femme pour laquelle j’ai la plus grande admiration, c’est la marquise de Sévigné. Une grande carrière de pleureuse et d’insatisfaite chronique s’ouvrait devant elle. Elle a choisi de vivre du côté du soleil, de l’optimisme, de la bonne humeur. Elle a toujours regardé ce qui était positif. Quand son père meurt, elle a dix-huit mois. Quand sa mère meurt, elle a sept ans. Elle a la chance d’être née dans un milieu aisé et très cultivé. On lui donne les meilleurs précepteurs : elle sait en profiter : elle trouvera toujours refuge dans la vie intellectuelle. Elle a dix-huit ans quand on la marie au marquis Henri de Sévigné. Il la trompe. Il meurt en duel pour une femme. La jeune veuve élève seule sa fille de cinq ans, Françoise-Marguerite, la future Mme de Grignan et son fils de trois ans, Charles. Elle se consacre  pleinement à l’éducation de ses enfants. Elle voue un amour passionné à sa fille, froide cartésienne qui sera toujours  visiblement encombrée par l’amour que lui voue sa mère. Son fils sera le digne fils de son père et elle passera sa vie à trouver des excuses à un comportement qui n’est guère reluisant. De fait, elle n’a guère eu de chance avec ses enfants qui étaient, pour user d’un cliché,  «  la prunelle de ses yeux ». Pour autant, elle se montre toujours vive, enjouée, disponible pour les autres, gaie, en permanence désireuse de faire un bon mot pour amuser la galerie parce qu’elle a compris que sourire et rire, de presque tout, y compris de ce qui nous fait souffrir, c’est une arme prodigieuse. Il y a en elle une énergie magnifique et un don de soi admirable. Elle meurt chez sa fille : elle est allée la soigner de la petite vérole qu’elle attrape à son tour et qui lui est fatale.

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