Chalon sur Saône

TRIBUNAL DE CHALON - 1 an de prison ferme pour maltraitance d'un enfant

Le 31 mars dernier la direction d'une l'école maternelle appelle les gendarmes de Louhans : un petit garçon de 4 ans porte des traces de coups. Hématomes à l'oreille, à la joue, sur les omoplates, les vertèbres, les bras, les cuisses, les fesses. Des bleus « d'âges différents », dira le médecin légiste : Lucien a été frappé non une fois, mais plusieurs, pendant 6 semaines, par le compagnon de sa mère.

Le violent beau-père comparaissait hier. Il a fallu le rechercher, car il a disparu du domicile le jour même du signalement. La mère du petit a dû donner son numéro de téléphone aux gendarmes, ceux-ci découvrent alors que « Sergio Gomez » n'est pas la véritable identité du gars. Les forces de l'ordre l'arrêtent le 6 avril, dans le Lot, chez sa mère.

« La lâcheté de s'attaquer à plus faible que soi »

Le petit, qui mesure à peine1 mètre et pèse 19 kg, raconte des gifles, des coups de poing, des pincements d'oreille, des tirages de cheveux, des coups de baguette, de longues douches froides « punitives ».
Le petit retrace un calvaire, et les trois juges, des femmes, semblent bander leurs muscles pendant l'instruction, car si le prévenu reconnaît les faits « a minima », c'est insuffisant quand on a « la lâcheté, dira le procureur, seul homme de la composition, de s'attaquer à quelqu'un de plus faible que soi, et dont on peut croire qu'il ne parlera pas ».

« La manière forte, comme on dit. »

La maman de Lucien vit sous curatelle renforcée. Elle rencontra le faux Sergio sur facebook. Trois semaines après il venait s'installer chez elle :

« Vous viviez à ses crochets ?
-Euh... Oui.

-Pour les coups, que dites-vous ?

-C'est un petit turbulent, j'ai pas utilisé la bonne méthode pour l'éduquer, le punir.

-Quelle méthode ?, la question claque.

-Euh... La manière forte, comme on dit.

-Soyez précis.

-Avec la fatigue, j'ai perdu mon sang-froid, je l'ai frappé.

-Où ? Comment ? Pourquoi ?, les mots crépitent.

-Pendant une semaine il n'a pas dormi, je l'ai puni mais ça n'a rien changé, alors j'ai tiré ses oreilles, je l'ai tapé avec une baguette, je lui ai tiré les cheveux, je lui ai mis des fessées, je reconnais mes actes, oui.

-Les douches froides, monsieur ?

-Euh... C'était pas froid-froid non plus. »

2 condamnations antérieures pour « violences sur mineurs »

Le faux Sergio a 4 enfants de trois unions antérieures, il n'a aucun diplôme, il se drogue : 5 à 10 joints par jour : « Avant c'était constamment, maintenant c'est moins. Ça me détend. »

A son casier judiciaire, 4 mentions dont 2 condamnations pour « violences sur mineurs », en 2002 et 2005, il fut alors incarcéré : le petit Lucien a bon dos d'être « turbulent ». « Rien ne justifie de tels traitements ».

« Je n'ai pas le sentiment que monsieur comprend ce que l'enfant a souffert, et souffre encore. Dans le cadre du placement en urgence, Lucien est allé vivre chez une assistante maternelle, effarée de découvrir les traces de coups encore visibles. » Maître Ravat-Sandre intervient pour lui, pour son administrateur ad hoc.
Lucien, 4 ans, a été battu avec la baguette destiné à tenir en respect les deux malinois de Sergio : « Si on me tapait, c'est parce que j'étais pas sage. »

Dans le box, son bourreau tend le cou avec le visage interrogateur d'un écolier anxieux qui attend le résultat d'une équation élémentaire à laquelle il n'a rien compris.

12 mois de prison ferme et des soins

Le tribunal condamne Serge M., 38 ans, à 18 mois de prison dont 6 mois avec sursis assortis d'un suivi mise à l'épreuve de 2 ans. Il ordonne le maintien en détention. Il a interdiction formelle du moindre contact avec la mère du petit et avec le garçonnet lui-même. Il devra verser 2 000 € d'indemnités au petit via son administrateur ad hoc.

Dans 1 an, Serge M. commencera donc son troisième suivi mise à l'épreuve. Dans 1 an, le petit Lucien saura peut-être enfin que les lois interdisent les coups, y compris quand on n'est « pas sage », dans un an il saura peut-être qu'aucun adulte n'a tous les droits sur lui.

 

Florence Saint-Arroman

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