Chalon sur Saône

Sébastien Spitzer, journaliste-reporter, prix Stanislas 2017, Meilleur premier roman de la rentrée littéraire, viendra dédicacer samedi 20 janvier à Chalon-sur-Saône "Ces rêves qu'on piétine"

L'interview info-chalon.com

Comment est née l'envie de ce 1er roman ?

J’avais en tête depuis longtemps l’histoire de cette femme, Magda Goebbels, qui a passé sa vie à se donner en spectacle avec ses enfants avant de les assassiner, l’un après l’autre. Tout est parti de là, de cette question : comment une femme, mère de famille, célébrée comme la mère idéale par tout un peuple, a-t-elle pu commettre un tel crime ? J’ai voulu savoir ce qui se cachait derrière cet acte, ces ressorts intimes, sa genèse…

... Pour délivrer quel message ?  

Ce livre est consacré à la mémoire et à la transmission. Il est résultat de ces interrogations constantes au fil du récit, sur ce que nous laissons derrière nous et ce que nous révélons dans l’adversité. Comme l’ont fait ces hommes et ces femmes rescapés des camps. Les nazis ont voulu effacer leurs traces, les faire disparaître. Il a suffi de quelques rescapés pour raconter, de quelques écrits, de notes, pour faire revivre la mémoire des victimes de la Shoah. 

Vous avez déclaré : "Je savais que je ne devais pas trahir leur mémoire", être historien de formation et journaliste-reporter vous a-t-il aidé à traiter un sujet tel que celui-ci ?  

J’ai passé une vingtaine d’années à voyager, rencontrer des gens et des situations parfois cocasses, souvent extrêmes. Je suis allé en Colombie, en Iran, en Afghanistan, au Liban avec le Hezbollah, au Rwanda pendant le génocide et en République démocratique du Congo pendant le conflit qui l’opposait à ses voisins des Grands Lacs. Ces reportages pour Jeune Afrique ou Canal Plus, m’ont permis de me frotter à la réalité du monde et d’ouvrir grand les yeux sur d’autres réalités. Nécessaire, ce métier pour écrire ? Pas certain. Parfois, il suffit de traverser une rue ou de parcourir quelques kilomètres pour se retrouver plongé dans des univers extrêmes, avec des personnalités exacerbées. Mais le voyage m’a fait découvrir qu’il existait, pour chaque événement donné, une multiplicité de points de vue. Pas une multiplicité de vérités. Différentes lectures, plusieurs manières de vivre un même événement, comme Fabrice Del Congo dans La Chartreuse de Parme qui assiste à une bataille qui se résume à des vestes rouges, des cavaliers et de la boue. C’est Waterloo ! L’affirmation du fait, la vérité incontestable, sont autant de notions prétentieuses, presque péremptoires... Pour leur donner du sens, il faut les interroger, contester leur apparence et plonger au coeur. Pour décrire les cohortes de survivants des camps, je me suis plongé dans leur histoire, les témoignages laissés, les détails, les indices semés dans les archives du mémorial de la Shoah. Et à chaque fois, je me disais ne trahis pas leur mémoire. Ne te trompe pas. Fais attention à ce que tu écris. Leur histoire n’est pas une « matière ». Elle est le témoignage de ce qu’ils ont vécu. 

Prix Stanislas, Coup de coeur de nombreux libraires, finaliste Prix des lectrices ELLE 2018 (en cours)... Le succès est au rendez-vous, c'est une belle reconnaissance...

Je suis fou de joie. Comme un vrai gosse. Premier roman. Et voilà qu’il est lu ! C’est un bonheur inespéré.

D'autres projets à venir ?

Je lis beaucoup en ce moment, pour un livre à venir j’espère. Autour du thème de l’argent. Mais rien à voir avec Wall Street ou la Finance… Et j’espère réaliser bientôt un documentaire pour Arte sur Lee Miller, mannequin, égérie de Man Ray et de Picasso et photographe de guerre.

L'avis du libraire : "Entre roman et documentaire, ce livre nous plonge dans les derniers jours de Magda Goebbels, et de son clan... On découvre son ascension au sein du IIIe Reich, notamment à travers les lettres de son père adoptif, lui-même juif. Et en parallèle nous suivons le destin des premiers libérés des camps. Poignant, percutant, dérangeant, mais lecture nécessaire." Jean-Noël Riblier, librairie Develay à Chalon-sur-Saône

Propos recueillis par SBR - Photo portrait transmise par Sébastien Spitzer - Crédit photo : Editions de l'Observatoire

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