Chalon sur Saône

Etait-ce un adieu de la Madeleine Proust à Chalon ? De toute évidence, non, car elle est, quelque part, immortelle...

On a tous notre madeleine de Proust, qui est ce que chacun veut bien qu’elle soit, une résurgence du passé au plus haut degré d’intimité résolument positif qui dépasse l’entendement. Dans le cas présent, plus-value, c’est la « vraie » Madeleine Proust qui en a rajouté une couche avec son spectacle inhérent à ses trente ans de bons et loyaux services sur les planches. « Circonstance aggravante », Lola Sémonin a agité le spectre de ses adieux à la scène, lesquels auront entre autres lieu à l’Olympia le dimanche 3 juin à 16h30, tandis que la der des ders aura pour cadre sa ville natale de Morteau le dimanche 17 juin à 17h.

Ses réflexions s’appuient immanquablement sur un fond de vérité

Public chalonnais, pleure toutes les larmes de ton corps, la finitude de sa carrière de comédienne a transité par ta ville, partagé entre la joie de la voir (ou revoir) une ultime fois en ce lieu (ce dimanche 25 mars à 16h et à 19h30 salle Marcel-Sembat), et tu as eu tout loisir de constater qu’elle n’avait pas pris une ride ! Impayable Madeleine, toujours le mot pour rire ! «  A mon âge, quand tu te réveilles et que t’as mal nulle part, c’est que t’es mort ! » Dans un décor minimaliste –sa cuisine- qui lui permet de s’adonner aux tâches domestiques telles que les repas,  le repassage, le ménage (elle fait ses trente-cinq heures en une journée), mais également et surtout, de mener des monologues à leur terme en étant parfois la concierge de service, le poids de la solitude aidant depuis qu’elle n’a plus André. Sa faconde n’a d’égale que sa logique irréfutable, et que dire de son accent franc-comtois, digne composant du terroir en question ? Elle avait 76 printemps ce jour-là, et forcément beaucoup à raconter sur « l’ancien temps ». Ses assertions, toujours frappées au coin du bon sens paysan font invariablement mouche, les spectateurs, sur le qui-vive en permanence, répondant du tac au tac par des rires sonores.  Fort peu maniérée, douée d’un humour « devosien » au besoin, accordant la vie sauve à l’argot en règle générale,  la Madeleine persiste et signe. «Dans le temps on n’avait rien et puis on faisait avec ! » Petite variante : « On était pauvres, mais comme on ne le savait pas, on n’était pas malheureux ! » Si elle est solidement implantée dans sa région de prédilection, elle qui s’adapte autant que faire se peut aux technologies modernes (téléphone portable et ordinateur portable font partie de son quotidien), signe des pétitions, n’en oublie pas de jeter un regard acerbe sur le monde. « Les Chinois, quand ils achètent des souvenirs à Paris, ils savent qu’ils sont fabriqués chez eux ? » Allez, une dernière pour la route qui risque de faire grincer des dents : « Pourquoi les retraités ont-ils la casquette penchée sur l’oreille ? C’est parce que c’est tout ce qu’ils ont pu mettre de côté… »

 

Les bras croisés en attendant  que cela se passe ? Vous plaisantez !

Quand le 17 juin au soir le baisser de rideau sacralisera l’aboutissement de ses cinq spectacles, Lola Sémonin ne goûtera pas encore aux plaisirs d’une retraite nullement volée. L’écriture, dont elle est friande à un point que vous ne soupçonnez même pas, la rendra totalement dépendante, et différents ouvrages vont renforcer à la longue son patrimoine littéraire. Les souvenirs scéniques, toutefois, resteront à jamais ancrés au fond d’elle-même. A Chalon elle a avoué que « vos rires résonneront toujours à mes oreilles… » La fin de son parcours ne devrait donc pas être avare en décharges d’adrénaline…

                                                                                             Michel Poiriault

                                                                                        poiriault.michel@wanadoo.fr

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