Chalon sur Saône

Guillaume Meurice ne cédera pas à la facilité le 6 avril à Chalon...

Sera-ce la quadrature du cercle ? L’humoriste Guillaume Meurice aura la langue bien pendue à Chalon-sur-Saône le vendredi 6 avril à 20h30, salle Marcel-Sembat (c’est complet, désolé !). Il le faudra d’ailleurs, car celui qui se glissera dans la peau de Xavier n’a pas froid aux yeux, la hardiesse étant l’une de ses qualités, puisqu’il envisagera de raffermir le lien de confiance qui est censé unir plus ou moins, doux euphémisme, la population française aux décideurs haut placés. Ce n’est pas gagné d’avance…Interview pour info-chalon.com

Vous le natif de Chenôve en Côte-d’Or jouerez presque à domicile à Chalon ?

« C’est vrai je suis un petit peu l’enfant du pays. On dit que « Nul n’est prophète en son pays », j’espère que ça va bien se passer quand même ! J’ai vécu pas si longtemps que ça en Bourgogne, c’est vraiment de 0 à 6 ans et demi – 7 ans, parce que mes parents sont ensuite allés habiter en Haute-Saône. Ils ont acheté une  Maison de la Presse là-bas, et évidemment j’ai déménagé avec eux. Donc, j’ai peu, peu de souvenirs de Chenôve car si jeune, et après ils ont habité à Lechatelet, un petit bled de deux cents habitants à côté de Seurre. Je suis allé à l’école maternelle, je ne sais plus si c’était Pagny-le-Château ou Pagny-la-Ville, dans ces coins-là, la campagne, quoi.  A Chalon j’ai fait le festival de théâtre de rue, avec une pièce montée par un copain, qui s’appelait « L’autre rive », et qui était l’adaptation d’un livre de Gao Xingjian, qui a été prix Nobel de littérature en 2000. On l’avait adapté en théâtre de rue, et j’ai un super souvenir de ce festival. »    

 

Alors, « Que demande le peuple », votre second spectacle ?

« Ca dépend des fois, parce qu’il se trouve que je pose la question vraiment sur scène. J’aime bien avoir un spectacle un peu interactif où je joue avec le public, celui-ci a quasiment un rôle dans le spectacle, j’aime bien que ce soit une sorte de duo. J’ai des réponses diverses et variées, il y a des choses qui reviennent souvent : le pognon, le travail, les vacances, c’est le triumvirat des réponses. Et puis après c’est un peu marrant quelquefois, car il y a les spécificités locales. Les gens me disent : une rocade, ou pas de rocade, un aéroport…ça dépend de l’endroit où je joue. A Chalon, je ne sais pas, je n’ai pas encore étudié le dossier, et j’aime bien aussi me laisser surprendre, donc j’aime bien ne pas non plus trop étudier. C’est vrai que j’interprète un personnage sur scène qui est un communicant, donc comme tous les communicants ils font semblant de s’intéresser au peuple, après, faire ce qu’ils ont envie et faire ce pour quoi on les paye surtout, c’est-à-dire communiquer sur tout et n’importe quoi, faire passer la pilule… »   

 

Qu’est-il primordial de faire passer à travers l’humour ?

«Ce que j’aime bien, c’est faire passer mon point de vue. La manière la plus agréable pour moi, et la moins chiante pour les autres je pense que c’est par l’humour, donc dès que j’ai quelque chose à dire j’ai tendance à utiliser la satire et à déconner sur le sujet. Ca, c’est depuis gamin, donc je n’ai pas trop eu à forcer pour écrire des blagues. Ca aurait été plus difficile pour moi à mon avis d’écrire des spectacles qui ne soient pas humoristiques comme ceux que je fais, en revanche, c’est un peu l’actu. C’est un média, l’humour, qui permet de faire passer des choses. Après, je n’aime pas tellement le terme message ou humoriste engagé, car je ne considère pas que j’aie raison, je fais juste passer mon point de vue, ce qui m’intéresse c’est le débat. Les gens débattent, ne sont pas d’accord, je suis ravi. »  

 

Quelle stratégie adoptez-vous pour vous différencier des autres humoristes ?

« Aucune, je m’en fous complètement ! Normalement, si on est fidèle à soi-même, et si on développe sa propre singularité, il n’y a pas besoin d’adopter une stratégie, parce que tout le monde est différent par nature, donc la question ne se pose pas. En tout cas je n’essaie pas de me positionner par rapport aux autres, j’essaie de faire ce qui me plaît, et les choses que j’aimerais bien voir, lire ou entendre. L’humour, ce qui est pas mal, c’est qu’il y a une sorte de sélection qui ne se fait pas par les réseaux et les contacts, mais qui se fait directement par le public, parce que l’on ne peut pas forcer quelqu’un à rigoler. Alors, on a beau être le cousin de machin ou le fils de machin, ça ne change rien, c’est plutôt chouette. Naturellement, le milieu de l’humour est plutôt sain par rapport à ça.»    

 

Humoriste, était-ce le métier rêvé, ou plus dû à un concours de circonstances ?

« C’est de plus en plus dû à un concours de circonstances. Ce n’était pas trop un rêve de gosse, je me suis toujours un peu laissé vivre, et puis je prends ce qui passe. C’est vrai que l’on me disait depuis tout petit que je devrais faire du théâtre, j’avais tendance à faire le con à l’école, on a tous ça en commun, les humoristes ! Ca m’a toujours un peu saoulé, et puis il n’y avait pas de club de théâtre dans mon collège, je n’ai même jamais eu l’occasion, comme j’étais à la campagne il n’y avait pas ça, et c’est vraiment sur le tard, à 20-21 ans que je me suis inscrit au Cours Florent. Et puis ça m’a plu tout de suite, quand j’ai commencé à bosser les premières scènes, à me marrer avec les copains, je ne me suis pas décroché de ça. Je me disais qu’il y avait un truc à creuser. Je suis toujours allé voir les spectacles d’humour, j’avais les VHS à l’époque de tous les humoristes, ça ça m’a toujours plu, mais jamais quand je les regardais je m’imaginais être à leur place, ça ne me faisait pas rêver non plus. Sur le tard je me suis dit que c’était vraiment chouette, et j’ai découvert surtout l’écriture. Elle me plaît beaucoup, j’aime bien ce travail-là, et puis après s’amuser sur scène ou à la radio, c’est jouissif. »

 

Après une bande dessinée en en 2017, voici le roman, « Cosme », qui est sorti le 7 mars dernier, et que vous dédicacerez après votre prestation grâce à la librairie La Mandragore. Quelle en est la synthèse ?

« C’est un prénom espagnol en fait. On a l’habitude de le dédicacer depuis qu’il est sorti. Ce mec-là, il a découvert un secret, enfin le sens caché du poème « Voyelles » de Rimbaud. C’est quelque chose qui était recherché par les spécialistes, les  universitaires, tous les gens du milieu de la littérature française qui se demandent depuis 140 ans, pourquoi Rimbaud a écrit ce truc, et qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire. Ce que je trouve intéressant, c’est que c’est un pote à moi qui a trouvé, et qui n’est vraiment pas issu de ce milieu-là, qui n’a même pas le bac ; il a juste le mérite incroyable d’écrire lui-même des sonnets et en les écrivant il a des contraintes, avec ces contraintes il s’est dit que ce n’étaient pas les mêmes qu’utilisait Rimbaud, et ça a collé. C’est une sorte de quête, et en même temps, il a une vie qui est complètement extraordinaire avec plein d’anecdotes et d’aventures, donc je me suis dit qu’il y avait matière à raconter tout ça, et puis acter que c’est Cosme Olvera qui a découvert le sens caché du poème de Rimbaud. Ces deux éléments-là m’ont bien motivé à écrire tout ça, ce qui donne un roman. »

 

Dans votre panoplie figure la chronique radio. L’une des deux disciplines est-elle peu ou prou la continuité de l’autre ?

«Le lien, c’est l’amusement, je ne fais que des trucs qui m’amusent. Quand ça ne m’amuse pas, je ne le fais pas, et puis là  j’ai la chance de pouvoir avoir le choix, parce que la radio me donne pas mal de visibilité, donc le point commun entre tout ce que je fais, c’est l’amusement et la liberté. Entre les chroniques radio et la scène, moi qui viens du théâtre avant de faire de la radio, quand j’ai écrit mon spectacle, je l’ai vraiment écrit comme un rôle à interpréter, avec de la mise en scèn , une histoire, un début, un milieu, une fin, je ne voulais pas que ce soit juste le chroniqueur de la radio qui vienne faire des blagues sur scène. J’ai eu ce réflexe-là, donc c’est vrai que sur la forme ça n’a rien du tout à voir avec ce que je fais à la radio, sur le fond, oui, les gens s’y retrouvent quand même. »

 

S’exprimer en toute bonne foi relève-t-il de la gageure ?

« C’est compliqué, ça, il faudrait définir ce qu’est la bonne foi. A mon avis, c’est à géométrie variable, ça commence à déconner quand chacun donne sa définition. Ca m’amuse, on a tous évidemment notre part de mauvaise foi, c’est ce qui m’amuse dans les chroniques quand j’interroge les gens. Le plus amusant, c’est les gens qui n’assument pas, ils vont essayer de réfléchir à une connerie qu’ils ont dite en essayant de trouver des arguments, des comparaisons qui n’ont aucun sens, ça c’est vraiment mon régal. Alors que les gens qui disent : « Ouais, finalement, j’ai peut-être dit une connerie, ou c’est vrai que là j’ai une contradiction, ils sont moins rigolos. Ce qui est rigolo, c’est la mauvaise foi. Chez les politiques, c’est assez répandu, c’est même de la tartufferie, c’est au-delà de la mauvaise foi théorisée, c’est du patrimoine. »

 

Le végétarisme dont vous êtes adepte est arrivé à la suite de quoi ?

« C’est un peu une prise de conscience. J’ai toujours été écolo, j’ai toujours voté écolo aux élections par exemple, j’étais déjà sensibilisé à pas mal de trucs, et puis j’ai vu un documentaire qui s’appelle « Cowspiracy », sur les méthodes de production de viande, très bien fait et documenté avec de bons arguments, très précis. Alors je me suis dit : «Ben m…., en voilà une belle de contradiction entre ce que je dis et ce que je fais. Et puis il se trouve que j’avais fait une chronique au Salon de l’agriculture, où j’avais interrogé une gamine qui était en train de caresser une vache en étant complètement en amour devant elle, parce qu’au Salon elles sont pouponnées, ont des rubans dans les cheveux et tout. Donc j’avais dit à la gamine : « Mais tu manges de la viande ? » Elle m’avait répondu : «Ben…ouais. » Je lui ai dit qu’elle était en train de caresser un truc qu’elle allait bouffer…Je me suis dit que moi, en tant que Guillaume Meurice, si je diffusais cela à l’antenne, alors ça ne devenait plus du tout cohérent, c’est le grand écart si je continue à manger de la viande. Alors je me suis servi un peu de ça pour me dire que voilà, c’est un point de départ, à partir de ce soir-là je ne mange plus de viande, et puis je m’y suis tenu. C’est une sorte d’horizon, ça me plaît bien.»

 

Crédit photo : Fanchon Bilbille, Grandi, Arlo   

                                                                            Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                           poiriault.michel@wanadoo.fr   

  

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