Chalon sur Saône

Concours d'éloquence au tribunal de Chalon sur Saône

« Il n’y a que deux moyens d’apprendre à parler : Parler. Ecouter », non pour plagier ou copier, poursuivait le bâtonnier Charpentier* mais « pour trouver sa propre voie, sa propre voix, et en somme se révéler à soi-même ». Six jeunes avocats s’y sont essayés ce vendredi 5 octobre au TGI de Chalon-sur-Saône pour la demi-finale du concours d’éloquence du ressort de la Cour d’appel de Dijon, et c’est maître Arthur Gautherin, du barreau de Mâcon, qui l’a emporté.

Sous les regards bienveillants et avisés de Chantal Bussière, ancienne première présidente de la Cour d’appel d’Aix en Provence, et qui siège au conseil supérieur de la magistrature, entourée des bâtonniers de Mâcon, Dijon, Chalon et de l’ancien bâtonnier de Chaumont, se sont succédés Martin Loiselet (barreau de Dijon), Amandine Ligerot (Chalon), Léa Jacquemin (Dijon), Marie Casseville (Dijon), Cécile Bailly (Chalon), et Arthur Gautherin (Mâcon). Maître Blanvillain, ancien bâtonnier de Chalon, a procédé au tirage au sort.

« L’éloquence, écrivait encore Jacques Charpentier, ce n’est pas un discours, plus un homme qui le récite. C’est toutes les forces d’un homme concentrées sur un point précis, dans la force d’un instant. » On en sort rincé. Les candidats se rejoignaient sur ce point : « On a l’habitude de parler pour les autres, pas pour nous. C’est une grosse pression, c’est très différent d’une plaidoirie. » Pression également que de parvenir à tenir un cadre périlleux : oser l’humour et l’esprit en portant la robe, dans la solennité de l’enceinte judiciaire, sur des sujets confinant à l’absurde auxquels il faut rendre leur sens. « Oral, ô désespoir », « la plume fait-elle le poids ? », « avez-vous quelque chose à ajouter ? », « l’éloquence est-elle de circonstance ? ».

Conscients des enjeux du discours, la majorité des jeunes plaideurs avait un message à faire passer. « La forme qui se suffit à elle-même n’est plus au service du fond », « que serions-nous sans la parole ? », « l’homme peut-il se passer de l’homme pour communiquer ? », « rien n’est plus lourd que la parole des hommes de conviction ». Amandine Ligerot, qui avait déjà assuré la rentrée du barreau sous la houlette de son bâtonnier, maître Agnès Ravat-Sandre, a de nouveau conquis un auditoire qu’elle sait emmener, mais on fut également sensible, dans la salle, aux prestations de maîtres Casseville, Jacquemin, et Loiselet.

On a senti des souffles, des souffles différents mais déjà incarnés pour la majorité d’entre eux. Il faut du courage pour se risquer ainsi car de la salle l’auditoire voit tout, entend beaucoup, et il arrive que l’on se plante. Hier, c’est donc un mâconnais qui a reçu les faveurs du jury. Un vrai mâconnais puisqu’Arthur Gautherin, 26 ans, est retourné « aux sources familiales » sitôt son cursus et sa formation à Lyon achevés. Il a prêté serment en janvier dernier, et a su trouver un axe, une position sans ostentation mais efficace, référée à « notre maître à tous, Robert Badinter ». « Je n’ai fait du droit que pour devenir avocat », explique le jeune homme qui accueille son succès comme il a bâti son discours : avec modestie, esprit et conviction.

FSA

* « Remarques sur la parole », Jacques Charpentier (coll. Anthologie du droit)

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