Chalon sur Saône

A Chalon sur Saône, le torchon brûle entre enseignants et Ministère de l'Education Nationale

Depuis quelque temps, le torchon brûle toujours entre une partie des professeurs des lycées et le Ministère de l'Éducation Nationale. Hier, de nombreux enseignants et membres de la vie scolaire se sont réunis en assemblée générale exceptionnelle, à la Maison des syndicats. Info-chalon vous livre le compte-rendu de cette réunion.

Dans les lycées, le ton monte. Et pas seulement chez les élèves qui ont manifesté dans les rue de Chalon-sur-Saône. Si jusqu'ici, les mobilisations étaient éparses dans l’académie, les enseignants et membres de la vie scolaire de l'agglomération chalonnaise, à l’instar de l'assemblée générale inter-établissements qui a eu lieu à Dijon le 14 décembre dernier, se sont massivement mobilisés dans le cadre de la grève contre les réformes des lycées, aussi bien dans l'enseignement général  que professionnel.

Ils étaient plus d'une centaine à assister à cette assemblée générale exceptionnelle organisée à la Maison des syndicats. Ainsi, étaient représentés les lycées Mathias, Pontus de Tyard, Hilaire de Chardonnet, Camille Du Gast, Émiland Gauthey, Niepce ainsi que deux délégations venues d'Henri Vincenot (Louhans) et Gabriel Voisin (Tournus). Les enseignants ont été également rejoints par deux représentants des lycéens et des représentants de la FCPE. 

Revenant  sur les récents propos de Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation Nationale, qui rappellait aux enseignants leur devoir de réserve, les participants de l'assemblée générale ont fait valoir leur inquiétude sur le fait que   que leur ministre de tutelle ne veuille faire taire toute critique sur l'institution scolaire.

Point de crispation en perspective ? Un article du projet de loi Blanquer sur «l'école de la confiance», prévu pour être intégrer dans le Code de l'éducation, qui retirerait au professeur sa liberté de critique. Dans bien des têtes, les enseignants s'interrogent sur l'idée que le gouvernement ne voudrait  plus de griefs émanant des principaux intéressés face à  leur hiérarchie et à  l'institution scolaire. "Le ministère de l'Éducation nationale aurait-il l'intention de faire taire les enseignants, toujours prompts à donner leur avis, parfois très virulent, sur les réseaux sociaux ou dans les salles de profs?". La question est posée. 

Ensuite, l'assistance prenant la parole chacun son tour, un débat houleux s'est engagé, au sortir duquel émergent plusieurs points. Le premier, et c'est également le cas pour leurs homologues de Tournus et de Louhans, de très nombreux professeurs n'ont rien compris à la réforme. Deuxièmement, que plusieurs enseignants ont subi des pressions de la part de leur direction, notamment à Mathias où certains d'entre eux, distribuaient des tracts accompagnés d'une caricature, alors qu'ils étaient en dehors de l'enceinte du lycée.

A Dijon, c'est l'évocation du cas d'une enseignante dijonnaise qui, suite à une tribune sur un média en ligne, s'est vue convoquée par des responsables des ressources humaines, ce jeudi 20 décembre. Une pétition circulait de main en main autour de l'assemblée afin de la soutenir.

De toute évidence, l'assemblée générale a fait valoir sa crainte de  l’impact des réformes sur les conditions de travail, alors qu'aucun d'entre eux n'est pour l'heure en mesure de connaître le nombre d’heures qu'ils auront à effectuer dès la rentrée prochaine, pas plus que l'effectif par classe, sans parler des spécialités puisque,  d'ores et déjà, les chefs d’établissements parlent déjà des suppression de postes et de certains "couplages".

Concrètement, il est possible que les élèves se voient imposer des matières pour obtenir celles qu'ils escomptaient... revenant ainsi à des classes surchargées impactant significativemment la qualité de l'enseignement apporté.

«Bac au rabais!» s'exclamèrent certains, en guise de véhémente protestation, conscients du bien sombre avenir qui se profile, aussi bien pour eux que pour les élèves. 

Quant aux représentants des parents, bien qu'ils soient plutôt favorables avec la mise en place du contrôle continu et qu'ils abondent dans le sens des pôles d’excellence, ils reconnaissent, cependant, qu'ils«doivent se renseigner par eux-mêmes» à défaut de plus d'informations.

Plusieurs lycéens qui manifestaient encore sur les marches du Tribunal de grande instance, se sont invités à l'assemblée générale de leurs professeurs dans un esprit de convergence des luttes. Après tout, la réforme Blanquer les impacte tout autant!

Des professeurs ont affirmé qu'il y a des assemblées générales dans plus de 600 lycées dans l'Hexagone, et ce depuis, plusieurs semaines déjà mais qu'ils souffrent d'un déficit en terme de couverture médiatique. Forts de ce constat, ils parlent de coordination des établissements pour une meilleure gestion des informations afin de parler d'une seule voix, comme il est précisé dans le communiqué qu'ils ont fait parvenir à info-chalon, en toute fin d'après-midi. 

Les fêtes de fin d'année ne mettant pas un terme à l'élan, lycéens, syndicats et professeurs comptent continuer la mobilisation afin de faire entendre raison au gouvernement. Quant au corps enseignant, il est question de s'organiser dès la semaine de la rentrée, avec des heures d’informations syndicales (HIS) dans tous les établissements dès le lundi 7 janvier 2019.

Les enseignants opposés à la réforme comptent boycotter tous les conseils pédagogiques, commissions permanentes, conseils d’administration et autres réunions liées à la réforme ou sur le dispositif ParcourSup , la plateforme d’orientation objet de bien des critiques.

Comme nous l'a décrit un enseignant de Pontus de Tyard,  la plateforme est « sélective et engendrera de la discrimination». Histoire de positiver, un de ses homologues de Mathias rajoute «même si c'est vraiment grave ce qui se trame, je suis content que les collègues se mobilisent bien plus qu'à l'accoutumée. Là, j'ai compté, on était plus de 90. Ça fait chaud au cœur de savoir qu'on ne se bat pas seuls!».

Très mobilisés ces deux dernières semaines devant leurs établissements et dans les rues, bon nombre d'enseignants solidaires mais fiers de manifester aux côtés des lycéens pointent un certain nombre de revendications dont ce fameux Parcoursup, qu’ils disent inégalitaire. Si beaucoup d'entre eux ressentent réellement mal le fait d’être écartés des décisions par leur ministre de tutelle, ils ne comptent pas se taire et veulent poursuivre le mouvement après les fêtes, info-chalon continuera à vous tenir informés de l'évolution de la colère des enseignants.

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati

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