Chalon sur Saône

A Chalon Ahmed Sylla a placé ses pions sur l'échiquier de l'humour décoiffant

Son spectacle « Différent » a été défloré à ce jour une quarantaine de fois. Mercredi soir, en une salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône forte d’un public tout acquis à sa cause, l’humoriste Ahmed Sylla n’a fait ni une ni deux en plénipotentiaire de son art. Dans les travées on s’est laissé guider par le flot ininterrompu d’historiettes, histoire de recharger les accus en s’en payant une bonne tranche.

Clichés photographiques et portables, passez votre chemin !

Disons le tout de go : interdiction nous a été donnée en amont et le jour J de prendre des photos de l’artiste. Des fois que… ? C’est pourquoi il vous faudra faire preuve de beaucoup d’imagination pour vous pénétrer du sujet, la partie textuelle coudoyant immanquablement la gestuelle, les mimiques, les arrêts sur image, les silences….avec la terminaison nerveuse de l’observateur de toute espèce  qui frétille en fonction des affinités et de sa sensibilité. Par conséquent faisons-nous le deuil d’une émotion grandeur nature à partager avec le plus grand nombre à la suite de cette abstinence forcée. Par ailleurs d’aucuns ont dû être décontenancés au moment d’entrer dans l’antichambre, nous voulons parler des spectateurs, pour la première fois obligés en ce lieu de désactiver leur portable avant qu’il ne soit mis dans une pochette verrouillée, et d’en reprendre possession. Puis de procéder à la démarche inverse lorsque l’instant de la fin de la prestation artistique fut venue. De quoi en déboussoler plus d’un,  et une opération restrictive qui  fera vraisemblablement des petits…

 

L’homme avait plus d’un tour dans son sac

« On est tous différents. Ces différences, c’est comme des petites frontières entre les hommes. Même si ces frontières existent, elles ne devraient pas nous empêcher de vivre ensemble. » En apparence acte de foi, ces propos liminaires n’allaient pas tarder à exploser en plein vol de par le prisme du narrateur, bien plus enclin à grossir exagérément le trait, à caricaturer, qu’à faire du prosélytisme à tous crins. Quitte à ce que le miroir envoie vers une image peu ou prou familière…Très facilement polymorphe, Ahmed Sylla joue également beaucoup avec son organe vocal pour que l’atmosphère emprunte plus souvent qu’à son tour une fréquence basée sur la légèreté avec ses nuances orales en qualité de porte-étendard, seul capable de transformer le plomb en or. Les lignes de démarcation entre l’homme et la femme, avec l’animal, la technologie (l’addiction au portable), avec les pays et les migrants…sont passées au peigne fin. Ses tirades s’avèrent irrésistibles, marquées au fer rouge de l’hilarité, comme en attestent les réactions de l’assemblée, carburant sans réserve au dégommage, ainsi qu’au rire gras. Impénitent touche-à-tout, Ahmed incarne par exemple la femme précieuse, puis l’homme totalement dépourvu de finesse d’esprit…Il taquine des éléments de l’assistance, en fait monter sur scène, apprivoise une batterie, se rue d’une manière générale sur ce qui peut faire vaciller sur ses bases le bel ordonnancement de l’ordre établi. Ce n’est qu’à ce prix que la longue descente aux enfers de ses mets de choix prendra un aller simple pour un monde sans queue ni tête. Quoique, à y considérer de plus près…

                                                                                                       Michel Poiriault

                                                                                                      poiriault.michel@wanadoo.fr              

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