Chalon sur Saône

Chalon aura dans ses murs un incroyable talent le 4 janvier en la personne de Laura Laune, humoriste au second degré tranchant comme un couperet

Fraîchement émoulue de la douzième saison de « La France a un incroyable talent », puisque sur la marche suprême en 2017, la citoyenne d’outre-Quiévrain Laura Laune n’a pas sa langue dans sa poche lorsqu’elle met les pieds dans «Le diable est une gentille petite fille », son premier one-woman-show. D’ailleurs personne ne s’y est trompé, car depuis belle lurette la salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône est complète. Le vendredi 4 janvier à 20h, les plus opportunistes n’auront donc qu’à se mettre sur leur séant et à profiter pleinement de l’artiste kaléidoscope.

Merci la persévérance, car après 2013 en Belgique et la demi-finale, le sacre quatre ans plus tard à « La France a un incroyable talent » sur M6. Que s’est-il passé dans l’intervalle ?

« En fait quand j’ai fait l’émission en Belgique, c’était une de mes premières scènes, le tout début. Du coup quand j’ai fait l’émission en France ça a fait plus d’expérience : plus d’expérience de la scène, plus d’expérience de l’écriture aussi, donc plus de maturité. Je pense que tout ça, ça a beaucoup aidé. »  

 

En quoi le public français diffère-t-il de son homologue belge ?

« J’aime bien les deux. Parfois on me dit qu’en Belgique le public est plus chaleureux, mais pas forcément. Je trouve que même en France il y a des régions où le public sera quelquefois plus sévère, ou plus réservé. Les spectateurs vont aimer autant mais vont être moins expressifs. Il y a toutes sortes de public, c’est un peu pareil en France et en Belgique, ça dépend plus des régions. Je trouve ça chouette, car même quand il y a des salles qui sont un peu plus exigeantes, ça nous force à donner le meilleur, donc j’aime bien. »

 

Quelles valeurs attribuez-vous à l’humour noir ?

«A la base je ne me suis jamais dit que j’allais faire de l’humour noir, faire des trucs trash. En réalité ça a toujours été mon humour, quand j’écrivais c’est ce qui me venait naturellement avec mes amis, ma famille, et du coup c’est logique pour moi de pratiquer cet humour-là sur scène. Ce que j’avais surtout envie en montant sur scène, c’est d’un fond, de faire passer des messages, d’évoquer des choses, et l’humour noir me permet de dénoncer des injustices au second degré, de parler de choses graves qui m’interpellent. »

 

«Le diable est une gentille petite fille », que vous jouerez à Chalon, a-t-il correspondu à ses débuts à une prise de risque ?

« Oui, oui, oui, encore même maintenant, c’est toujours une prise de risque je pense de faire cet humour, parce que forcément ça ne plaît pas à tout le monde, c’est toujours difficile aussi de le faire connaître,  ça prend plus de temps. Quand j’ai commencé, on m’a dit : »C’est un humour qui n’est pas fédérateur, tu n’arriveras pas à jouer dans les grandes salles, tu ne pourras pas dire telle ou telle chose, etc. » Aujourd’hui je suis contente, car je me rends compte que si, ça marche quand même, et les gens comprennent que c’est de l’humour, que c’est le second degré, comprennent les messages. Il y a de tout donc c’est vraiment agréable, je voulais garder l’humour auquel je crois, mais effectivement c’est plus difficile de faire rire avec cet humour-là. »

 

Vous êtes également comédienne, musicienne et danseuse. N’est-il pas frustrant de mettre certaines de ces disciplines en sourdine ?

« Sur scène, je fais ce que je veux, donc si j’ai envie de faire plus de chansons par exemple je ferai plus de chansons. Ce n’est pas frustrant, c’est de la liberté, je ne m’en prive pas, au contraire. »

 

Etre femme et humoriste, est-ce un combat de plus à mener, ou sont-ce des portes qui s’ouvrent ?

«Il y a un peu des deux. C’est vrai que ça m’est arrivé d’avoir des remarques en télé ou à la radio ou sur les plateaux,  les clichés qu’on a pu avoir sur moi quand j’allais sur scène, du genre « elle va nous faire un humour un peu girly de fille », du coup je me suis servi de ce premier jet pour surprendre justement  les gens avec des propos qui contrastent, des propos dans lesquels j’essaie de mettre du fond, dans lesquels on ne m’attend pas forcément. Finalement je profite de la fille humoriste pour en tirer des avantages.»  

 

Qui appréciez-vous chez les humoristes ?

« J’aime bien plein de gens, je suis très fan de l’humoriste australien Jim Jefferies, justement parce que j’adore sa façon de dénoncer les choses. Je trouve qu’il a un humour très intelligent, avec de vrais messages. J’aime beaucoup ça, que ce ne soit pas juste pour faire le clown, mais pour dire des choses et se servir de l’humour pour le dire. J’apprécie aussi d’autres humoristes, comme Jérémy Ferrari avec qui je travaille.» 

 

Comment la vie peut-elle être drôle, autrement dit de quelle manière s’en inspirer pour faire rire ?

« Quand j’entre dans l’actualité, que je parle de sujets qui me touchent, et j’essaie justement de parler des choses qui ne sont pas forcément drôles à la base, de la religion, des attentats. C’est vraiment prendre les horreurs du monde pour tenter de mettre de la distance en faisant de l’humour. L’espace d’une soirée on oublie toutes les horreurs, et puis finalement on ne peut rien y faire, donc c’est cette démarche-là. »

 

Laura Laune d’ici quelque temps, ce sera quoi, ou ce pourrait être quoi ?

« J’espère vraiment continuer la scène, car c’est une passion d’être devant le public, c’est ce que je préfère. Autrement  j’aimerais continuer mes projets de vidéo sur internet, j’ai des idées d’écriture de film ; pour l’instant je n’ai pas beaucoup de temps avec la tournée, mais j’aimerais vraiment beaucoup me pencher dessus, et peut-être dans des registres qui ne sont pas forcément de l’humour. J’ai un million de projets, il va falloir prendre le temps de faire le tri et de s’y mettre.»

Crédit photo : DR                                                                                      

                                                                                      Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                                     poiriault.michel@wanadoo.fr

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