Chalon sur Saône

Yves Jamait en conquistador du parler vrai le 26 janvier à Chalon

Boulevard royal, la scène est l’espace où Yves Jamait se sent comme un poisson dans l’eau, prêt à partager avec le plus grand nombre les chansons qui lui sont venues à l’esprit, au sein desquelles l’envergure humaniste se taille la part du lion. A Chalon-sur-Saône le samedi 26 janvier, le chanteur déclamera dans une salle Marcel-Sembat qui n’est plus en capacité de répondre favorablement aux demandes, la billetterie étant saturée. « Mon totem », septième album popularisé il y a trois mois, sera hégémonique, cependant il y en aura d’autres à frétiller comme un gardon…Interview pour info-chalon.com

A quel besoin a correspondu l’an dernier la sortie de « Mon totem », et quelle valeur lui attribuez-vous ?

« C’est le besoin déjà d’écrire une chanson, ça remonte à très loin. Je ne saurais pas vraiment expliquer d’où vient cette envie, mais d’abord j’aime bien changer de spectacle, là ça faisait un moment que l’on tournait avec le spectacle «Je me souviens », l’album précédent, et pendant cette tournée j’ai écrit les chansons du prochain, comme je suis d’ailleurs en ce moment en train d’écrire les chansons de l’autre qui suivra…En fait je n’arrête pas d’écrire. Je n’écris pas cinquante chansons pour en avoir douze par exemple. J’écris, j’écris, et tout ce qui vient je le garde, et quand j’en ai douze je fais un album. » 

 

 A Chalon le 26 janvier, quelle sera l’ossature du concert ?

« Elle sera essentiellement basée sur « Mon totem », mais j’ai l’habitude de revisiter tout le temps un peu mes anciens albums, donc de toute façon il y a toujours un petit coup de regard dans le rétro aussi, sur des morceaux en plus qui sont souvent attendus par les gens. Alors je ne vais pas tous les mettre, parce qu’il y a plusieurs albums, et puis j’ai toujours le souci de faire un spectacle qui se tient. La dernière fois c’était beaucoup plus sur l’humour, là il y en a encore un peu, mais je crois qu’on est davantage sur la poésie, en tout cas c’est ce qui a été constaté, car c’est très difficile de le dire soi-même. Je ne conceptualise pas, les gens ou les journalistes qui sont venus ont dit que c’était beaucoup plus poétique que ça l’était jusque-là. »

 

Qu’est-ce qu’une chanson réussie ?

«Une chanson qui trouve son public. Ca ne veut pas dire que les autres ont raté dans le sens où elles ont été mal faites, une chanson peut être très bien faite, mais si elle ne trouve pas de public, ça reste une chanson. Mon domaine d’expression il est dans la chanson, mais la chanson il faut qu’elle trouve des oreilles et des cœurs à toucher, c’est important. J’aime l’idée que ça touche des gens, et après en général, si on met dix personnes qui écoutent la même chanson, il n’y en a pas deux qui écoutent la même. La chanson a besoin d’être écoutée par des gens qui mettent leur vie. Je pense que c’est un peu prétentieux de savoir ce qu’est une chanson réussie, mais je pense qu’elle doit trouver  une place dans le cœur des gens, en tout cas laisser la place pour que les gens y mettent leur vie. »

 

Une fois un album achevé, éprouvez-vous de l’apaisement, ou bien s’agira-t-il de s’armer de courage pour en vanter le bien-fondé sur scène ?

« J’ai le gros soulagement, surtout lorsqu’il sort ! Quand il est achevé, on est encore beaucoup à l’écouter jusqu’à ce qu’il sorte, donc au moment où il sort, oui, j’ai l’impression de poser des valises, et puis le second soulagement c’est d’aller chanter. Je dirais que c’est plus le soulagement d’aller chanter. Je crois que l’endroit où je me sens le mieux au Monde dans la vie c’est sur scène, donc j’y vais en courant. »

 

Ce sera la quatrième fois en une poignée d’années que vous vous refamiliariserez avec la salle Marcel-Sembat. Etes-vous plus à l’aise en pays de connaissance ?

«Pas toujours, parce que parfois on a l’impression que les gens nous ont archi-vu, ou qu’ils connaissent bien tout. C’est un peu comme si on jouait en famille, ce n’est jamais plus facile. Je suis plus à l’aise justement quand je sors de mes frontières, mais on ne peut pas dire non plus que ça me mette hyper mal à l’aise, je ne suis pas du tout traqueur, j’y vais comme je le disais tout de suite en courant. Mais je vais jouer l’année prochaine au Zénith de Dijon, bon j’y ai toute ma famille, les gens qui me connaissent depuis longtemps, c’est plus difficile d’imposer un personnage à ces gens-là. »

 

Enfanter, en tant qu’auteur et compositeur, une lourde responsabilité ?

« Je n’y vois pas une responsabilité, si je ne suis pas là, les gens ne vont pas se plaindre. Je propose quelque chose et ce sont les gens qui viennent, c’est une responsabilité qui n’engage que moi, en fait ce n’est pas une grosse responsabilité, je ne le ressens pas comme ça. »

 

S’il y avait à choisir, vaudrait-il mieux conserver uniquement le public qui est le vôtre, ou chercher à convertir celles et ceux qui pourraient vous rejoindre ?

« Je cherche toujours à convertir, je joue toujours comme si le public ne me connaissait pas. C’est aussi la raison pour laquelle quand je suis à l’extérieur de chez moi ça m’est plus facile, car je joue pour celui qui ne me connaît pas, je joue pour faire découvrir la chanson, même si je sais que la moitié de la salle a déjà écouté tous les disques. Je joue comme si personne n’avait jamais écouté les disques. Je n’ai pas arrêté ma première démarche qui était au début de me dire que personne ne me connait, donc  j’y vais. C’est ce qui est intéressant, comme pour moi d’ailleurs, de redécouvrir la chanson à chaque fois, sinon je serais blasé. Je joue toujours, non pas en me disant que je vais aller choper un peu plus de gens, mais je vais essayer de convaincre, et puis sur scène je fais comme pour une pièce de théâtre, je joue comme si les gens ne connaissaient pas la fin. »

 

Une idée développée en musique est-elle en capacité de bouleverser l’ordre établi, ou ne vivra-t-elle qu’en qualité de chimère ?

« Je ne crois pas une seconde que pour les chansons engagées, puisqu’on est un peu en sous-jacence de ça, qu’une chanson puisse bouleverser l’ordre établi. Je pense qu’une chanson peut aider à apporter un déclic, les gens qui sont dans la rue chantent en général , donc ça aide, ça permet d’avoir ensemble un souffle . C’est dans ce sens-là, mais je crois qu’on pourrait dire la pure vérité en chanson, ça passerait à côté de toute façon, ça serait se donner beaucoup d’importance. Les chansons restent en phase avec leur époque, enfin je pense.»

 

Créer, par les mots, la musique,  et ensuite chanter, ça repose sur quels fondements ?

« L’envie. Je ne crois pas au talent, je crois à l’envie. Je rejoins là-dessus Jacques Brel, qui disait justement que pour le talent il fallait de l’envie et du boulot. Ca repose d’abord sur l’envie, puis après sur le travail. »

                                                                                               Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                                               poiriault.michel@wanadoo.fr 

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