Chalon sur Saône

Un samedi soir en taxi à Chalon-sur-Saône

C'est samedi soir, Lamged nous embarque dans sa voiture. Info-Chalon profite de cette virée nocturne pour vous faire découvrir le quotidien d'un chauffeur de taxi.

Un van noir s'avance près du Centre des Finances Publiques de Chalon-sur-Saône, au 11 Avenue Pierre Nugue, s'arrête sur le parking, les phares restent allumés. Il est 2h10. Personne en vue. Encore quelques minutes à attendre avant le prochain client, ça sent le plan galère. Le  conducteur rappelle le numéro indiqué, c'est un autre qui décroche. La personne au bout du fil, a la voix balbutiante. Manifestement éméchée,  elle demande de patiente, expliquant que son ami arrive. Un rapide coup d'œil autour de lui puis sur le tableau de bord. Plus de temps à perdre, le chauffeur s'excuse brièvement auprès de son interlocuteur, il ne fera pas la course, il est attendu ailleurs. C'est un faux plan... 

Un métier gratifiant mais pas gratuit

Ils ont une voie réservée sur l’autoroute de notre imaginaire collectif, de Joe le taxi, chanté par Vanessa Paradis, à Taxi Driver, de Martin Scorsese, en passant par Le cinquième élément ou la saga Taxi de Luc Besson, on ne compte plus les films et les chansons qui leur sont consacrés. Souvent associés dans des oeuvres de fiction à des personnages hauts en couleur, les chauffeurs se considèrent d’abord comme les baromètres vivants d’une société.

«Ça arrive de temps en temps», nous explique Lamged Chtiti, stoïque face à ce canular. Ce genre de blagues douteuses bien que rares est le lot commun de tous les chauffeurs de taxis. Mais ce jeune chef d'entreprise de 35ans, en a vu d'autres. Pas de temps à perdre, il roule déja en direction du centre-ville où l'attendent une bande de copains voulant continuer leur soirée à La Récré, à Ciel, cette boîte de nuit bien connue des noctambules du Chalonnais.

Ancien militaire du  515ème régiment du train, basé dans la forêt de la Braconne près d'Angoulême en Charente, Lamged a fini avec le grade de caporal. Cela fera 7ans cette année que ce natif de Chalon-sur-Saône, ayant grandi au quartier de La Fontaine aux Loups, a créé sa société, Taxi 71, une des premières flottes de taxis de l'agglomération et qui comprend 2 vans de 9 places et 2 berlines pour 3 employés.

«Comme vous le voyez, ce soir, c'est plutôt calme», nous dit Lamged, expliquant cela par la fermeture administrative d'un établissement très fréquenté de la nuit chalonnaise avec comme conséquence de frapper également les compagnies de taxis qui travaillent le samedi soir, «comme dans tous les métiers, il y a des hauts et des bas», rajoute Lamged, qui arrive sur le lieu du rendez-vous, en face d'un bar de la Place du Général de Gaulle. 

Chauffeur de taxi depuis 2013 Lamged a choisi de travailler également le samedi soir. Ses clients sont celles et eux qui sortent le soir, qui travaillent tard et les voyageurs. Il est également contacté par la Police ou la Gendarmerie pour transporter les personnes verbalisées lorsque le permis est suspendu ou pour le rapatriement des personnes tombées en panne. Agressé quelques fois, Lamged concède cependant que «la nuit, tout peut déraper,notamment avec la clientèle éméchée aux réactions parfois vives».

La sélection des clients est parfois une question de survie chez les taxis. Car une course peut vite dégénérer. « La plupart des chauffeurs qui travaillent la nuit ont subi au moins une fois une agression, physique ou verbale », rapporte-t-il. Pour éviter les ennuis, les chauffeurs ont tous leurs trucs. Il n'hésite pas à facturer 100 euros, ce que l'on peut qualifier comme "la taxe vomissement". Le problème du vomissement dans les taxis est si important que de plus en plus de chauffeurs agissent de même pour compenser les dépenses et les pertes des chauffeurs. Il faut calculer tous les clients perdus. «Quand ça arrive, la soirée est terminée. Le temps de nettoyer surtout qu'il faut attendre jusqu'au lendemain que l'odeur se dissipe», nous explique Lamged.

Lui, qui est issu d'un milieu populaire, transporte toutes les catégories sociales. Sur la banquette arrière de son taxi, Lamged voit se succéder hommes d’affaires stressés, personnes âgées fragilisées ou fêtards éméchés, parfois dans la même matinée. Quand il ne n'est pas branché sur la bande FM et ne commente pas avec le client le dernier match de foot ou la nouvelle du jour, il  entame la conversation avec ses passagers.

Quelquefois, la banquette arrière se transforme en divan. « Les clients se livrent plus à nous, chauffeurs de taxis, qu’à un coiffeur», constate Lamged.

Lamged estime que «la majorité des plus de 60 000 chauffeurs du pays se soucient du bien-être de leurs clients». Interrogé sur la pratique des taxis clandestins, il nous dit que «pour le moment, sur le secteur de Chalon, pas de cas de ce genre mais que tous les gens du métier restent vigilants». Concernant la question des tarifs jugés parfois trop prohibitifs, il s'explique «il faut savoir que ça peut peut-être paraître cher mais nous avons des charges à payer, le carburant ainsi qu'une licence. La mienne m'a coûté la bagatelle de 100 000 euros. Je suis à 1,86€ par kilomètre, 2,76€ le samedi soir. Comme beaucoup, j'ai été tenté de baisser mes prix mais ce n'était pas viable, beaucoup trop d'heures et pas assez de repos. Cela aurait été jouer avec la sécurité des passagers et n'aurait pas couvert mes frais».

En bientôt 7ans de métier, Lamged en a vu du monde, il a par exemple rencontrer l'acteur Christophe Lambert ou l'influenceur Norman, bien connu de la jeunesse. Il lui arrive de faire des longs trajets, comme la semaine dernière encore à destination de Toulouse, la plus longue distance qu'il a accompli, c'est un aller pour Alméria, dans le Sud de l'Espagne, 1552km en 14 heures. Lamged a fait tous les pays frontaliers, «il ne me manquait plus que l'Italie mais depuis l'année dernière, c'est chose faite, je me suis rendu deux fois dans le Nord de ce pays», nous explique-t-il.

De la nombreuse clientèle massée aux abords de l'établissement, émerge un jeune homme. C'est Étienne, la vingtaine. Le fêtard, bientôt rejoint par ses amis, tutoie Lamged. Pas de doute, c'est un habitué. Figure connue dans Chalon, la jeunesse de sortie le saluent, autre signe indéniable que le patron de Taxi 71 est apprécié. À peine la bande de six copains, quelque peu dissipée, a réglé la course, un aller-retour, que le van démarre. Direction Ciel.

«On préfère rentrer chez nous entiers»

Bien servir des clients est le principal objectif de Lamged. «Un client content est un client qui revient», nous dit-il. Et visiblement, les amis d'Étienne ont l'air d'apprécier les services du chauffeur, un d'entre eux, s'adressant à lui d'une manière assez familière, lui demande de mettre de la musique. Lamged lui demande quel titre. Le jeune homme demande si ce dernier connaît Boom, Boom, Boom, Boom!! du groupe Vengaboys, hit eurodance de 1998. Amusé, le chauffeur accède à sa requête. La bande de joyeux drilles se met à chanter en  cœur, détournant au passage les paroles de la chanson. Puis ils demandent une autre chanson, Le Petit Bonhomme En Mousse de Patrick Sebastien avant de réclamer un titre de rap américain, nettement plus "badass", à l'approche de leur destination, les amis tenant à conserver leur street credibility.

Lamged ayant déposer ses clients, repart aussitôt vers Chalon-sur-Saône où l'attendent Mathieu et Enzo, tous les deux 17ans,originaires de Crissey, désirant rentrer dormir chez eux après avoir fait la fête. Mathieu nous explique qu'autrefois, il dormait chez les copains après les soirées qu'il faisait et au cours desquelles on lui proposait d'être ramené en voiture, les conducteurs ayant pourtant bus mais que depuis peu, sa mère, consciente des risques encourus avec ce genre de sollicitations, préférait payer le taxi à son fils. Une bien sage décision. Les parents d'Enzo ayant adopter la même attitude. 

«De plus en plus de parents font appel à mes services pour récupérer leurs enfants. Ils ont confiance. Parfois, je reçois même des mots gentils de parents me remerciant d'avoir ramener sains et saufs leurs enfants», nous dit Lamged, évoquant la prise de conscience de nombreux Chalonnais en matière de sécurité. 

Les jeunes gens bien polis sont arrivés à bon port, il est temps pour Lamged, ne badinant pas avec la sécurité, de faire une petite pause. Il s'arrête boire un café au Night Store, une épicerie de nuit siuée au 16 Place de la République et tenue par son ami Anis. Là-bas aussi, la clientèle salue Lamged venu discuter avec son ami. Le temps que quelques éclats de rire, requinqué par son petit allongé, c'est l'heure de reprendre le volant.

Cette fois, c'est Geoffrey et Lilian pour qui la soirée est finie. Ces clients de longue date sont originaires de Saint-Marcel. Interrogés par info-Chalon sur ce qu'ils pensaient de Lamged et de Taxi71, les deux compères vantent spontanément la qualité de service et le bon accueil réservé à la clientèle, «correct, ponctuel, c'est le taxi du cœur!» nous dit Geoffrey. Ils sont pourtant tous les deux titulaires du permis, mais pour Lilian, pas question de rouler en ayant bu. Les deux amis aiment faire la fête mais ils s'en remettent à Lamged pour les ramener chez eux. «On préfère rentrer chez nous entiers» rajoute Lilian. 

Les jeunes San-Marciaux remercient Lamged qui doit déjà repartir à Ciel chercher le petit groupe partis faire la fête à la Récré. La bande de copains pourtant assommée de fatigue se livre à quelques blagues douteuses et propos grivois entre eux, comme si le chauffeur n'était pas là mais Lamged reste impassible, concentré sur la route. «C'est pas grave, ils sont là pour faire la fête, ça chahute mais la plupart des clients ne sont pas méchants, ils se sentent bien avec nous, ils se lâchent mais c'est la preuve qu'ils ont confiance. Comme vous voyez, nous entretenons de bonnes relations avec cette clientèle de fêtards. On les ramène chez eux en toute sécurité, c'est le plus important » nous explique Lamged riche d'un fort capital sympathie .

Il est 5h du matin. Encore une course au Copacabana, à Beaune, et Lamged va pouvoir rentrer chez lui. Demain, il reprends le volant pour d'autres courses.

Aux premières loges pour prendre le pouls de la société, ils sont les témoins privilégiés de notre intimité, dans l’anonymat des villes ou la proximité des campagnes . Un métier que pourtant beaucoup critiquent alors qu'ils nous sauvent régulièrement la mise et parfois la vie. À travers le portrait de Lamged, au nom de tous les usagers de ce mode de transport, certes parmi les plus onéreux mais l'un des plus sûrs, info-Chalon tenait à remercier et à rendre hommage aux nombreuses compagnies de taxi qui travaillent dans le Chalonnais.

Adresse : 

TAXI 71, 36 Avenue Jean Jaurès, 71100 Chalon-sur-Saône.

Coordonnées :

Numéro de téléphone : 06.28.54.17.61

Mail : taxi71chalon@gmail.com

www.taxi71chalon.fr

En remerciant Lamged Chtiti pour sa gentillesse et sa disponibilité ainsi que la clientèle qui s'est prêté de bonne grâce aux questions d'info-Chalon. Vous avez tous été supers!

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati

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