Chalon sur Saône

Ces Wriggles qui proviennent d'une autre planète...

Après avoir fait fructifier leurs acquis de 1995 à 2009, période qui déboucha sur un assourdissant silence radio de quasiment une décennie, Les Wriggles ont repris du poil de la bête en modifiant la composition du groupe pour deux tiers. De ce fait, 2018 devait entériner leur grand retour, puis, début février 2019, la cerise sur le gâteau matérialisée par l’album Complètement red. C’est donc en pleine possession de ses moyens que le groupe a consenti au partage au Théâtre du Port nord de Chalon-sur-Saône, ce samedi 16 février.

De la verve, encore et toujours !

En des temps immémoriaux c’eût pu être les Frères Jacques, un quatuor vocal nanti de chansons protéiformes à géométrie variable, mais là, actualité oblige, l’on parle de cinq personnages certes dans la même veine, toutefois atteints de contemporanéité aiguë. Avec comme dénominateur commun le rouge, ses sentiments hauts en couleur et une propension aux élucubrations tout ce qu’il y a de jouissif, perforant et d’interrogateur, ils auront fait feu de tout bois sur une scène transformée en terrain de jeu. Selon l’humeur du moment, invariablement joueuse, gestuelle et mimiques en contrepoint.

Dotés en fonction des circonstances d’un humour sagace paré pour le grand écart et d’une poésie tirée à quatre épingles, au moyen d’un langage direct, parfois fleuri, où le cynisme ne donne pas sa part au chien, les chanteurs-comédiens usent de leur talent pour que la satire circonscrite  resplendissante de vie, s’en tire sans la moindre écorchure. Les Wriggles jonglent avec les mots en se fiant à une scénographie à mille lieux de la sophistication, laquelle n’a de cesse de libérer les effluves de la spoliation par lyrisme interposé. C’est intellectuellement enrichissant quand on prend de la hauteur, et tordant lorsque la vérité est toute nue. Et Dieu sait si l’invasion des thèmes sociétaux et du quotidien est revue et corrigée. Le code du travail, la recette du bœuf bourguignon, les trolls, une historiette abracadabrante de petites bestioles et d’un chasseur, des coquineries…

Nous sommes dans un autre monde, vaste, puisqu’ici tout est permis, tailler des croupières en appelant un chat un chat, comme de quitter le plancher des vaches afin de léviter, la conscience tranquille de l’allégeance aux enracinements formatés ailleurs mise en berne. Au prétexte que faire et défaire c’est, tout bien considéré, séparer le bon grain de l’ivraie, voire le culte de la liberté dans sa plénitude. Plus on est de fous, plus on rit. Dans ce bouillon de culture qu’est devenu le Théâtre du port nord bourré de gens qui partaient en goguette la fleur au fusil, l’assentiment a parcouru les emplacements. Au moment où les badinages cousus de fil blanc conjuguent leurs efforts avec ceux de l’autoraillerie, ça fait mouche ! Et chacun de regagner ses pénates le cœur léger, mais alourdi par le poids profitable de toutes ces histoires à dormir debout…

                                                                                                         Michel Poiriault

                                                                                                        poiriault.michel@wanadoo.fr

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