Chalon sur Saône

Pierre Rabhi à Chalon le 14 mars pour créer un électrochoc salutaire

L’infatigable offenseur de ce qui nuit, ou peut causer des dommages parfois irréversibles à l’environnement, et, par extension, de ceux qui scient la branche sur laquelle ils sont assis, ajoutera une pierre à l’édifice commun le jeudi 14 mars à la salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône. En effet, Pierre Rabhi y désenveloppera son argumentaire « Pour une insurrection des consciences ». La réputation du personnage a fait son œuvre car les inscriptions sont closes, donc il n’y a plus de places à attribuer ! Interview pour info-chalon.com

Qu’entendez-vous par “insurrection des consciences” ?

«Cette expression est issue de ma candidature aux élections présidentielles de 2002. La seule chose qui me motivait, c’était de créer une dynamique, et que cette candidature devienne le prétexte à un dialogue entre les gens. Avec quelques amis, nous avons établi un programme qui était plutôt un manifeste : « Quelle planète laisserons-nous à nos enfants, mais aussi quels enfants laisserons-nous à la planète ? » C’était un appel sincère à l’insurrection des consciences qui disait : « Dépassons tous les clivages, toutes les particularités qui nous enlisent dans une fragmentation incurable, et essayons l’unité. » Notre programme était donc fondé sur tout ce qui peut contribuer à l’unité, contribuer à un monde différent, à un changement de paradigme et, parmi les propositions, il y avait la fameuse « décroissance ». J’ai essayé d’expliquer ce concept de décroissance, mais ça n’a pas toujours été bien compris à l’époque ! »

 

Peut-on être de nos jours écologiste au sens noble du terme, et progressiste ?

« Contrairement à ce que beaucoup disent, l’écologie n’est pas le retour à la bougie !

Aujourd’hui de plus en plus de citoyens, partout sur notre planète, ont conscience de l’état général dramatique et du fait que l’être humain ne peut avoir des besoins illimités sur une planète aux ressources limitées. Partout la société civile invente, expérimente et innove : nouvelles façons d’habiter, de cultiver, de se nourrir, d’éduquer. »

 

La rentabilité à tout prix, la croissance, sont-elles vos pires ennemis, ou sont-ce simplement les freins que chacun se met pour céder à la facilité d’un certain confort ? Que prônez-vous pour un équilibre harmonieux ?

« Pour moi, c’est simplement qu’aujourd’hui les gens comprennent que vouloir une société complexe à laquelle on donne toute son existence, et être heureux en même temps, ça ne fonctionne pas. Au contraire ! Les sociétés prospères n’ont jamais consommé autant d’anxiolytiques et de divertissements de tous genres. Du coup, les gens sont comme abrutis, peu présents à la réalité. Peut-être parce que cette réalité leur fait peur. On cherche à s’évader par tous les moyens. Aujourd’hui, la conjoncture est difficile pour beaucoup, en tout cas en France, personne n’est assuré d’avoir du boulot dans 5 ans. On voit un délitement général du système social qui ne risque pas de s’arrêter. On pourra essayer tout ce qu’on voudra, ça ne changera rien : c’est la logique elle-même qui fait que ça ne peut pas s’arrêter. Ce qu’il faut maintenant, c’est prôner la puissance de la modération et considérer la modération et la sobriété comme les clés de notre survie. Développer la sobriété, c’est faire un choix juste, moralement et structurellement juste. »

 Quels sont pour vous les comportements les plus blâmables ?

« Je dirai la cupidité, l’égoïsme et la violence. »

Essayiste, romancier, agriculteur, conférencier, écologiste, cofondateur du mouvement Colibris, tous les moyens sont-ils bons pour faire passer vos messages ?

« Il est vrai que je suis toujours très sollicité, même si je « calme le jeu » d’année en année . A 80 ans, force est de constater que je ne peux plus faire autant que j’aimerais. Les nombreuses associations que j’ai créées ou qui sont nées sous mon impulsion continuent un travail de fond dont je suis très heureux (comme Terre & Humanisme qui fêtera cette année ses 25 ans d’existence, le mouvement Colibris, le centre agroécologique des Amanins ou le Fonds de Dotation qui porte mon nom). Au cours de mon existence, je n’ai pas que parlé ou écrit, j’ai moi-même expérimenté dans ma propre ferme en Ardèche, au Sahel, j’ai formé des centaines de paysans aux méthodes agroécologiques. »

Le réchauffement climatique : parviendra-t-on à la juguler, tous pays confondus ?

« Je ne crois plus aux grandes réunions internationales. Faudra-t-il attendre la COP 85 ? Non, c’est un leurre de plus. On fait croire à l’opinion publique que les Etats s’occupent du climat alors qu’ils ne s’en occupent que de manière limitée et fragmentée. Il devrait y avoir des décrets internationaux immédiats pour limiter la surpêche, interdire les OGM, et tout ce qui est fait au détriment du patrimoine naturel et vital. »

Etes-vous au final optimiste, ou pessimiste, pour la suite des événements liés à l’appréhension déférente de l’environnement ? 

« D’un point de vue général et planétaire, on ne peut pas dire qu’aujourd’hui il y ait des perspectives très optimistes. Bernanos disait : "Le pessimiste est un imbécile triste et l’optimiste un imbécile heureux. » Moi je me sens ni l’un, ni l’autre. »

 

                                                                                     Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                                    poiriault.michel@wanadoo.fr

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche