Chalon sur Saône

Heureux qui, comme les Chalonnais, se repaîtront à satiété des captivants Virtuoses le 12 avril

A leur manière supérieurement enchanteresse ce sont des défricheurs de no man’s land, des accrocheurs de rêves, des bâtisseurs d’ailleurs vertigineux tant ils repoussent les limites du sensé. A l’impossible nul n’est tenu, les frères Cadez, experts du piano domestiqué, s’appliquent ce proverbe, la trilogie fantasmagorie avec déclencheurs surnaturels, musique et théâtre faisant front commun en se fondant dans l’infiniment grand. Bref, Les Virtuoses se produiront le vendredi 12 avril à 20h, salle Marcel-Sembat à Chalon-sur-Saône, sous le couvert des Théâtrales. Interview de Julien Cadez pour info-chalon.com

Faites-nous entrer dans votre univers fantastique, à la fois rationnel et irrationnel…

«Rationnel et irrationnel, c’est vrai qu’il y a un peu de ça, car nous sommes avant tout des musiciens classiques  de conservatoire, ce qu’on appelle parfois la grande musique ou même les musiques savantes. C’est justement un terme que je n’aime pas trop, les musiques savantes, parce que ça sous-entend qu’il y a des musiques ignorantes, alors que nous justement, notre propos c’est de montrer que toutes les musiques sont poétiques, racontent quelque chose, et qu’il n’y a pas une musique qui occulte l’autre. Quelles que soient que la culture, l’origine, la sensibilité musicale, ça constitue un très bon langage, et on a fait le choix de faire un spectacle à partir de ce langage-là de la musique. Nous sommes partis bien sûr de la musique classique parce que c’était l’idée de base, mais après on tord le cou aux préjugés sur la musique classique, parce que l’on est amoureux de cette musique-là, et on a envie que tout le monde puisse la découvrir et en tomber amoureux aussi. On s’est dit que l’on allait mélanger les extrêmes, le sérieux, l’austérité de la musique classique, avec la fantaisie et le fantastique que peuvent apporter la magie, le théâtre, les jeux de lumière, etc. En fait, c’est un super beau mariage, c’est un peu deux domaines, la magie et la musique, qui n’étaient pas censés se rencontrer, mais qui se marient super bien. Car justement, il y a à la fois quelque chose de très savant, mot que j’utilise avec des pincettes, de la musique classique, et quelque chose de très enfantin, spontané et fantastique grâce à la musique. »   

 

Jouer avec son frère n’est-il pas un gage inaliénable d’excellence ?

« En tout cas, je pense que c’est le cœur du spectacle parce que bien sûr si le public voit des pianistes avec des prouesses au piano, puis des acrobaties, des tours de magie, ce qui transperce, crève les yeux, c’est la relation fraternelle entre les deux personnages, qui sont frères ennemis sur scène, et frères amis dans la vraie vie. Tout est construit autour de cette relation entre les deux personnages qui entrent sur scène au même moment, qui sont tous les deux pianistes, et qui ont tous les deux envie de jouer. Sauf qu’à un moment il va falloir trouver une solution pour pouvoir jouer, donc tout part de là, de cette dualité qui se transforme en concurrence, en complicité, et oscille entre ne pas laisser jouer l’autre et de temps en temps jouer à quatre mains quand même…On évolue toujours entre concurrence et complicité comme des frères en fait. Au fil du spectacle ils s’apprivoisent, et puis leur musique se développe à deux, et c’est vraiment cette fraternité à la fois sur scène à travers les personnages et en vrai. D’ailleurs le public dit souvent que c’est tellement jouissif de nous voir si complices, si synchrones, si à l’écoute. »

 

A la suite de quoi l’idée de ce spectacle vous est-elle venue ?

« Comment associer la musique classique, le théâtre, et puis raconter une histoire à partir de ça ? C’est arrivé au conservatoire, aussi bizarre que cela puisse paraître, non pas que l’on soit subversifs par rapport à la musique classique, mais pour un mini-spectacle qui ne devait être joué qu’une seule fois.  On avait décidé de marier deux domaines que l’on avait sous la main : le piano, qu’on avait au bout des doigts, et la magie que l’on avait dans la sang, parce que nous sommes frères, fils et petits-fils de magiciens. On a un peu grandi sur Harry Potter, et du coup, un jour on s’est dit : tiens, qu’est-ce que ça fait si on mélange la magie, l’illusion, avec un piano ? Et voilà, ça ne devait être joué qu’une seule fois, et ça a eu beaucoup de succès. Nous avons été demandés dans des festivals de musique, et c’est parti comme ça, mais ce n’était pas du tout calculé d’avance. Ca a été redemandé régulièrement, c’est devenu un métier, et puis aujourd’hui ça nous occupe tout au long de l’année, et pour un paquet d’années ! »      

 

Le piano est plus qu’un instrument de musique, une partie inattaquable de vous-même, par le biais duquel tout est transmissible, non ?

« C’est ça, c’est vraiment un élément de langage, ce n’est pas un accessoire, c’est beaucoup plus qu’un instrument en effet, tout simplement parce que les personnages sont muets et qu’ils ne s’expriment qu’à travers ce qu’ils jouent. C’est un parti pris, un axe que nous avions choisi dès le départ, que les personnages ne prononcent aucune parole, aucun mot. Le piano, c’est leur âme en fait, leur manière de s’exprimer, de parler avec le public, c’est pour ça que c’est autour du piano qu’ils se disputent et qu’ils se réconcilient. C’est vraiment quelque chose d’hyper intime. »

 

Quelles ont été les retombées de la part des intégristes de la musique classique ?

« On s’est toujours dit : aïe, aïe, aïe, attention, nous on joue , mais en réalité les premiers à nous avoir poussés ce sont justement les gens de la musique classique, et avant tout du Conservatoire de Lille, puisque c’est là que nous avons joué pour la première fois Les Virtuoses. C’est le directeur du Conservatoire qui nous a reprogrammés après dans d’autres festivals, etc. donc finalement ça a été toujours un super accueil, et en particulier de la part des gens de la musique, parce qu’on la respecte. On ne rit pas aux dépens de la musique, on rit avec elle, et surtout des personnages. Ce spectacle n’est rien d’autre qu’une déclaration d’amour à la musique, donc du coup les « intégristes », je n’aime pas ce mot-là, mais les puristes, on leur a proposé tout d’un coup un nouveau terrain de jeu pour la musique, complémentaire du reste. C’est-à-dire que nous on voulait notre spectacle comme une possible porte d’entrée pour les gens qui, parfois, ne sont jamais allés au concert, ou se disent que l’opéra ce n’est pas pour eux. On a toujours voulu faire un spectacle populaire dans le bon sens du terme, ne pas aller vers la facilité, mais vers l’ouverture. Pour les puristes c’est très positif, alors bien sûr il y a peut-être quelques intégriste par-ci par-là, mais je ne les connais pas, et je pense qu’ils ne sont jamais venus au spectacle. Donc « Tant pis/ Tant mieux », mais en tout cas l’immense majorité des puristes sont hyper favorables, et nous ont poussés même à devenir ce que nous sonnes devenus. »

 

En étant inclassables, Les Virtuoses n’entrent en compétition avec personne. Un atout supplémentaire ?

«Inclassables, oui. On fait partie de la grande famille du spectacle musical, on est des rejetons à notre manière du quatuor des Marx Brothers, etc. mais c’est vraiment notre façon puisque je pense que l’on est à peu près les seuls à mêler l’art de l’illusion à l’art de la musique. Ce n’est pas pour être rebelles ou révolutionnaires que l’on a fait ça, c’est hyper intime en fait, comme je disais, la magie c’est un truc de famille, la musique on l’a commencée quand on avait 5 ans. En fait, on ne fait rien d’autre que d’être vraiment nous-mêmes, du coup ça nous rend uniques, et tant mieux, mais je pense que c’est juste par souci de faire quelque chose d’intime. Lorsque l’on fait quelque chose de vraiment intime, on est toujours quelque part finalement inclassables. En tout cas les artistes qui se créent un univers, je pense au petit-fils de Chaplin, James Thierrée, à Matthieu Chedid  pour la musique, ils sont à leur manière aussi inclassables, etc. On a vraiment fait une œuvre personnelle, ça nous donne un côté inclassable. On n’interprète pas une œuvre du répertoire, on n’interprète pas un Shakespeare par exemple. Donc comme c’est hyper personnel, forcément c’est inclassable. »

 

La presse, en particulier, dresse portrait flatteur sur portrait flatteur à votre sujet. Comment garder la tête froide ensuite ?

« C’est vrai que globalement, du Figaro au Parisien, la presse régionale, c’est hyper flatteur. Comment garder la tête froide, ça je pense que quand on bosse avec son frère  forcément on garde la tête froide, car lorsqu’il y en a un qui s’emballe il y a toujours l’autre pour rattraper. Et puis comme on sait que l’on ne fait que du théâtre, voilà, on ne sauve pas des vies, on est pas là pour essayer de faire passer un moment de légèreté au public, un moment un peu aérien dans le sens s’élever un petit peu, sortir du quotidien, donc du coup on sent  qu’on travaille pour le public. Ca ne nous a jamais fait gonfler les chevilles outre mesure, ça nous a même toujours poussés à faire un peu mieux, parce que l’on se dit qu’en l’état actuel des choses les retours sont positifs. On a encore plein d’envies, d’idées, ça nous encourage en fait à continuer à travailler, et c’est «Tant pis/Tant mieux. »

 

Ne sera-ce pas chose malaisée que de placer la barre encore plus haut à l’avenir ?

« C’est un sujet terrible pour les gens du spectacle, le second film. Combien de réalisateurs en parlent , ils ont fait un premier film qui a cartonné, et le second film, tout le monde l’attend…Après, j’ai l’impression, un grand réalisateur disait ça, que l’on passe sa vie à refaire toujours le même film, et au théâtre on passe peut-être sa vie à toujours faire le même spectacle, dans le sens où quand on fait une œuvre personnelle, encore une fois on a en gros un message à dire qui va se décliner après dans différents spectacles, différentes productions. On n’a pas du tout l’intention de quitter nos personnages, ces terrains de jeu de la musique et de la magie, après, quant à mettre la barre plus haut, je pense qu’une partie de la réponse c’est de ne surtout pas aller vers la surenchère, parce que l’on pourrait être facilement tentés d’y aller, c’est-à-dire rajouter des effets spéciaux, des grands écrans, des machins, des trucs…Nous, au contraire, notre préoccupation c’est comment rester sincères et intimes dans le temps, parce que ce n’est pas tant de mettre la barre plus haut que de toujours rester sincères et d’une certaine manière frais, parce que là, ça fait déjà quelques années que l’on tourne. On a par exemple fait 250 représentations d’affilée à Paris, le défi, ce n’est pas forcément de réinventer quelque chose après. Quand nous sommes fatigués de jouer un morceau, que l’on a envie d’en faire un autre, on essaie de modifier, parce que comme c’est un spectacle sans paroles on peut facilement modifier les morceaux qui sont joués. Dernièrement on a tenté de nouveaux trucs, et souvent le public, car il est assez fidèle et remonte souvent, que ce soit à Paris et en tournée, à chaque fois il nous dit : « Mais vous avez encore changé des trucs ! » On ne s’en rend même plus compte parce qu’en fait on change tout le temps. On essaie de se réinventer en permanence, après, peut-être qu’à un moment donné on va sortir un numéro 2 qui sera vraiment nouveau, mais on est plutôt dans l’optique d’évoluer tout le temps, de rester vivants et de ne surtout pas se reposer sur cet opus-là qui remporte le succès. »

 

Des places sont à prendre

Catégorie 1 : 35,00 euros ; catégorie 2 : 25,00 euros ; catégorie 3 : 15,00 euros, sur www.les-theatrales.com

Crédit photo : DR                                                                              Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                                                             poiriault.michel@wanadoo.fr

 

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