Chalon sur Saône

Le coeur et la raison de Gérard Jugnot se livreront un combat sans merci le samedi 18 mai à Chalon...

L’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône, Gérard Jugnot en avait fait son affaire le 21 avril 2014, à la faveur de la comédie « Cher trésor ». Interview de Gérard Jugnot pour info-chalon.com

Bis repetita placent ce samedi 18 mai à 20h (ne vous précipitez pas, c’est complet depuis pas mal de temps !), présentement pour une autre comédie, « La raison d’Aymé », autrement dit comment se triturer les méninges en étant entre le marteau et l’enclume ? Du discernement ou de l’élan amoureux, lequel obtiendra le leadership ? Vaste question…

 

« La raison d’Aymé » clôturera la saison 2018-2019 des Théâtrales de Chalon. Sera-ce le bouquet final du feu d’artifice ?

« Pour la France métropolitaine, oui, pas pour les DOM-TOM, car on termine à La Réunion et à l’Ile Maurice, on part le lendemain pour cinq représentations supplémentaires. Pascal Legros voudrait créer des Théâtrales à La Réunion et à l’Ile Maurice, ça fait deux-trois ans qu’il essaie de le faire. C’est un petit peu à cheval entre le travail et le plaisir, mais c’est un peu compliqué car on n’emmène pas le décor, il faut que l’on s’arrange avec ce qui va se passer là-bas. Donc c’est un peu rock ‘n’ roll ! Ce ne sera pas le vrai bouquet final, car après on rentrera à Paris, et la semaine qui suivra on jouera au Théâtre Edouard VII pour faire la captation qui passera je ne sais pas quand sur C8. Ce sera la fin. A Chalon ce sera exactement la trois centième.»

 

On clame à cor et à cri que l’argent fait le bonheur. Et dans le cas présent ?

« Il fait le bonheur, mais il ne sait pas s’en servir. Je pense, comme le disait Coluche, que l’argent ne fait pas le bonheur des pauvres !  L’argent, tout le monde en rêve, après ce n’est qu’un moyen d’être heureux ou de ne pas l’être. Là, ce n’est pas tellement l’argent, c’est plus la différence de statut et d’âge. Il y a ce thème de « Sugar baby » qui est très à la mode, mais c’est vrai que ce n’est pas un thème assez classique d’un personnage qui s’appelle Aymé. On l’aime plus pour son argent que pour sa belle figure, mais c’est quelqu’un qui croit à l’amour. Va alors apparaître un personnage qui va essayer de régler des comptes et de lui ouvrir les yeux, qui est sa raison. Celle-ci est interprétée par l’auteur de la pièce, Isabelle Mergault, qui va essayer de le faire revenir à la raison, mais ce qui est amusant c’est que la raison est assez déraisonnable et affective, elle est assez jalouse du cœur. C’est assez marrant, ça commence comme une comédie, un boulevard, Isabelle le renouvelle par le biais d’un truc comme ça, c’est fantastique. Et puis après ça part dans beaucoup de thèmes et de genres, de mélanges, dans le vaudeville, le boulevard, le clown, la farce, et puis ça se termine par quelque chose d’ un peu plus grave. C’est une pièce que j’ai beaucoup de plaisir à jouer, car il y a beaucoup de notes, de variations. »  

 

La distorsion entre amour et raison est dans la pièce un objet de risée, tandis que le lien doit être ténu avec la vraie vie…

«Vous voulez dire que c’est parce que j’ai une femme jeune qui m’a épousé pour mon argent ? C’est vrai que quand elle a vu le thème de la pièce elle n’était pas forcément contente, parce qu’elle s’est dit qu’ils allaient penser que…Mais je vais a contrario de ça. Je pense que l’amour existe aussi en dehors de tout ça. Je crois surtout que les gens sont assez lucides, je crois que quand on dit que le cœur a ses raisons que la raison ignore, c’est un peu faux. Elle n’ignore pas, la raison, elle ne veut pas savoir, je crois que les gens qui se retrouvent dans des situations comme ça, c’est que parfois ça les arrange, et qu’ils s’arrangent avec la vérité. D’ailleurs dans la pièce on parle beaucoup de ça, je crois que tout le monde a été confronté à ça, tendu, tiraillé entre sa raison et son affectif. D’ailleurs, un des grands paramètres de la vie, c’est que l’on est toujours tiraillé entre le cœur et la raison. Je sais que j’ai l’âge du rôle, et Dieu merci, ma femme n’a jamais engagé de tueur, et je suis sûr qu’elle m’aime d’un amour sincère ! C’est vrai que le regard des autres c’est toujours très compliqué, regardez même les suspicions qu’il y a sur notre Président, pourtant c’est l’inverse, mais on n’arrive pas à croire que c’est une véritable histoire d’amour. Les gens jugent sans savoir, en ce qui me concerne je crois que c’en est une. »  

 

Vous assurez la mise en scène de « La raison d’Aymé », laquelle a été écrite par votre partenaire Isabelle Mergault. Une association solide comme un roc ?

« Oui, oui, parce qu’on s’est partagé les tâches. On était un peu d’accord sur la direction d’acteurs, ce n’était pas à moi de dire s’il fallait faire ceci ou cela. C’est elle qui a écrit. Je me suis attaché à faire un joli paquet-cadeau, j’en suis assez fier, pour les enchaînements,  pour faire que ce soit comme dans un film. J’ai même fait un générique de début pour que les gens entrent dans le film, dans la pièce, et sortent  une heure et demie après sans qu’il y ait eu d’interruptions. Le rideau tiré, ça m’énerve, au théâtre il y a le côté on tire le rideau, et puis une petite musique, on change les décors, et les gens décrochent. Elle avait écrit un passage à Venise sur une gondole, ce n’était quand même pas de la tarte, il fallait imaginer un truc assez rigolo, une transposition marrante pour que ça fonctionne….Je me suis beaucoup amusé, c’était la première fois que je mettais en scène un spectacle. Je veux aussi citer Anne-Sophie Germanaz qui est mon épouse intéressée, et le tueur Philippe Beglia, qui est, heureusement pour elle, un tueur assez nul. »

Où va votre préférence entre comédie et tragédie ?

« Au milieu ! La pièce est franchement drôle, les gens rient énormément, même s’il y a une petite note de gravité sur la fin. Dans les films que je fais et que j’aime, c’est souvent un mélange. Je crois que le rire donne de la légèreté au drame, et que le drame donne un peu de poids au rire. J’aime beaucoup la comédie italienne, où il y a ce mélange à la fois de dérision, de drôlerie, et de désespoir. Il y a un petit peu de ça dans l’écriture d’Isabelle. Elle avait écrit avec moi le film « Meilleur espoir féminin », et il y avait justement ce côté pathétique et douloureusement drôle. J’aime beaucoup ça. »  

 

Acteur,  réalisateur, scénariste et producteur, vous écumez l’univers artistique depuis des décennies. Reste-t-il  dans votre tête un projet inassouvi ?

« Non, le projet inassouvi c’est de continuer, d’avoir toujours l’énergie, l’enthousiasme pour pouvoir trouver de nouvelles histoires. Oui, j’ai eu des déceptions, ou des choses qui devaient se faire qui ne se sont pas faites, mais ce sont plus des petits pincements, des regrets. Je devais écrire  un Astérix, et puis ça ne s’est pas fait, du coup j’ai fait « Les Choristes », voyez, donc je n’y ai pas perdu. Je crois que tout ce qui doit se faire se fait, je suis assez fataliste. » 

 

Le cinéma, pour le compte duquel vous avez beaucoup travaillé, vous laisse-t-il à ce jour davantage de meilleurs souvenirs que le théâtre ?

« Non, c’est très différent. Franchement, je dis qu’au cinéma on est payé comptant dans les deux orthographes. On est payé content quand les gens le sont, et puis on joue vraiment avec les gens c’est pour ça que j’aime bien applaudir le public à la fin ; et puis comptant tout de suite, dans l’immédiateté. Au cinéma les plaisirs sont décalés, ils sont dans la fabrication de l’objet, puisqu’on met presque un an à faire un film. Le plaisir du théâtre ce sont les repérages, rencontrer les gens, aller sur le terrain, ce côté petite entreprise, ce grand cirque qu’on amène comme ça pour construire des  choses qui font rêver, j’adore tourner en province, c’est excitant. Le théâtre c’est autre chose, il y a le côté baladin, et c’est tous les soirs qu’il faut remettre le titre en jeu. Il y a des soirs où ça sourie plus que d’autres, on a plus la pêche, mais souvent c’est le public qui nous entraîne. » 

 

« Etre le père de », une fierté incommensurable ?

« Oui, oui, je suis surtout fier parce que je dis toujours que mon père avait peur que je fasse ce métier, parce qu’il ne le connaissait pas, moi j’en avais peur parce que je le connaissais. Je trouve qu’Arthur a vraiment bien bâti une jolie carrière, et dans des domaines que j’explore peu. Il est directeur de théâtre, un peu à Paris et en Avignon, il met en scène, il joue beaucoup au théâtre, même s’il est parfois un peu frustré de ne pas faire assez de cinéma ou de télévision. Ils ont accueilli dans leur théâtre une pièce qui a eu le Molière. Je suis extrêmement fier qu’il ait réussi comme ça, d’autant plus que j’avais peur, et très vite j’ai vu que ce n’était pas une posture, que c’était vraiment une passion qu’il avait, et du coup je suis plutôt content. C’est-à-dire que s’il a voulu embrasser ça, c’est qu’il m’a vu plutôt heureux, sinon il ne l’aurait pas fait. C’est aussi une manière de me dire que j’ai réussi un petit peu là où je voulais, et que ça lui a donné l’envie, et le voyant très heureux dans ses projets et ses réussites. Il a fait un spectacle assez formidable, avec plein d’effets, un seul-en-scène tout à fait  épatant qui s’appelle « Moi, papa ?», mis en scène par Azzopardi (il le jouera le 15 février 2020 à Chalon N.D.L.R.). Il a débuté comme magicien, il a fait plein de trucs que je ne savais pas faire. »

                                                                                 Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                                 poiriault.michel@wanadoo.fr 

 

Crédit photo : Bernard Richebé   

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