Chalon sur Saône

"La Raison d'Aymé", une pièce singulière qui a emporté l'adhésion du public chalonnais

Les Théâtrales de Chalon-sur-Saône, version 2018-2019, sont mortes de leur belle mort, à l’issue de sept représentations, dont la première salve avait été tirée le 15 décembre.

Ce samedi 18 mai c’est un Espace des Arts archi-complet qui s’est délecté de « La raison d’Aymé », une comédie pétillante où se retrouvèrent en position de tête Gérard Jugnot (également à la mise en scène), et Isabelle Mergault (dramaturge). Une soirée durant laquelle on aura ri à pleines dents. Que demander de mieux ?

Une intervenante surprenante et baroque

Aymé (Gérard Jugnot) est quelqu’un d’aisé financièrement, et il a un notable écart d’âge avec son épouse (Anne-Sophie Germanaz). Jusque là rien de spécial apte à titiller la sagacité de chaque personne du public. Mais voilà, Chloé se déclare nettement plus entichée de la monnaie sonnante et trébuchante de son mari, que du sentiment amoureux l’aimantant…La moitié n’est pas du genre à patienter stoïquement que la déchéance naturelle accomplisse sa sinistre besogne, alors commandite-t-elle un tueur à gages (Philippe Beglia) afin de se réincarner ultérieurement en veuve joyeuse. Las, le type n’est pas très fortiche, et jouera en sus de malchance, ce qui, en soi, est déjà source de ricanements.

Là où ça se corse, c’est lorsque la raison d’Aymé (Isabelle Mergault) quitte son cortex cérébral de façon inopinée pour l’accompagner dans ses moindres faits et gestes….Elle personnifie son inconscient, son conscient, son subconscient, est l’être spirituel de son esprit. Pas moins ! Ses conseils n’offrent pas de marge de manœuvre à l’ambiguïté : »Ton épouse se fout de toi, elle aime la chose qui mène le monde, l’argent. Elle veut te tuer pour hériter. » Patatras ! Aymé ne sait plus à quel saint se vouer, se rangeant tantôt du côté de sa petite voix intérieure, tantôt du côté de sa chère et tendre, la valse-hésitation sort de sa réserve…

Et ce qui corse le tout, c’est que cette raison se montre accaparante et tyrannique, démontrant une réelle aversion à l’encontre de ce qui peut être assimilé à une rivale…Les comédiens s’avèrent très persusasifs, au point de déclencher la rigolo manie. Gérard Jugnot, victime coincée entre le cœur et le bon sens, a œuvré sur plusieurs tableaux, se baladant sur l’échelle des valeurs allant de la légèreté à la pesanteur. Quand il prend par inadvertance connaissance des stratagèmes établis pour le radier de la vie, il tombe des nues, a fortiori lorsque sa femme lui faisait croire qu’un heureux événement lui était promis…Isabelle Mergault pour sa part a été régulièrement le baromètre du rire, avec des reparties impayables. A eux deux ils ont fait monter la température de par leur propension à être efficaces sans une once d’utopisme qui eût congestionné les débats. Quand les masques sont tombés en phase terminale, la dérision a été priée d’aller voir ailleurs si on y était, histoire d’asséner des vérités universelles. Pendant ce temps on comptait les points…Les applaudissements finaux debout prouvèrent à l’évidence que les prestations avaient bien plu, et laisseraient le cas échéant des traces indélébiles.

                                                                                                               Michel Poiriault

                                                                                                             poiriault.michel@wanadoo.fr 

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