Culture

Conflu’art : rencontre avec Marie-Christine Sonneville, peintre qui ne reproduit pas le visible mais…rend visible

Conflu’art, qui se tenait aux anciennes halles de Verdun-sur-le-Doubs, s’achève. Retour sur une artiste découverte par info-chalon.com à cette occasion : Marie-Christine Sonneville.

Ses toiles terminées, Marie-Christine Sonneville les signe de son nom d’artiste : Tinou. Un nom qui, phonétiquement parlant, rappelle celui d’un caricaturiste et dessinateur de presse mort dans l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 : Tignous.

Cette similitude remarquée, quel rapport entre Marie Christine Sonneville et celui qui s’appelait en réalité Bernard Verlhac ? A priori, aucun. Pourtant, si l’on y réfléchit quelques instants, il existe bien entre elle et lui un point commun : tous deux sont à l’origine d’œuvres rendant visible ce que la simple observation du réel dans lequel nous sommes (peut-être trop) immergés ne permet pas. La première compose, à partir de choses observées et de sensations éprouvées face à leur vue ou au souvenir de l’image qui s’est imprégnée dans sa mémoire, une représentation toute personnelle de quelque chose n’existant pas en tant que tel mais dévoilant à notre esprit un aspect demeuré caché jusque-là. Le second, lui, forçait le trait de lignes de forces et détails qu’il avait préalablement identifiés pour révéler certains aspects ridicules d’une situation afin de vous alerter ou de vous réveiller. Leurs objectifs respectifs ne sont bien évidemment pas les mêmes, mais le processus, pour l’une comme pour l’autre, conduit bien à rendre visible, plutôt qu’à reproduire le visible ainsi que s’évertuaient ou s’évertuent encore à le faire avec plus ou moins de succès certains peintres, dessinateurs ou photographes.

Rendre visible au lieu de reproduire le visible, c’était la définition de l’art pour le peintre suisse Paul Klee, mort en 1940. Peut-on, dans le sillage de Klee, considérer que Marie-Christine Sonneville est une artiste ? Si l’on fait sienne une telle définition, cela ne fait aucun doute : Marie-Christine Sonneville est bien une artiste, talentueuse qui plus est. Et quand bien même on se contreficherait des réflexions de Klee, ses toiles ayant quelque chose de profondément magnétique, on n’en arriverait certainement pas moins à une conclusion identique, même si ce serait alors plus intuitif.

Le plus curieux - mais l’est-ce vraiment si l’on se rappelle que le philosophe Gaston Bachelard n’a que très tardivement écrit son magistral Psychanalyse du feu ? –, c’est que Marie-Christine Sonneville, née en 1955,  ait attendu si longtemps (1994) pour prendre son premier pinceau, peaufiner ses techniques à l’Académie des Arts d’Avignon et enfin consacrer son temps à faire ce qu’elle fait très bien : peindre des toiles comme celles qu’elle a exposé lors de Conflu’art, dans l’enceinte des anciennes halles de Verdun-sur-le-Doubs. En effet, ses productions ont tellement le don de vous absorber, après s’être imposées à votre regard, qu’on l’engueulerait presque de ne pas avoir commencé plus tôt, le temps qu’elle a passé à faire autre chose nous ayant peut-être privé de nombreuses visions qui nous auraient sans doute autant ravis que celles dont il était possible de s’imprégner à Conflu’art.

Samuel Bon

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