Culture

MUSICAVES DE GIVRY 2018 : Improvino. Drôle, assurément, mais pas que

« Improvino », fruit du travail du Givrotin Antoine Demor et de l’Equipe Bis de Lyon, était l’une des nombreuses innovations proposées par les Musicaves de Givry cette année. Le retour d’info-chalon.com sur cette première partie d’une soirée dont les guichets placés à l’entrée du Domaine Besson affichaient de nouveau « COMPLET ».

A écouter Antoine Demor jeudi soir, l’idée de mêler le théâtre d’improvisation au festival musical de la Côte chalonnaise a poussé dans « la tête fertile et alcoolisée de Philippe Perrousset », la figure de proue des Musicaves. Durant un de ces « afters » pour lesquels le flûtiste est réputé ? Pendant une soirée digne de la mythique scène des Tontons flingueurs, où Lino Ventura, Bertrand Blier et consorts, se risquant « sur le vitriol », ont réellement terminé pété comme des coings, en buvant coup sur coup une « boisson d’homme », tout en évoquant, peut-être avec nostalgie, une version contemporaine de « Lulu la Nantaise » ? Ceci, Antoine Demor ne l’a pas précisé. On aura compris, en revanche, que, séduit par cette idée, Antoine Demor s’est évertué à lui donner corps, avec l’aide d’une compagnie de Lyon : L’Equipe Bis. Puis, le moment enfin venu de présenter le fruit de leur travail, Antoine Demor est monté sur scène, à l’heure prévue.

Arborant une barbe suffisamment longue pour être taillée, portant un jean noir skinny serré au niveau des mollets, une chemise blanche et des bretelles, Antoine Demor, avec son apparence de hipster, a probablement dérouté une partie du public qui, ainsi placé devant ce qui semblait a priori un éminent spécimen de cette insupportable variété de « bobos » interchangeables, a peut-être craint d’assister à un machin inodore, incolore et sans saveur. A l’image de ce que « pensent », disent et font la plupart des hipsters, de préférence en meute, pour être sûr de ne pas dépareiller ou détoner. Tout en se croyant originaux et novateurs, of course

Ceci étant dit, si la première impression donnée par le sautillant jeune homme a probablement été celle-là pour de nombreux spectateurs, elle a très vite été balayée. Dès qu’Antoine Demor a ouvert la bouche, en fait. Car derrière son aspect relativement lisse de parfait clone de la petite bourgeoisie intellectuelle typique des centres urbains branchouilles et connectés, Antoine Demor est un personnage assez brut de décoffrage. Il est drôle, comme peut-l’être un (bon) humoriste du Jamel Comedy Club, c’est vrai. Mais ce serait injustement l’enfermer dans une catégorie dans laquelle il serait à l’étroit que de le qualifier de comique. Il est drôle, mais pas que. Ses vannes, souvent acides, ne déclenchent pas seulement des rires. Elles font réfléchir. Ceux qui l’ont entendu hier poser les jalons de la rivalité historique entre les appellations de Givry et de Mercurey s’en sont certainement rendu compte. Antoine Demor, sans en avoir l’air, sait glisser une réflexion d’ordre politique ou philosophique, entre deux éclats de rire. Comme Marcel Proust ou George Orwell le faisait avec la fiction littéraire : sans laisser la marque du prix sur l’objet offert ou donné ; en recourant à la stratégie du cheval de Troie, c’est-à-dire en plantant dans notre esprit une idée, après l’avoir fait subtilement acheminée jusqu’à lui, dissimulée dans un plaisant emballage. Et, en tous les cas, sans nous raser ou nous les briser menu.

Comme il n’était pas sur scène pour faire son propre spectacle, Antoine Demor n’a toutefois pas tenu outrageusement le crachoir. En effet, le contexte historique brossé, les grands principes de la soirée posés, il a très vite laissé place au « catch impro » entre une équipe chargée de défendre Givry face à une autre, représentant Mercurey. Enfin, quand on dit qu’il a laissé place à cela, c’est surtout à un rire sain et à beaucoup de talent qu’il a ouvert les vannes. Car les comédiens de L’Equipe Bis ne sont pas des manchots quand il s’agit d’improviser à bon escient des scènes de vie qui, peut-être ont existé, auraient en tous les cas pu se dérouler. Ils sont même très doués. Tant du point de vue du langage corporel que de l’expression faciale, leurs corps, parfois plus que les mots qu’ils prononcent, savent raconter avec humour des histoires. Mieux encore : des épisodes que l’on devine sombres pour les locaux et toute une profession (crises du phylloxéra, par exemple), des moments pas glorieux pour peu qu’on y songe (la tradition viticole française n’a finalement dû son salut qu’au savoir-faire américain et à ses plants résistants à l’insecte dévastateur…), passent, sans être éludés, comme une lettre à la Poste. Tellement qu’info-chalon.com est en mesure de vous dire que, pour une idée née dans une tête alcoolisée, un soir ou une nuit de java, c’était une sacrée bonne idée de proposer, en plus de la musique et du vin, une telle forme de théâtre à un public qui, vu sa réaction, devrait à l’avenir en redemander.

Samuel Bon

(Texte et photos)

 

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