Culture

MUSICAVES DE GIVRY 2018 : Le public conquis par la force tranquille d'Ablaye Cissoko et de l’Ensemble Constantinople

Après une première partie vitaminée, le Domaine Besson de Givry a été l’écrin d’un authentique moment de grâce, avec le concert d’Ablaye Cissoko et de l’Ensemble Constantinople, à l'issue du quel le public a applaudi debout, un long moment. Le retour d’info-chalon.com.

Une fois sur scène, Ablaye Cissoko et L’Ensemble Constantinople semblent réunir toutes les conditions pour plonger le public venu massivement les écouter dans une demi-somnolence. Statiques, les quatre musiciens ne semblent accomplir que des gestes techniques, ceux nécessaires pour que des notes de musique s’échappent de leurs instruments aux formes étranges. Comme s’ils avaient prémédité d’économiser leurs mouvements. Le son qui parvient jusqu’aux oreilles des tympans disséminés face à eux paraît lui-même provenir, sinon du fond des âges, de très loin. Comme une onde de choc en bout de course. Les mots qu’ils prononcent, eux, sont comme ceux d’un conteur : ils parlent plus qu’ils ne chantent. Certes, leurs visages sont animés : par une lèvre supérieure qui se retrousse légèrement pour donner naissance à des dents, puis un sourire ; les yeux se plissent et s’ouvrent, signe que quelque chose de profond se passe derrière les paupières. Mais, excepté ces signes de vie intérieure, la première impression est celle d’une quasi immobilité troublante. D’autant plus troublante qu’en « Occident », depuis que nos sociétés semblent gagnées par l’addiction généralisée à l’instantanéité et à la frénésie, la lenteur et la retenue, comme le silence et la subtilité,  celle ou celui qui ne s’impose pas à l’autre en brassant de l’air, dans un déluge de décibels, de borborygmes ou de slogans, semble promis à l’oubli et à la relégation sociale.

Cette impression de quasi immobilité, de laquelle se dégage une force tranquille, c’est probablement elle qui pose les musiciens comme des interlocuteurs dignes de respect et d’écoute. En effet, face à ces quatre cavaliers qui n’ont rien d’apocalyptiques, messagers des quatre coins du monde que leur musique semble connaître par cœur, le quidam, même s’il est venu contraint et forcé par des proches qui lui ont offert la place ou parce que les Musicaves de Givry sont à cette période de l’année une sorte de « place to be », tend l’oreille. Et il fait bien. Parce que ce que ces hommes-là ont à nous dire est apaisant, ressourçant. Et que lorsqu’on les quitte, après avoir entendu les mélopées s’envolant de leurs Jardins migrateurs, on s’en va le cœur serré de ne pouvoir prolonger des heures durant encore cette conversation où les mots avaient moins d’importance que les notes de kora, de setâr ou de viole de gambe qui les enveloppaient, comme des bras enlaceraient l’objet d’un amour infini.

Samuel Bon

(Texte et photos)

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