Culture

MUSICAVES DE GIVRY 2018 : Bouleversant tremblement de l’air au Domaine Besson avec La Baronne

Entre ce que l’on peut écouter en disque ou sur youtube et la « même » chose en concert, il y a parfois un gouffre. Le concert qu’a donné La Baronne hier soir au Domaine Besson de Givry l’illustre assez parfaitement et accrédite l’idée que toute expérience musicale digne de ce nom ne se fait jamais qu’à un concert des Musicaves de Givry.

Jean-Pierre Leloir. Si ce photographe est certainement moins connu que Robert Doisneau ou Willy Ronis, tout le monde, ou presque, connaît au moins l’un de ses plus fameux clichés : celui sur lequel se trouvent réunis trois monstres de la chanson française que l’on dit « à texte », à savoir Jacques Brel, Léo Ferré et Georges Brassens.

Pris à l’occasion d’une interview pour « Rock & Folk », en 1969, il a fait le tour de France, bien mieux qu’un cycliste dopé, et trône en évidence au-dessus du bureau de celui qui écrit ces lignes. Devant un cimetière de canettes de bières et de verres vides au milieu desquels trône un cendrier plein de mégots, les Trois Grands discutent le clope ou la pipe à la main, comme s’ils se trouvaient dans un rade où ils ont leurs habitudes ou, encore, dans d’un « after » de Philippe Perrousset.

Assister à un concert de La Baronne, c’est, quelque part, se trouver face à ce que dégage cette photo mythique. Sous une autre forme, on retrouve la présence scénique de Brel, la poésie libertaire de Ferré et les compositions léchées de Brassens, qu’elle fait d’ailleurs revivre à merveille (magnifique « reprise » de La complainte des filles de joie ; le Georges doit avoir la banane sous le pin parasol qu’il rêvait d’avoir au-dessus de sa tombe, pour avoir l’impression de passer la mort en vacances). Et, pour tout dire, cela fait plus que chaud au cœur et ailleurs de sentir que ce que ces trois-là portaient en eux n’a pas encore totalement disparu de la surface d’un globe maltraité par le rouleau compresseur délirant qui la défigure, corrode jour après jour ceux qui l’arpentent.

Pour le dire autrement, ce concert de la Baronne fut rien moins qu’une très agréable surprise. D’autant plus agréable que, après l’avoir écoutée sur youtube, on ne s’attendait pas à se prendre un tel tremblement de l’air ce vendredi soir. Car l’air tremble dans l’environnement de La Baronne. Comme l’auront fort justement remarqué les photographes gravitant autour de la scène pour tenter d’immortaliser ces instants, et bien d’autres personnes encore, « elle envoie », cette Baronne. « Elle envoie » tellement que l’on ressort profondément bouleversé par ses odes à la liberté, mot qui, habituellement, chante plus qu’il n’est chanté. « Chante plus qu’il ne parle », comme l’a si bien dit Paul Valéry.

La liberté, La Baronne la chante, aussi bien que Georges Moustaki, peut-être mieux qu’un de ces anars de stricte obédience, reconnaissables à leur façon de crier « Ni Dieu ni Maître » comme on demande du sel à son voisin dans un repas de famille. Surtout, la liberté, elle la vit sur scène et donne envie d’y goûter. De la goûter comme on croquerait dans un fruit défendu pour avoir le plaisir de faire péter une durite à Dieu le Père : à pleines dents.

Bref, à voir dès que possible.

Samuel Bon

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