Faits divers

Tribunal correctionnel de Chalon - Jusqu’à trente mois de prison ferme pour des dealers ayant sévi au Creusot et à Torcy

A l’issue d’un procès de près de six-heures, retardé par des difficultés d’extraction de certains prévenus, le tribunal correctionnel de Chalon a infligé vendredi en début de soirée des peines allant de 8 mois de prison avec sursis à 5 ans de prison...

... , dont 30 mois avec sursis assorti d’une mise à l’épreuve de 2 ans, aux huit membres d’un réseau de trafiquants de stupéfiants ayant sévi au Creusot et à Torcy. La prévention retenue par le parquet couvrant la période allant de janvier 2014 à mai 2016.


Tout a débuté à la mi-octobre 2015, lorsque, sur les bords du lac de Torcy, un individu a été contrôlé, tandis qu’il venait de se faire une piqure d’héroïne. Ce dernier a alors indiqué qu’il s’approvisionnait depuis un an chez un certain Alain Desbois. Deux mois plus tard, fin décembre 2015, deux autres toxicomanes ont été contrôlés à leur tour et ont donné les mêmes explications. A savoir qu’ils se servaient, eux aussi, chez un nommé Alain Desbois au Creusot. Le suspect, dont le domicile a été mis sous surveillance, a alors été placé sous écoutes téléphoniques. Des écoutes qui ont permis de découvrir qu’effectivement il se livrait à un trafic de stupéfiants en compagnie d’un certain Alexis Voillot, son voisin. Un trafic dénoncé par la propre compagne d’Alain Desbois. Le 23 mars 2016 Alain Desbois, Alexis Voillot et trois autres personnes ont donc été interpellés. L’enquête s’est poursuivie et une seconde vague d’interpellations s’est déroulée le 24 mai 2016. Avec notamment l’arrestation des cousins Hamdi et Sahbi Guilouchi, apparus comme étant les principaux fournisseurs d’Alain Desbois et qu’Alexis Voillot avait connus au collège.


Une erreur judiciaire


Alain Desbois a reconnu les faits sans aucune difficulté. Confessant qu’il avait fait cela pour l’argent à une période où il ne travaillait pas beaucoup. « J’ai voulu arrêter mais j’ai subi des menaces et j’ai dû continuer ». Il avait environ une vingtaine de clients et revendait 10 € le gramme de résine de cannabis, 20 € le gramme d’héroïne et 80 € le gramme de cocaïne. Il a également indiqué qu’il se fournissait chez « les couzes ». Ce que ces derniers tout au long de l’instruction ont nié. Affirmant qu’ils n’étaient que de simples consommateurs. Et allant même jusqu’à parler ce vendredi, dans le box des accusés, « d’erreur judiciaire », de « machination » et même de « délit de faciès ». Et pourtant Didier Desbois, le père d’Alain, Jean-Baptiste Vinci et Yoan Leguheur, qui ont servi de nourrices, ont toujours déclaré lors de leurs auditions que ceux-ci leur avaient demandé de garder de la drogue. « On est seuls contre tous » ont confié les cousins Guilouchi. 
Une brouille étant survenue avec Hamdi et Sahbi Guilouchi, Alain Desbois s’est fourni à partir de février 2016 auprès d’Enzo De Rago.


« Une question de santé et de sécurité publique »


« La France est un des pays d’Europe, où l’on consomme le plus de stupéfiants. Dix-sept millions de Français disent avoir pris au moins une fois de la drogue » a fait remarquer le substitut Anne-Sophie Kopacz. « Une vraie question de santé et de sécurité publique avec des conduites à risques, des violences, des vols... ». Evoquant le dossier proprement dit, la magistrate du parquet, même si elle a rappelé que ce n’était pas de grosses quantités, que ce n’était pas des sommes d’argent importantes, qu’il n’y avait pas de trains de vie fastueux, a néanmoins souligné qu’au moment des faits la majorité des prévenus ne travaillait pas et qu’ils avaient ainsi profité de cet argent facile pour se payer leur consommation, voire régler les dépenses de la vie de tous les jours.


« Un dossier très nébuleux et où chacun veut sauver sa peau »


Conseil de Sahbi Guilouchi, considéré avec son cousin Hamdi comme l’une des têtes du trafic, Me Charlotte Lamain a noté des discordances dans le dossier. « Pourquoi accorde-t-on plus de crédit aux autres prévenus qu’à mon client ? » s’est interrogée l’avocate creusotine, avant d’affirmer qu’il n’y avait pas de preuves que ce dernier soit le fournisseur d’Alain Desbois et d’Alexis Voillot. « Il n’y a que des dénonciations entre eux ». Et Me Lamain de s’interroger à nouveau « Pourquoi Sahbi Guilouchi se levait-il à 6 h 30 du matin pour aller vérifier les poubelles pour le compte de la Ville du Creusot alors qu’il gagnait 12 000 €, comme le prétend Alain Desbois ? ».


Défenseur d’Hamdi Guilouchi, Me Claude Vermorel a fait observer que « le dossier est très nébuleux et où chacun veut sauver sa peau ». Au sujet de son client l’avocat montcellien a tenu à noter « Hamdi est un garçon discret et réservé, qui a sa fierté, une fierté qui le pousse à ne pas balancer. Cela en fait un coupable idéal ». Et Me Vermorel de préciser « Celui-ci a un casier judiciaire vierge. Son cousin et lui ont été balancés par les co-prévenus. L’accusation ne tient pas par manque de preuves ».


Assurant la défense d’Alain Desbois, Me Clémence Vion, du barreau de Mâcon, a signalé « Dès sa garde à vue, dès sa première audition, mon client est passé à table et n’a pas varié dans ses déclarations. Il a choisi dans sa tête d’assumer jusqu’au bout. C’est une position atypique qui dérange ». Et l’avocate d’ajouter « Le fait qu’il déballe tout est pour lui une libération. Son interpellation, c’est un mal pour un bien. Aujourd’hui son vrai combat, c’est de retrouver ses enfants. Il a déjà fait six mois de préventive. Il est difficile d’envisager qu’il retourne en prison ».


Il a tenté de convaincre son fils


Me Marie-Pierre Charbonnel, qui défendait Alexis Voillot, a indiqué « Si organisation il y a eu, ce n’est certainement pas du côté de mon client », avant de rappeler que, incarcéré depuis le 24 mars 2016, il est celui qui a déjà fait le plus de prison. Auparavant, Me Benoît Diry, conseil de Yoan Lehugeur, avait confié que ce n’était pas pour l’appât du gain mais simplement pour obtenir des produits correspondants à sa propre consommation que celui-ci avait revendu de la drogue. L’argent n’ayant pas été non plus la motivation première de Didier Desbois, défendu par Me Pascale Bernet. L’avocate du barreau de Mâcon ayant souligné qu’il avait accepté de jouer la nourrice parce qu’il sentait ses petits-enfants et son fils menacés et qu’il n’avait pas ménagé sa peine pour tenter de convaincre ce dernier d’arrêter le trafic. Egalement avocate du barreau de Mâcon, Me Amélie Gemma, qui défendait Jean-Baptiste Vinci, a soutenu « Son implication est minime, tant dans les actes que dans le temps. Il n’a jamais eu le charisme pour être à la tête d’un réseau». Après que Me Alain Guignard, défenseur d’Enzo De Rago eût situé son client « à l’extrémité du dossier ».  


Des peines au-delà des réquisitions du ministère public


Après un délibéré de plus d’une heure, le Tribunal a condamné Hamdi et Sahbi Guilouchi à 5 ans de prison, dont 30 mois avec sursis, assorti d’une mise à l’épreuve de 2 ans, avec obligation de travailler, de se soigner, de ne pas entrer en contact avec les autres prévenus, et de payer une amende de 3 000 €. Alain Desbois a écopé de 4 ans de prison, dont 2 ans avec sursis, assorti d’une mise à l’épreuve de 2 ans, avec obligation de travailler, de se soigner, de ne pas entrer en contact avec les autres prévenus à l’exception de son père, et de payer une amende de 1 500 €. Alexis Voillot a été condamné à 3 ans de prison, dont 18 mois avec sursis, assorti d’une mise à l’épreuve de 2 ans, avec obligation de travailler, de se soigner, de ne pas entrer en contact avec les autres prévenus, et de payer une amende de 1 500 €. Enzo De Rago s’est vu infliger 18 mois de prison, dont 9 mois avec sursis, assorti d’une mise à l’épreuve de 2 ans, avec obligation de travailler, de se soigner, de ne pas entrer en contact avec les autres prévenus, et de payer une amende de 500 €. Yoan Lehugeur a pris 12 mois de prison, dont 6 mois avec sursis, assorti d’une mise à l’épreuve de 2 ans, avec obligation de travailler, de se soigner, et de ne pas entrer en contact avec les autres prévenus. Enfin les juges ont condamné Jean-Baptiste Vinci à 10 mois de prison avec sursis, assorti d’une mise à l’épreuve de 2 ans, avec obligation de travailler, de se soigner, et de ne pas entrer en contact avec les autres prévenus, et Didier Desbois à 8 mois de prison avec sursis. Certaines peines allant au-delà des réquisitions prises par le ministère public.

Gabriel-Henri THEULOT

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche

Mode et beauté