Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Interdit de paraître en Saône-et-loire, il percute frontalement le fourgon de gendarmerie pour échapper à un contrôle

Ils ont eu très peur lorsque la Golf qui traçait devant eux sur la départementale D906 à Varennes a fait demi-tour à l'arrache et est revenue droit en sens inverse. Les gendarmes se sont déportés sur la voie qui permet de tourner à gauche, mais ils ont vu la Golf arriver droit sur eux. Collision frontale. Les deux véhicules hors d'usage.

Quelques minutes auparavant, en soirée, les gendarmes de la brigade de Sennecey-le-Grand, visibles sur le bas côté de la route, avaient allumé la rampe du fourgon, mis les phares, et braqué leur lampe sur le chauffard qui arrivait à 147 km/heure, repéré à l'avance grâce aux jumelles à laser qui ont une portée de 500 mètres. Le chauffard a refusé d'obtempérer. Le chef a alors décidé de le poursuivre, mais le demi-tour du conducteur a mis fin à la course avant même qu'elle ne commence.

Le délinquant routier est placé en garde à vue, son passager est resté un peu plus longtemps à l'hôpital. Pas de blessés graves, côté militaires non plus, mais une peur qui marque durablement : celle de soudain risquer de quitter brutalement la vie.

Le parquet décide d'une comparution immédiate, le prévenu demande un délai pour préparer sa défense, il comparait donc ce lundi, devant une rangée de « bleus » : les trois victimes et leurs collègues les accompagnant.

Une banale opération de sécurité routière

Ce jeudi 16 mars en soirée les gendarmes étaient en service commandé : une opération de prévention des excès de vitesse. Ils étaient donc visibles, en bordure de la départementale, dans le sens Chalon-Mâcon, sur un tronçon de voie limité à 70 km/heure.

Les clients habituels roulent à 90 et y laissent des points de permis. Mais ce client-ci a tenu toutes les promesses de ses 147 km/heure : sous contrôle judiciaire, il lui était interdit de paraître en Saône-et-Loire (il vit désormais à Saint-Etienne, dit-il), interdit de sortir après 21 heures, interdit de fréquenter l'homme qui était son passager. De ce point de vue on comprend qu'il ait cherché à prendre la fuite en sens inverse, histoire qu'une patrouille ne l'intercepte pas en aval.

Un client sous contrôle judiciaire à la carrière de voleur

M. est né à Chalon en 1991. A son casier 6 mentions : recel, vols, vols en réunion, recel en récidive, et suspension du permis pour blessures involontaires, déjà. Il comparaîtra bientôt pour une affaire de stup, et est l'objet d'une mesure d'instruction criminelle : l'histoire de ce demi-tour à tombeau ouvert pour échapper aux gendarmes prend une autre dimension. M. joue au chat et à la souris, et l'audience de ce jour apparaît comme un dégât collatéral d'une vie organisée dans le crime.

Rompu aux audiences, il se montre calme, plutôt froid, et a en effet préparé sa défense : il ne roulait pas si vite, il n'a pas pu faire son demi-tour au frein à main, il ne voulait certainement pas blesser les gendarmes, «  j'avais pas vu qu'ils s'étaient mis derrière moi ».

Dans la voiture, des gants et une perruque

« Pourquoi vous trouviez-vous en saône-et-loire, après 22 heures, avec un passager lui aussi sous contrôle judiciaire ?

- On s'était trouvés à Paris, et comme on avait chacun rendez-vous avec son avocat, je lui ai évité de payer le train.

- Que faisiez-vous à Paris ?

- J'étais allé acheter des vêtements.
- Et un sac Vuitton ?

- Oui. »

Dans la voiture, outre une pochette Vuitton à plus de 3 SMIC, les autorités trouvent une paire de gants et une perruque, une carte grise au nom d'un monsieur D.

Entre « impression » et « intention », la différence entre « panique » et « agression volontaire »

Les gendarmes n'ont pas eu l'impression qu'M. cherchait à les éviter, le parquet souligne ce doute qui subsiste (celui d'une agression volontaire). La défense va s'efforcer de le lever, demandant qu'on distingue entre « une impression » et « une intention ». Maître Lépine demande aussi qu'on ne confisque pas l'épave de la Golf car la voiture n'appartient même pas à M.

« A qui est-elle ?, demande la juge

- A une personne qui la vendait. »

M.connaît la musique du milieu qu'au minimum il fréquente. Il réitérera toutefois des excuses auprès des gendarmes, c'est préférable.

« Préjudice de frayeur », dira Maître Morel venu de Dijon pour la peine, « En 17 ans de service, monsieur X n'avait jamais vu ça. On voit défiler sa vie. »

8 mois de prison ferme

M.devra payer 1 000 euros de dommages et intérêts à chacune des victimes. Il est maintenu en détention pour 8 mois : il sera déferé sans difficulté dans le cadre de la mesure d'instruction criminelle.

 

 

Florence Saint-Arroman

 

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