Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Deux comparutions immédiates et deux mois de prison en 5 mois

Le 22 janvier Adrien X était jugé en visioconférence, on l’apercevait au loin sur l’écran. Il était en détention provisoire à Varennes, il y est resté 2 mois de plus. Il sort le 18 mars. On est le 17 mai et le voici à nouveau jugé selon la procédure de comparution immédiate. Il a toujours 18 ans, il a cependant gagné en étoffe physique - il s’est affuté, et puis en assurance, à l’appui de ses provocations. Le 22 janvier il ne comprenait pas tout, le 17 mai, c’est toujours le cas.

On peut lire le récit de la première audience ( http://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2018/01/23/35255/tribunal-de-chalon-sous-l-emprise-de-stupefiants-et-sans-permis-il-avait-mene-une-course-poursuite-de-10-kilometres-contre-les-gendarmes/) pour saisir un bout du chemin judiciaire du garçon. Il n’a toujours pas de permis de conduire, mais cette fois-ci il a eu le bon sens de conduire une voiture qui n’en nécessite pas. En revanche il était positif au THC les deux fois, le 27 avril à Sennecey-le-Grand au sortir d’Auchan où il faisait le plein, et dès le lendemain matin à Tournus où il se rendait à la gare. C’est qu’Adrien se dit « hyperactif », et a découvert, dit-il, il y a 4 ans, que le cannabis l’apaisait et lui permettait d’être « attentif en cours » lorsqu’il était encore au lycée. Donc il consomme, et revendique la pertinence de son choix.

L’hyperactivité comme alibi d’un problème plus vaste

« J’ai vu plein de médecins depuis que je suis petit. J’ai même passé 3 semaines à Sevrey pour tester des traitements, mais soit ils m’assommaient et je dormais, soit ils ne me faisaient rien, et j’étais comme une pile. » Les magistrats s’emploient à lui faire comprendre que d’une part le cannabis reste illégal en France, et que d’autre part, à concevoir que cela puisse l’apaiser, il est de son devoir de ne pas conduire, de ne pas exposer les autres usagers de la route au danger d’un conducteur aux réflexes diminués et aux perceptions altérées, modifiées. « Monsieur, vous avez fait un choix illégal parce que vous n’aimez pas les effets secondaires des médicaments sur vous. C’est à mettre dans la balance », insiste la présidente Catala.

Il fume moins, il boit plus, « au moins l’alcool c’est légal »

Monsieur, qui a souvent une esquisse de sourire devant l’entêtement des magistrats à vouloir qu’il prenne ses responsabilités, n’en démord pas, « moi avec les médicaments, je dors ». Adrien a quand même diminué sa consommation de cannabis en prison, de « 5 grammes par jours » (en janvier c’était 10) il est passé à « moins d’1 gramme, deux joints le soir, pour dormir ». Le hic : sa consommation d’alcool a augmenté depuis sa libération. La présidente suppose que c’est pour contrebalancer la diminution des joints… Pas du tout, répond le prévenu qui avance une explication très significative de la façon dont il aborde les choses : « Comme je fume moins, je me suis dit je vais faire comme les autres, et boire pendant les soirées. Au moins, je sais que l’alcool c’est légal, alors qu’avec le cannabis on est positif tout le temps. »

« Comportement inconséquent »

S’il sait « être positif » tout le temps, pourquoi avoir repris le volant le lendemain du premier contrôle, et alors qu’il est en période de probation ? « On a toujours des obligations dans la vie. » Marie Gicquaud, substitut du procureur, ne peut que redire ce qui fut déjà dit en janvier : « comportement inconséquent ». Maître Guignard ne peut que doubler ce qui fut déjà dit en janvier : « il est complètement immature, il n’a pas 18 ans dans sa tête, il a moins ». Dans la salle, les parents, consternés mais présents, et décidés à trouver des chemins de sortie. Deux comparutions immédiates et deux mois de prison en 5 mois, c’est un régime bien dense pour un jeune majeur.

« Son immaturité doit peser très lourd dans la balance »

Le parquet requiert au total 15 mois de prison avec maintien en détention, et les réquisitions agacent Adrien qui intervient, ou essaie, à quelques reprises. Le garçon voudrait en découdre, et c’est bien l’indice d’un problème de fond qui excède la question d’un traitement médicamenteux. Une durée d’incarcération plus longue « pour qu’il parvienne à se sevrer complètement ». Adrien se marre, genre « mais bien sûr… ». Son avocat va plaider pour une peine adaptée à sa personnalité. Un gamin tout juste majeur qui vit encore chez ses parents, et y trouvera un soutien. Dans le box, on voit un gamin, certes, mais aguerri par ses deux mois de prison, alors qu’il en avait si peur lors de son premier défèrement, et qui semble prêt à y retourner. L’écart inquiète un peu, et cela n’échappe pas à maître Guignard : « Son immaturité doit peser très lourd dans la balance. Pensez à toutes les connaissances qu’il peut faire dans ce bouillon de culture qu’est la maison d’arrêt. » Il en rajoute une louche en évoquant cet ancien ministre de Bercy qui évite l’incarcération, « et lui, on le saque ».

Du plomb dans la cervelle…

« Il faut qu’il prenne du plomb dans la cervelle. Le stage de sensibilisation à la sécurité routière (condamnation de janvier) est à venir, des soins aussi. Et si, par une décision trop sévère, vous faites monter une révolte qui a tendance à s’exprimer rapidement ? », conclut l’avocat. Le tribunal condamne Adrien X à 6 mois de prison (4 mois et 2 mois révoqués), sans maintien en détention. Il a interdiction de conduire pendant 2 mois. La voiture sans permis est confisquée. « Je comprends rien », grommelle le garçon.

FSA

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche