Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - A 23 ans, il avait séquestré, violenté et menacé de mort son ex petite amie de 17 ans

C’est l’histoire de jeunes gens qui sortaient ensemble et dont la relation fut frappée, en mars dernier, d’une sanction pénale assortie d’une interdiction de contact. La relation fut frappée parce que lui, 23 ans, il la frappait, elle, 17 ans. Ils n’ont pas respecté l’interdiction de contact. Le 14 avril il l’a retenue de force dans sa voiture, sur le bord d’une petite route de campagne à Crissey. Pendant 4 jours. Il l’a frappée, brulée, coupée, menacée de mort. Devant le tribunal le 4 juin, son avocate a demandé une expertise psychiatrique. Il a été jugé hier jeudi 14 juin en comparution immédiate.

On juge en visioconférence. Le prévenu est incarcéré à Varennes, le personnel de l’ARPEJ n’a pas pu l’extraire pour l’amener jusqu’au palais, donc il n’est pas là, mais on l’entend. On l’entend mais on ne le voit pas, lui, il ne voit que le tribunal et son avocate, cela lui donne l’impression qu’il est seul avec eux, et nous on a l’impression d’écouter aux portes. Ce dispositif change la donne, on le constate à chaque fois.

Battue dans l’habitacle d’une voiture, victime de sévices, menacée de mort, suffocante

Sa voix légèrement métallisée par le micro résonne fortement dans la salle, et cette voix sans corps à laquelle la rattacher nous livre la quintessence de ce qui agite ce garçon. C’est l’histoire de deux jeunes gens parfaitement immatures. La petite semble jouer, et lui il est pas loin d’être dingue, mais elle ne s’en est pas aperçue, elle a juste pu jouir de son pouvoir sur lui, son pouvoir de séduction. Le 14 avril, battue dans l’habitacle d’une voiture, victime de sévices, menacée de mort, suffocante, elle a réalisé que ce « jeu » menaçait sa vie même. Sa mère à elle, de son côté, a cru à une fugue, rien n’est simple. Les jours passant, elle a eu peur elle aussi de ne jamais revoir sa fragile et rebelle ado.

Le 14 avril dernier, la petite voulait aller à la convention du tatouage à Chalon, alors sa mère l’y a déposée, elle devait la récupérer à 19 heures, c’est la police qui est allée la chercher, quatre jours plus tard, dans une salle des fêtes à Crissey qu’elle avait réussi à atteindre en s’enfuyant. A la barre, cette jeune fille dit que lire le récit des faits est effrayant, mais que le vivre l’est bien davantage encore. On la croit. On la croit d’autant plus que lui, du fond de l’écran géant qui fait face au tribunal, ne cesse de dégoiser les mêmes choses, toutes mises au même plan.

« Une menteuse, une poubelle, je l’aime »

« Comme quoi qu’elle m’a fait cocu, comme quoi elle veut que j’aille en prison, et que je lui donne de l’argent », « tu crains, t’es qu’une… voilà, t’es qu’une… voilà », « elle ment beaucoup. Oui, y a eu des violences, un tout petit peu, des claques, des coups de pied au cul, des fessées ». Les traces de brûlures ? La plaie au crâne ? Les cheveux arrachés ? « Je sais pas quoi dire, c’est une menteuse, c’est une menteuse », « c’est une fille qui est irrespectable ». Pourquoi alors ne l’avoir pas quittée après le jugement de mars dernier ? « On est toujours resté ensemble, et je l’aime, et elle me fait de la peine. A chaque fois que j’ai une copine, y a une qui est fidèle, les autres, c’est des poubelles », « elle trouvera personne d’autre qui l’aimera comme moi », « tatati, tatata, tatati, tatata ».

« Des fois dans ma cellule, je deviens un peu fou »

Ce jugement raconte l’histoire d’un jeune homme que l’expert psychiatre dit souffrir d’une « pathologie sévère pré-psychotique », et pour lequel il retient « l’altération du discernement », et qui doit se faire soigner, être soigné. La présidente Aussavy ne parvient pas à en faire entendre grand-chose au prévenu. « Le psychiatre dit qu’il y a un gros problème, monsieur. – Oui, peut-être, mais lui il dit que j’ai 24 ans, alors que j’ai 23 ans. – Le psychiatre dit que vous êtes dangereux pour elle. – Ah bon ? Il dit que j’ai 24 ans, mais moi j’ai 23 ans. » Il concède tout de même : « C’est vrai que je ne suis pas bien du tout, des fois dans ma cellule, je deviens un peu fou. »

« En prison il ne recevra pas les soins adaptés »

Les avocats prennent des micros en main pour plaider, cela renforce l’impression d’assister à un spectacle auquel on n’a pas été convié. La visioconférence n’est pas un bon dispositif, il dénature la façon dont, jusqu’à nouvel ordre, la justice est rendue dans ce pays. Maître Malinka Trajkowski relève la logorrhée du prévenu, et sa « perversité » cruelle, dans les gestes qu’il a eus sur cette jeune fille qu’il « aime » durant 4 jours et 3 nuits. Elle demande que sa cliente et sa mère soient préservées et du garçon, et des menaces, y compris celles proférées par sa famille à lui. Maître Anne-Charlotte Charrier plaide la nécessité des soins que son client doit recevoir, et l’exagération dans le récit de la jeune fille qui certainement lui permet d’exprimer ce qu’elle a ressenti mais qui majore du coup les faits sur lesquels on doit le juger, lui. « Quelque chose le saisit, et le dépasse, dont il n’a pas conscience. Il faut mettre l’accent sur les soins, sinon qui sera la prochaine victime ? En prison il ne recevra pas les soins adaptés. »

Vivent en prison 8 fois plus de personnes psychotiques qu’à l’extérieur

Oui, mais en France on incarcère bien des gens qui souffrent de maladies mentales attestées par les experts psychiatres, lesquels concluent souvent à « l’altération du discernement » et non à son abolition. D’un côté, cela préserve chez le condamné le fait qu’il est un sujet à part entière et peut répondre de ses actes, quand bien même il fut, au moment des faits, dans un état qui empêchait toute réflexion adaptée à la réalité. De l’autre, cela participe de la surpopulation carcérale et surtout on enferme des personnes dans un lieu, la prison, qui n’est pas adapté à leurs états, et contraint le personnel pénitentiaire à composer avec des formes de dangerosité pour lesquelles il n’est pas nécessairement formé. Cela a mené à accroître les capacités des UHSA*, mais en Saône-et-Loire, il n’y en a pas, il faut aller à Lyon. Vivent en prison 8 fois plus de personnes psychotiques qu’à l’extérieur, d’après un rapport de la section française de l’Observatoire international des prisons.

5 ans de prison ferme

Le parquet avait requis 30 mois de prison ferme suivis d’une injonction de soins, le tribunal va aller bien au-delà : 5 ans d’emprisonnement avec maintien en détention suivis de 5 ans de suivi socio-judiciaire (injonction de soins, interdiction du moindre contact avec les victimes, interdiction de porter une arme, obligation d’indemniser les victimes, soit la mère et la fille, dont le pretium doloris est reconnu). 3 ans de prison possibles en cas de manquement aux obligations du SSJ.

Dix ans sous main de justice pour contenir puis assécher, si possible, la dangerosité du garçon. Du fond de son écran, le jeune homme proteste : « Je ne suis pas du tout d’accord pour les 5 ans de prison, j’ai tué personne, j’ai rien fait de mal. » Dans la salle, sa sœur invective la victime, maître Trajkowski hausse le ton, la présidente fait sortir la fille : « je m’en bats les couilles, qu’elle crève, c’te pute ! ».

FSA

*unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA)

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