Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Fêtant la Coupe du monde à Chalon sur Saône, il s'en est pris aux forces de l'ordre

Dimanche soir, la fête, la liesse, l’excitation générale, la France championne du monde de foot. Ce lundi 16 juillet, en audience de comparution immédiate, deux policiers introduisent dans le box un homme de 27 ans. Hier il était dehors avec tant d’autres, vers la place de Beaune. Aujourd’hui il arbore encore une cocarde, mais sur l’œil droit, et il n’en tire aucune fierté, bien au contraire. Il aperçoit son père et sa compagne dans la salle, un cri étouffé lui échappe. Adrien X est émotif, sauf quand il a bu.

Dimanche  soir Adrien, comme tant de gens dans ce pays, a ouvert les festivités avant le match de la finale de la coupe du monde, avec de la vodka. Pendant le match, il a poursuivi à la bière, rugissant sans doute de concert à chaque but. Après le match on lâche tout. Il attire l’attention des policiers en surveillance lorsqu’il commence à avoir des mots pénibles avec une femme qui est juchée sur le toit d’une voiture : il lui avait pris son drapeau, la vidéosurveillance a capté la scène. Les policiers s’approchent, Adrien décoche un coup de poing au visage du premier, lequel riposte. Plus besoin de perruque ou de maquillage, la cocarde est à l’œil. L’interpellation est rude, le jeune homme « semble être pris d’hystérie ». Dans la voiture insultes et coups de pieds, il donne quand même son identité.

En garde à vue, il casse le nez d’un policier

Adrien a tout oublié. « Dernier souvenir place de Beaune, je sautais, je criais. Et puis, rien. Je reprends conscience avec les policiers, les menottes. » Conscience, c’est vite dit, car dans la nuit il fait un peu de bruit dans sa geôle et le policier de faction pense qu’il a peut-être besoin d’aller aux toilettes, il va voir le prévenu : Adrien s’était planqué et force alors le passage, il file dans le couloir. Le policier le rattrape et prend un coup, sur le nez. Il pisse le sang : fracture des os propres du nez. « C’est pas moi ! se défend Adrien, accablé. Je respecte la police, je n’ai rien contre la police. Je ne m’explique pas ce que j’ai fait. » C’est pas lui… c’est lui, ivre. Sa compagne dit aussi que lorsqu’il a bu, c’est une autre personne… Décidément. « Apparemment je suis incapable de maîtriser ma consommation. J’ai déjà eu des soucis avec l’alcool. »

« Hier je voulais juste faire la fête, communier avec les gens »

27 ans. 7 condamnations, les plus anciennes devant un tribunal pour enfant, adolescence difficile, Adrien va en foyer, et pourquoi pas. Mais le voilà addict aux stups et déjà aux prises avec la bouteille. Un sursis mis à l’épreuve de 2 ans le contraint à engager un sevrage, il délaisse le cannabis, « avec la drogue j’étais aussi une autre personne », et se calme sur l’alcool sans toutefois couper. « Hier je voulais juste faire la fête, communier avec les gens, tout le monde était heureux. » Adrien est dévasté, il pleure. « Mon amie m’apporte beaucoup, et m’aide à être plus posé, avec ce qui s’est passé hier, on dirait pas, et pourtant. Je regrette vraiment, vraiment. » Gros chagrin. Damien Savarzeix, procureur de la République, réunifie le prévenu : « C’est pas moi…. Mais cet homme, c’est vous ! Et ça fait 10 ans qu’on vous le dit. Vous avez cassé le nez d’un policier. L’alcool ? Vous faites la démonstration que vous ne voulez pas comprendre. Je pense qu’il faut passer par un temps d’incarcération pour que vous veuillez comprendre. » Il requiert 10 mois de prison dont 7 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve et un mandat de dépôt.

« Je n’ai rien contre les forces de l’ordre, je regrette vraiment »

Maître Perrachon plaide la stabilité conquise du jeune homme, qui vit en couple, qui travaille, qui a un contrat à durée indéterminée depuis plusieurs années. Il plaide aussi qu’« on a tous connu une soirée alcoolisée suivie d’un trou noir » mais l’argument n’emporte pas l’adhésion du parquet. Il propose au tribunal de « le frapper au portefeuille ». Or Adrien touche un salaire de 1200 euros mensuels, le tribunal va s’orienter autrement. « J’ai eu une fin d’adolescence particulière mais j’ai un travail maintenant. Je ne pense pas avoir besoin d’aller en prison pour comprendre. Je n’ai rien contre les forces de l’ordre, je suis conscient que ce n’est pas un métier facile, je regrette vraiment. »

Arrêter de boire : un vrai défi

Le tribunal condamne ce jeune supporter qui sait donner du poing quand il a bu, à 12 mois de prison dont 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve, avec obligations de soins et de travailler. Le tribunal ne décerne pas de mandat de dépôt, Adrien va rentrer chez lui, mais la présidente Caporali le prévient que l’aménagement de peine n’est pas acquis, et qu’il doit dès à présent s’attacher à ne plus boire. Une occasion d’emporter une sacrée victoire là aussi, et lui-même : « Je suis en train de mettre ma vie en l’air », disait-il. A 27 ans, il a de la marge pour retourner la carte et un sursis révocable au cas où.

Florence Saint-Arroman

Maître Bibard a pris la parole pour les policiers, « vous rejoignez le triste club de ceux qui portent atteinte à l’honneur et à l’intégrité des forces de l’ordre ». Adrien X devra verser 350 euros chacun à deux d’entre eux, et 800 euros à celui qui a pris un coup de poing, 1500 euros à celui dont le nez est fracturé. 500 euros pour leurs frais de défense.

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