Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - 20 ans et près de 9 kg de drogues découverts chez sa mère à Chaudenay

« Atypique », disent les magistrats et son avocate, il est « atypique » : poursuivi pour ni plus ni moins que trafic de stupéfiants, il a reconnu que 40 kg de drogue lui étaient passés entre les mains depuis 20 mois, et il tient des discours comme « le plus dur c’est la déception sur le visage de ma famille », « la déception de mes parents est une très grosse sanction ». Il a 20 ans et semble déconnecté de la réalité de ses actes. Les magistrats vont lui en rappeler des éléments tout au long de l’audience de comparution immédiate de ce lundi 27 août.

8.5 kg planqués chez sa mère

Il est interpellé le 21 août au terme d’une enquête qui a démarré en 2017, centrée au départ sur deux autres personnes, mais qui aboutit à lui, désigné comme fournisseur des deux mis en cause. Chez sa mère et son beau-père, la perquisition est positive : 20 pains de cannabis dans un sac de sport entreposé dans une caravane sur le terrain, soit 8,5 kg de drogue ; dans une serre, 4 plants de cannabis ; dans sa voiture 865 euros. Il reconnaît mais soutient qu’il n’est que « nourrice » d’un autre depuis le début de l’année, 40 kg ont transité par lui.

Parmi ses clients, une mineure

Tout a commencé, si on l’en croit, au lycée. La drogue y circule, il y goûte, il en achète. C’est ainsi qu’il en garde « quelques relations ». Il ne consomme pas longtemps, le « sens des responsabilités » lui impose d’arrêter lorsqu’il passe et réussit son permis de conduire. Dans le souci des infractions et le souci des autres, dit-il. La présidente Catala comme le substitut Fenogli le reprendront : il a revendu de la drogue, parmi ses clients, une mineure. Où est le souci des autres ? Bref, juste après le lycée, « je ne travaillais pas, j’ai décidé de revendre, jusqu’à ce qu’un revendeur me demande de faire la nourrice ». Et puis, appelons-le Brian, il trouve du travail sur Beaune, grâce à son beau-père, un CDI… Chance, il a un salaire. Mais son trafic lui rapporte aussi. Entre ce qu’on lui donnerait à chaque dépôt, et ce qu’il revend, prélevé sur chaque dépôt, il a les moyens de s’acheter des voitures (plusieurs Audi, puis d’autres, « avec des crédits », insiste ce prévenu « atypique »), invite ses potes à des sorties, et joue au Casino. Son sens des responsabilités joue encore : « J’ai compris que je devenais addict, je me suis fait interdire. »

« Le milieu des toxicomanes c’est un milieu de menteurs »

Puis, tout de même, « j’ai pas eu cette conscience pour ‘la vente’. J’ai vu ce que c’est que d’être en détention (mandat de dépôt le 24 août, à l’issue de 96 heures de garde à vue, ndla), c’est pas mon milieu, on vous incite à replonger, en 3 jours on m’en a proposé. – Pourtant, vous avez un gros fournisseur, donc c’est un peu votre milieu aussi, objecte la présidente. » D’ailleurs, qui est cette personne ? Brian ne dira rien, par peur de représailles, y compris sur des membres de sa famille. Le tribunal connaît cette musique : « Cette personne voudra être remboursée (de la drogue saisie, et donc perdue, ndla). Vous mettez votre famille en danger, et on ne peut pas interpeller et la protéger. » Mais Brian est confiant : « Je connais un peu cette personne, je sais qu’il n’y aura pas de problème là-dessus. » Pourtant « confiance » et « stups » sont antinomiques : « le milieu des toxicomanes c’est un milieu de menteurs, hein ! », enfonce la présidente.

Zones d’ombre, et incohérences

« Atypique » : un travail en CDI, de bonnes relations familiales, que ça soit avec son père et sa conjointe, ou sa mère et son compagnon. Il est hébergé à titre gratuit. Et, il trafique… « Pourquoi ? interroge encore le substitut du procureur, Dominique Fenogli. L’enquêteur ne comprend pas non plus. Il existe des zones d’ombre, et des incohérences. Il n’a pas de casier, mais il a l’intelligence des trafiquants, il en a le jargon, il est indétectable sur les réseaux sociaux, il a des ‘téléphones de guerre’, soit des cartes prépayées, il a une clientèle, fidélisée. Il est insondable sur certains points. Il assume des livraisons, il avait stocké plus de 8 kg au moment de son interpellation. Ce sont des actes criminels. Est-il seulement une nourrice ? » Le parquet ne le croit pas. « Milieu de menteurs », ce n’est pas un jugement moral, c’est tout simplement une règle en matière de stupéfiants.

« C’est quelqu’un de bien et c’est un trafiquant de stupéfiants »

Le substitut n’en a pas terminé : « Il a une bonne éducation. C’est quelqu’un de bien et c’est un trafiquant de stupéfiants. Pourquoi n’a-t-il pas conscience de la gravité de ses actes ? » Brian encourt 10 ans de prison. « Ces histoires de voitures ne sont pas très claires, il a un train de vie significatif, une dette de 32 000 euros, il expose sa famille. Il n’a aucun respect de la loi. » Le substitut du procureur requiert 18 mois de prison dont 10 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Confiscation de l’argent, de sa voiture, et maintien en détention. « Son maintien en détention serait inapproprié vu son profil, plaide maître Girardot. Il est accompagné de sa famille. Ça a été un choc pour elle, une déception, et c’est la pire chose pour lui. 

« J’ai fait cette erreur, je m’en excuse »

L’avocate reprend l’argument de son client, argument « atypique » lui aussi, dans un dossier de trafic. Le jeune homme fermera le dernier bouton du costume qu’il a choisi d’enfiler : « Le cannabis, c’est mauvais, ça vous renferme, ça vous rend parano, je regrette d’en avoir vendu. J’ai fait cette erreur, je m’en excuse. » Son père fait demander via l’avocate, que la presse ne mette pas le nom de son fils : ils portent le même. Ça fait cher, pour une « erreur ». Le casier du fils était vierge jusqu’à maintenant.

3 ans sous main de justice, « comprendre comment, et pourquoi »

Le tribunal condamne Brian à 2 ans de prison dont 1 an assorti d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, avec obligations de soins psychologiques et de travailler. Il fera, à ses frais, un stage de sensibilisation aux dangers de l’usage des stups. Les scellés (voiture, argent, drogue) sont confisqués et l’argent ira à la MILDECA* (demande du parquet). « Le tribunal ne décerne pas de mandat de dépôt, il vous laisse la possibilité de demander un aménagement de peine. C’est une possibilité, non un droit : en dépit de votre famille et de votre travail qui n’ont pas empêché la commission des infractions, il faudra apporter d’autres garanties que celles-ci. Et suivre des soins, pour comprendre comment on dérape et on met en danger les autres et son entourage. » 3 ans de sa vie sous main de justice, pour une « erreur » ?

Florence Saint-Arroman

*MILDECA :  mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives

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