Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - 30 mois de prison ferme après l'agression de la rue aux Fèvres

« Brusquement il m’a fait face. Je lui ai dit ‘qu’est-ce que vous faites ? ‘, il a juste répondu ‘laisse toi faire’. Il me regardait dans les yeux, je reste intimement convaincue qu’il voulait me tuer. » A cette seconde, l’agresseur a levé son bras armé d’un marteau, il visait la tête. La victime a eu le réflexe de se défendre, cétait le 11 juillet dernier rue aux Fèvres, vers 21h30. Elle nous a dit ces quelques mots en sortant de l’audience de comparution immédiate de ce lundi 9 septembre : Hassan Y, 53 ans a enfin été jugé, après expertise psychiatrique.

« Laisse-toi faire »

La victime est une femme encore jeune, commerçante dans le centre-ville de Chalon sur Saône. Ce soir du 11 juillet elle s’y trouvait avec sa fille de 10 ans, qui a assisté à toute la scène, et il faut pouvoir se représenter quelle scène ! On précise que cette commerçante est posée, mesurée. Elle dit modestement, « c’est ce que je ressens, mais je ne suis ni psychiatre, ni juge ». Les caméras de surveillance ont permis de reconstituer une partie de ce début de soirée : Hassan Y a commencé à faire du grabuge, à inquiéter des gens, sur le trottoir rue de la République. A une terrasse de pizzeria, il prend les assiettes des dîneurs, lance des phrases comme « je vais vous brûler les mains ». Puis il s’éloigne et se retrouve derrière une femme qui marchait avec sa fille, il la suit, elle en prend conscience à partir du Monoprix. Rue aux Fèvres, brusquement il lui fait face, et c’est là qu’il lui dit ces mots si effrayants : « Laisse-toi faire. »

Un passant courageux intervient, entretemps les polices sont alertées

Pendant une minute elle parvient à éviter des coups qui auraient pu en effet la tuer, puis l’homme la fait chuter et se met sur elle, mais un passant courageux intervient. Entretemps les polices sont alertées, trois équipages foncent. La municipale, police-secours, et la BAC. Hassan s’est enfui, on l’arrête alors qu’il longe l’enceinte du lycée Emiland Gauthey, son marteau de charpentier à la main. Aux forces de l’ordre, il oppose tout ce qu’il peut : crachats, insultes, menaces de mort, coups de pied. Maître Bibard (pour 9 des policiers) et maître Bourg (pour la victime, et un policier municipal) rapportent des propos qu’on ne veut même pas écrire : des choses avilissantes, et qui attaquent l’intégrité de la personne (en évoquant les enfants). On n’est bien au-delà des hélas habituels, mais usés, à force, « bâtards », « fils de pute ». On est des crans au-dessus.

L’expert psychiatre conclut à l’altération de son discernement au moment des faits

On peut relire ici http://www.info-chalon.com/articles/chalon-sur-saone/2018/07/17/38637/tribunal-de-chalon-il-avait-agresse-une-femme-et-sa-fille-de-10-ans-rue-aux-fevres/, et là http://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2018/08/27/39051/tribunal-de-chalon-parfois-on-se-dit-qu-il-ne-fait-pas-bon-etre-victime/, les comptes-rendus des deux audiences de renvoi, on y trouve le casier d’Hassan, et ses propos alors. Aujourd’hui, il est calme aussi, mais pas plus rassurant et pour cause : l’expert psychiatre conclut à l’altération de son discernement au moment des faits (il encourt 10 ans de prison, l’altération, si le tribunal la retient, réduit le quantum d’un tiers). « Personnalité de type psychotique, vécu de persécution, consommation d’alcool et de cannabis qui majore ce vécu, il est curable et réadaptable. »

« Syndrome de discordance » : un orchestre sans chef

Hassan Y est « curable », c’est une bonne nouvelle pour lui comme pour tous les gens qui fréquentent les rues de la ville, à ceci près que pour cela il faudrait qu’il se soigne, et c’est une autre paire de manches. Maître Diry relève dans l’expertise le « syndrome de discordance » : un orchestre sans chef, personne au contrôle ni à l’harmonie. Cela éclaire les propos tantôt paisibles (mais bien flippants) du genre : « Je ne l’ai pas agressée parce que je ne l’ai pas touchée. Si je l’avais frappée, elle ne serait pas vivante », et les phrases perturbantes du style : « J’ai fait ça pour la Syrie, c’était mon coup d’essai ». Il a plus qu’un pète au casque, il en convient lui-même : « Je me suis fait agresser, j’ai reçu des coups de couteaux, des coups à la tête, ça n’a jamais intéressé la justice ni la police, depuis je n’ai plus confiance, alors je sors avec un couteau, pour me protéger ». Le 11 juillet dernier, il y a ajouté un marteau, il en a armé son bras contre une femme que le hasard a mise sur sa route, avec une fillette.

« Les témoins et tout ça, c’est des sornettes »

Alcoolémie ce soir-là : 1.89 gramme. Hassan a en gros passé la soirée à se faire coucher au sol car il résistait à absolument tout, il a insulté aussi le personnel de l’hôpital où on l’a emmené pour faire une prise de sang. Rue aux Fèvres l’agression a fait peur, un homme a même tiré un coup à blanc avec son pistolet pour créer un choc, stopper l’agression peut-être, des gens se cadenassaient chez eux : il n’y a pas que la victime qui pense qu’Hassan était prêt alors, à tuer. Du box, il dit posément : « Les témoins et tout ça, c’est des sornettes. » On mesure les dégâts dans sa configuration interne : un orchestre sans chef, ça part dans tous les sens, mais on remarque qu’il tourne les choses dans sa tête, essaie de leur donner une cohérence, celle qui l’arrange. La présidente Pertuisot lui oppose des éléments objectifs, alors il botte en touche : « de toute façon » … c’est lui qui fut victime, à plusieurs reprises, et ça, tout le monde s’en fiche. Son casier ? Pareil, pas de sens. C’est davantage que discordant, ça évoque des gouffres.

L’heure n’est pas au développement des soins psychiatriques, en France

« Agression sans raison particulière », dit Marie Gicquaud pour le ministère public, « gratuité de l’acte » dit maître Diry qui intervient en défense, « plus qu’inquiétant », enfonce maître Bibard, « la petite fille ne peut plus se promener seule, elle a des angoisses, elle a peur », plaide maître Bourg. Tout le monde est d’accord : cet homme est effrayant, cet homme est malade, et « il est curable », écrit l’expert. L’envoyer se faire soigner dans une structure adaptée ? Oui ! Mais il n’y en n’a pas, pas suffisamment en France, pas suffisamment du tout. L’heure n’est pas au développement des soins psychiatriques, l’heure est à la casse, aux fermetures de lit, aux suppressions de poste, on peut se documenter aisément sur la question, les articles et témoignages ne manquent pas. La maladie comptable n’épargne aucun secteur, et on en observe les dégâts.  

« Il est impératif qu’il soit pris en charge médicalement »

Le parquet requiert 60 mois de prison dont 18 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve, « réelle dangerosité sociale », « il est impératif qu’il soit pris en charge médicalement ». En prison, Hassan peut recevoir un traitement médicamenteux, une camisole chimique. La difficulté, c’est qu’il faut qu’ensuite, à sa sortie, il accepte de poursuivre les soins, il faut donc qu’il accepte de se savoir dérangé au-delà de son seul ressenti : il sait que ça ne tourne pas comme il faudrait, mais il est loin d’une conscience éclairée de lui-même et du danger qu’il représente. En garde à vue, il s’est battu en geôle avec un co-détenu. Qu’adviendra-t-il en prison ? Et puis il souffre, c’est indéniable. On sait que ça contrarie les partisans du manichéisme du bien et du mal, mais c’est un fait : il souffre de ses troubles. A l’intérieur ça turbine sec, et quand il est en phase de persécution, il devient dangereux.

Prison, puis interdiction de paraître à Chalon-sur-Saône

Alors quoi ? Alors le tribunal retient l’altération du discernement, et condamne Hassan Y à 4 ans de prison dont 18 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve pendant 2 ans : obligation de soins psychiatriques et en addictologie, obligation d’indemniser les victimes, interdiction de contact avec elles, interdiction de porter une arme, et interdiction de paraître à Chalon-sur-Saône. 30 mois de prison ferme : maintien en détention, évidemment.

Florence Saint-Arroman

Le tribunal ordonne un renvoi sur intérêt civil pour la victime et sa fille. Les policiers seront indemnisés à hauteur de 200 euros pour l’un et 400 euros pour les 9 autres. Hassan a surtout compris qu’il retournait en prison, il fait grise mine. Il devra emménager ailleurs, ensuite. La victime peut l’envisager aussi, si jamais sa fille ne parvenait pas à surmonter sa peur ici. Si en France on supprime des lits, des postes, et des budgets dans le secteur psychiatrique comme dans tous les secteurs du soin, on impose également des quantités de suivis trop lourdes aux conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation : tous les secteurs, tous (y compris les questions d’environnement), sont abîmés par des logiques comptables qui ne se soucient pas des effets, ni du prix à payer, des prix à payer, par tout le monde, ce sont des enjeux de société.

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