Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - L'héroïne à la barre... et une famille qui se déchire

« Avoir un fils toxicomane est une catastrophe » a dit sa mère à l’avocat. Pendant le délibéré elle ponctue son attente de « mais c’est un bon petit, c’est un bon petit ». Il a 29 ans. Il n’a que 29 ans et il est déjà sous curatelle. L’héroïne a flingué sa vie, et elle porte des coups à sa famille aussi : Yoan comparait ce lundi 17 septembre pour avoir été violent contre son propre frère.

« Sa famille est en danger, dit le vice-procureur Prost. Si sa sœur de 17 ans est rarement à la maison, c’est qu’elle a peur de son frère. » C’est un élément de réalité. « Quand il a arrêté les stups, j’ai retrouvé mon frère comme quand j’étais enfant. Quand il ne touche plus à l’héroïne, c’est quelqu’un de très différent. Il a le cœur sur la main. » Autre élément de réalité, et c’est son frère, celui qui se constitue partie civile (mais ne demande rien d’autre), qui en témoigne.

Couteau de boucher en main

Le 13 septembre dernier, quand la police est arrivée à l’appartement de ses parents où il vit la plupart du temps, elle a trouvé un homme calme. La crise était retombée. « Pouvez-vous raconter avec vos propres mots ce qui s’est passé ? demande le président Therme. – En fait mon frère s’est mêlé de trucs qui le regardent pas, on s’est énervés, c’est tout. Et j’ai rendez-vous avec un médecin pour me faire hospitaliser. »

Le frère a dit en audition que c’était à cause de la box internet : il a dû la redémarrer et donc a coupé le flux un moment, l’autre a pété les plombs, a gueulé, l’a traité de tous les noms, puis s’est saisi d’un couteau de boucher. Le frère s’est bouclé dans sa chambre, et l’autre a porté des coups de couteau dans la porte, et puis des coups de poing. La frayeur fut telle qu’elle transparaît dans les PV, mais quelques jours ont permis de retrouver l’apaisement, et la famille est là au soutien de son membre qui souffre et qui se perd.

Curatelle : des gens plus jeunes décompensent plus vite à cause des drogues

« Vos proches disent que c’est fréquent, ce comportement agressif. – Parce que je suis malade des nerfs, c’est pour ça, j’ai rendez-vous le 17 à Sevrey pour avoir un traitement plus fort, parce que celui là ne m’empêche pas de m’énerver. » En réalité, il a replongé à la faveur de Chalon dans la rue, à la faveur des services parallèles dont le festival est aussi l’occasion. Du moins c’est ce qui est dit, car en 2017, il était jugé en CRPC pour usage de stups, alors c’est pas si net, avec les drogues c’est jamais net.

A son casier judiciaire, 14 mentions. Ça commence au tribunal pour enfant, vols, rébellions, outrages. Puis des violences, et en 2014 il est détenu pour des violences sur conjoint. En juin 2016, mesure de curatelle : à l’épilepsie s’ajoutent désormais des problèmes de mémoire. Le médecin expert atteste alors de l’altération de ses facultés, il a besoin d’une assistance dans la vie quotidienne…  Catherine Pertuisot, vice-présidente chargée du service du tribunal d’instance de Chalon, en avait témoigné, devant le député Gauvain venu auditionner les magistrats, de cet autre élément de réalité : l’activité du service des tutelles est en augmentation constante car la population vieillit ET des gens plus jeunes décompensent plus vite à cause des toxiques qu’ils consomment.

« Pour mon fils de 3 ans, c’est pas un bon exemple pour lui »

A la barre, la curatrice du jeune homme semble découvrir sa vie, car le prévenu dit-elle, est « ambivalent ». S’il n’était qu’ambivalent… il est en ruine. « J’aime pas être seul, je me sens pas bien, tout seul. J’ai besoin de présence. » Il était en sursis mis à l’épreuve le 13 septembre, le président Therme lui explique l’enjeu du SME : ne pas commettre de nouvelles infractions, d’aucunes sortes. Il n’avait pas compris. « Pour mon fils de 3 ans, c’est pas un bon exemple pour lui. » Ce fils qu’il ne voit pas ou si peu, ce dont il souffre aussi, mais que faire ?

Son avocat lui-même ne le sait pas, « car la juridiction pénale ne peut le contraindre à l’hospitalisation », et c’est pourtant ce qu’il faudrait. Nous interrogeons sa curatrice pendant le délibéré : ne pouvait-elle pas la demander, cette hospitalisation ? Elle répond que non, qu’ « avant il y avait du possible, mais que maintenant c’est plus compliqué que ça ». Maître Diry plaide l’assurance du rendez-vous pris avec le centre hospitalier spécialisé de Sevrey, et s’en remet à la sagesse du tribunal pour « prendre la mesure la plus adaptée ».

« Je veux me faire soigner. Je veux faire une formation de tatoueur, parce que j’aime les tatouages. S’il vous plaît, remettez-moi pas en prison, moi je voudrais aller à Sevrey directement. » Le tribunal le condamne à 8 mois de prison dont 5 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, obligations de soins et de travailler, il ne prononce pas son maintien en détention.

Florence Saint-Arroman

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