Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - « Les gendarmes et les gitans, c’est comme Guignol et Gnafron, c’est comme

« Le problème entre les gendarmes et les gitans ne date pas d’hier, ça fait 200 ans que c’est comme ça, et quoi qu’il en soit, ce dossier ne tient pas. » Maître Revellin est associé au mouvement de grève des avocats mais il a quand même fait le trajet depuis Lyon pour défendre ce client qu’il ne connaît pas, car c’est un gitan, et les gitans comptent sur lui, « et puis ça fait déjà un mois qu’il est en détention, je ne peux pas ne pas le défendre ». Nous sommes à l’audience de comparutions immédiates, ce jeudi 22 novembre.

Le dossier ne tient pas, dit donc l’avocat de la défense qui a la parole en dernier, mais la présidente n’avait pas dit autre chose au cours de son instruction : « on a du mal à comprendre la cohérence des poursuites dans ce dossier ». Le prévenu le sait bien, qui campe sur ses positions, « c’est pas moi, je ne sais pas, une photo (floue, de surcroît, précisera la juge) c’est léger, etc. » Monsieur N. B. est né en 84. Dans la salle, sa compagne, ses deux enfants, et sa belle-mère, montée de Montpellier pour soutenir sa fille dans l’effort car visiblement il y a de l’eau dans le gaz entre ces deux-là (l’expression paraît faible vu ce qu’elle nous a dit pendant le délibéré et vu ce qu’il a lâché du box pendant l’audience), mais la famille c’est sacré, alors ils sont là.

Une série de vols de voitures entre le 3 et le 18 septembre

N.B. est sorti de prison le 26 juin dernier, il était sous contrôle judiciaire dans le cadre d’une instruction en cours pour des recels et des vols (tribunal de Lons-le-Saulnier) et devait pointer à la gendarmerie de Louhans chaque semaine. Or le 3 septembre, il cesse de pointer. A la même période, les gendarmes enregistrent une série de vols de voiture, l’enquête les conduit à interpeller N. B. On l’accuse du vol de 4 véhicules, de l’incendie de 2 d’entre eux, du vol de plaques d’immatriculation, d’un vol d’essence, et d’une tentative de vol de carburant (à Le Miroir, Dommartin, Cesancey, Gevingey, Polliat, Maynal, Chalon).

« Vous avez des témoins mais pas d’ADN, trouvez de l’ADN et je dirai que c’est moi »

« En effet, ce dossier n’est pas très bien ficelé, reconnaît le substitut du procureur, Dominique Fenogli (« Je salue l’honnêteté du parquet », répondra l’avocat lyonnais). » Il prend la peine et le temps toutefois de lire les réponses du prévenu lors de ses auditions, car on y retrouve les réponses de provocation qu’on entend aussi parfois en audience : « Vous avez des témoins mais pas d’ADN, trouvez de l’ADN et je dirai que c’est moi. » Le parquet voit des relaxes sur plusieurs vols, mais en retient deux, et un incendie et le vol de 370 euros d’essence en station-service. Il requiert 12 mois de prison, la révocation du sursis qui lui reste, et son maintien en détention.

Son avocat ne retient qu’un seul vol

L’avocat ne retient qu’un des véhicules : un utilitaire sérigraphié en gros au nom de l’artisan à qui il appartenait, « chaudronnerie du Révermont » volé à Dommartin le 3 septembre. Un témoin y a vu un homme endormi, il l’a décrit, et l’identifie formellement sur un tapissage de photos. Deux jours plus tard, à Maynal, son conducteur est surpris en train d’essayer de voler du carburant sur une propriété agricole. Le propriétaire et ses deux enfants le mettent en fuite, mais le reconnaissent sur tapissage également. L’utilitaire est détruit par le feu ce même jour, à Cevansey.

« Les gendarmes et les gitans, c’est comme Guignol et Gnafron, c’est comme ça »

4 condamnations à son casier (« C’est pas grand-chose, il a 34 ans », plaide maître Revellin), une compagne avec laquelle il dit qu’il aura « une grosse discussion » quand il le pourra (laquelle pleure gros pendant le délibéré car elle ne comprend pas son attitude vis-à-vis d’elle, en dépit du soutien de sa mère qui lui rappelle que ce sont « sûrement les gendarmes qui lui ont dit n’importe quoi pour l’embêter », « les gendarmes et les gitans, c’est comme Guignol et Gnafron, c’est comme ça » disait l’avocat des gitans comme on l’appelle), 2 enfants de 10 et 14 ans qui sont là et voudraient bien embrasser leur père (« on n’a pas pu le voir encore »), il faisait « un peu de ferraille » à sa sortie de prison pour arrondir le mois.

« Est-ce qu’ils pourraient embrasser leur père ? »  

Le tribunal prononce des relaxes, et condamne N. B. pour le vol de l’utilitaire et sa destruction à 6 mois de prison, il décerne mandat de dépôt. Les deux enfants se tiennent calmes, les mains dans les poches de leurs blousons, pas loin du box où l’on menotte à nouveau leur père. Deux hommes de l’ARPEJ le font sortir, un troisième attend que la greffière lui passe des papiers pour le centre pénitentiaire. La mère des petits s’avance, se penche pour parler dans l’ouverture en bas de la vitre : « Excusez-moi, est-ce qu’ils pourraient embrasser leur père ? – Trop tard, il est parti. »

Florence Saint-Arroman

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