Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - A Epervans, sur fond d'embrouilles et de vols

A Epervans, une poignée d’habitants semble carburer selon un mode d’embrouilles relationnelles et diverses, à quoi la vie est ramenée. C’est la seule conclusion qu’on tire de l’audience de comparution immédiate de ce jeudi 13 décembre au cours de laquelle Y. F. a maintenu son innocence, « ben oui » : ce n’est pas lui qui a mis le feu aux meubles de jardin de monsieur X, ni tenter de mettre le feu à des branchages chez monsieur W, ni fait flamber le camion de madame Z., dans la nuit du 8 septembre 2017, « ben non ».

Le prévenu a 38 ans, trois enfants d’une union qui a pris fin en 2015. Il boit trop et ne bosse plus, sa femme a jeté l’éponge. Il connaît bien monsieur W, « depuis nos 10 ou 12 ans », « mais c’est un alcoolique, pire que moi, un vrai mytho ». Pourtant il se rend encore à son domicile, leurs embrouilles ne les empêche pas de se voir, d’autant que ses parents à lui ne veulent personne à leur domicile alors que chez monsieur W, « ben c’est le squat pour les drogués et les alcooliques ».

Un timing miraculeux

Le « mytho » a dit avoir formellement reconnu Y. F. cette nuit-là. Tout commence à minuit et quart, quand l’alarme de son téléphone dûment programmée le réveille. Il se lève, passe voir son frère et sa mère qui regardent la télé, puis va chercher une lampe torche et passe dans le jardin. Dans le faisceau, Y. F. en train d’essayer de mettre le feu à des branchages entassés dans un baril. Y.F. vêtu d’un sweat et d’une casquette dont la description ne correspond à aucun de ses vêtements, dit-il, et qu’on n’a pas retrouvés.
Puis le témoin raconte comment, « titubant » (l’enquête a établi qu’il avait beaucoup bu ce jour-là, « ben oui ») le prévenu se serait enfui en passant par-dessus la haie. Dans le jardin de monsieur X, avec lequel le prévenu n’a aucune relation, on retrouve un briquet portant son ADN. « J’ai pu le laisser par là-bas, dans la cour des W. Dans ce coin j’y passe tout le temps pour rentrer chez moi, je coupe par la voie verte, c’est plus rapide. » N’importe quel fumeur sait à quel point en effet les briquets circulent, mais enfin, c’est l’élément numéro 2 à charge.

 

Côté expert psychiatre, rien à signaler

Pour le camion de madame Z, pas d’élément, mais Charles Prost, substitut du procureur, convaincu de la culpabilité de cet homme aux cheveux aussi bruns que son teint est d’endive, explique que le champ sur lequel le camion stationnait « est sur son trajet de retour ». Il requiert 9 mois de prison. Côté expert psychiatre, rien à signaler, tout baigne, si ce n’est que le prévenu peut être « impulsif ». Il fut condamné 4 fois, pour usage de stups, « défaut de permis de conduire en 2010 » (« Ben oui, c’est normal je n’avais pas passé mon permis, je l’ai depuis 4 ans ») et conduite sous l’empire de l’alcool (deux fois), puis vol de métaux. C’est la peine qu’il purge en ce moment, on l’a extrait du centre pénitentiaire pour ce jugement, sa sortie est prévue le 11 janvier prochain.

 

Il assassine son ex de sms injurieux. « Ben oui »

A part ça, il a déjà été accusé par monsieur Y. d’avoir mis le feu à sa porte. C’était il y a 6 ans, il a dû prouver que ce n’était pas lui. Et puis il dit que récemment on lui a volé « beaucoup de choses » dans sa voiture. Il n’a pas porté plainte, « ben non, elle était pas assurée ! et puis, aller contre les gens du voyage... ». Les points de suspension en disent la difficulté dans un contexte où ce qui semble occuper tout le monde c’est de tourner en circuit fermé dans un maximum d’histoires émaillées de délits divers et variés. La journée précédant les faits, son ex-compagne, estimant qu’il avait beaucoup trop bu, était venu récupérer leur fille, la plus jeune, avant la nuit qu’elle aurait dû passer chez son père. Dans la foulée le père assassine son ex de messages injurieux. « Ben oui, parce qu’elle m’avait enlevé la petite. » Tant d’évidence confond.

Il se dit innocent, il est déclaré coupable

 

Le tribunal reconnaît Y. F. coupable et ça devrait drôlement le contrarier, mais non. Il est condamné à 12 mois de prison intégralement assortis d’un sursis mis à l’épreuve. Pour les magistrats, cela signifie qu’il risque l’incarcération s’il déroge à ses obligations (soins en addictologie, indemniser madame Z de 500 euros, ne commettre aucune nouvelle infraction). Pour lui, cela signifie qu’il ne restera pas en prison au-delà du 11 janvier, c’est un sacré soulagement. Non seulement il ne hurle pas à l’erreur judiciaire, mais il se montre infiniment raisonnable en saluant le tribunal : « Bon ben, à une prochaine ! »

 

Florence Saint-Arroman

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