Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Des Gilets Jaunes âgés de 21 et 38 ans étaient jugés pour délit d'entrave

« C’est particulier de vous retrouver devant un tribunal pour ces faits-là, alors que vous n’avez pas de casier » Ils ont entre 21 et 38 ans, deux hommes et deux femmes. Ils comparaissent sur convocation dans le cadre de l’audience de comparution immédiate de ce jeudi 7 février pour avoir, dans la nuit du 12 au 13 décembre dernier, empêché des camions de circuler. Délit d’entrave : le tribunal passe alors de 3 juges à un juge unique.

Le 12 décembre en soirée, expose la présidente Clara Verger, une vingtaine de « gilets jaunes » s’est installée sur la chaussée du rond-point de Saint-Rémy. Rapidement 200 camions sont immobilisés et cela génère 2 kilomètres de bouchon, car au début la voie de droite restait libre, mais la manœuvre « hasardeuse » d’un bus l’a elle aussi obturée. Les forces de l’ordre relèvent « une attitude résistante » des manifestants. Si des véhicules d’urgence arrivent, ils seraient eux aussi coincés et les gens n’obtempèrent pas à la sommation. On déploie alors un très important dispositif de police et de gendarmes. Dix personnes sont interpellées, cinq d’entre elles sont placées en garde à vue, en voici quatre à la barre. « On peut comprendre des revendications, mais là, ça aurait pu avoir des conséquences dramatiques, on était dans une situation qui aurait pu très vite dégénérer. »

« On n’est pas resté toujours devant les camions. La gendarmerie est venue nous voir, et nous a dit que si une voie circulait, c’était bon. » Lui, il avait un couteau à cran d’arrêt sur lui, un couteau qui fait lampe aussi. « Votre but, c’était quoi ? lui demande la présidente. – Notre but, c’était pas de bloquer. » Les deux femmes sont sœurs. La plus jeune : « Je suis arrivée vers 21 heures, je suis restée sur le terre-plein central. A mon sens une des voies circulait, mais tout était si confus et désordonné. » La présidente dit de la plus âgée qu’on l’a peut-être « confondue avec sa sœur ». Dernier prévenu : « J’ai participé à bloquer les camions, mais après ça s’est embrouillé, et y a un bus qui a tout bloqué. – Certains routiers se sont énervés, vous êtes retourné sur le terre-plein. Vous êtes un suiveur, et vous étiez prêt à partir mais vous êtes resté pour le contrôle, poursuit la juge. »

Les plaidoiries de maître Grenier-Guignard et maître Girardot disent elles aussi que les meneurs s’étaient carapatés, et étaient restés pour se soumettre aux contrôles ceux qui couraient moins vite, ou consentaient à s’y soumettre. La première avocate plaide une relaxe pour la plus âgée des deux sœurs, constate que la plus jeune a « honnêtement reconnu » s’être assise à un moment donné devant un camion. Elle demande au tribunal de tenir compte de « l’aspect infâmant de la garde à vue de 48 heures ». Maître Girardot lui emboîte le pas pour l’un des deux hommes : « Vous devez tenir compte de l’épreuve que fut cette procédure, pour arriver devant vous, en juge unique. »

« C’est particulier de vous retrouver devant un tribunal pour ces faits-là, alors que vous n’avez pas de casier », dit la présidente aux prévenus. « C’est le contexte qui justifie ces suites, répond Christel Benedetti, substitut du procureur. Vous avez participé à ce moment-là, et vous saviez tous y être pour gêner la circulation. Je me dois de vous le rappeler au nom des libertés fondamentales, et pour des questions de sécurité d’ordre public, outre les conséquences économiques éventuelles. »

Le tribunal prononce une dispense de peine pour la sœur la plus âgée, condamne la plus jeune et un des hommes à des stages de citoyenneté à leurs frais, et condamne le jeune homme, le seul à avoir une mention à son casier, à 70 heures de travail d’intérêt général (1 mois de prison si non exécution).

Florence Saint-Arroman

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