Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Entre coups de lattes et baisers...

« Des coups de latte, un baiser, des coups de latte, un baiser », chantait Bashung, mais là, y a eu trop de coups de lattes alors il va partir en prison, elle en est dévastée. Le visage rougi, elle cherche son regard. Il lui envoie du box, un baiser, son visage n’est alors que douceur, et pourtant.

Pourtant il est jugé ce jeudi 7 février selon la procédure de comparution immédiate pour « violences habituelles » sur la femme avec qui il faisait couple depuis l’été 2018. La prévention commence dès septembre, et prend fin le 5 février dernier, quand la police met un coup d’arrêt. Il y eut des mains courantes, comme en janvier dernier : les deux portaient des traces de coups au visage, mais ils n’ont pas voulu des pompiers, ni poser plainte. Elle voulait seulement qu’il retourne au foyer. O. est afghan, il est né en 1990 à Kaboul. Il dit qu’il fut chauffeur pour l’armée américaine, et policier mais qu’un jour une bombe l’a blessé, et qu’il a fui, passant par le Pakistan puis l’Iran. Un passeur le dépose, il échoue à Chalon-sur-Saône il y a 2 ans ½ et demande l’asile. Il instruit en ce moment un appel. Il est donc hébergé au foyer Adoma mais avait fait du domicile de sa chérie, son camp de base.

Des coups de latte, des baisers : après chaque scène, elle le renvoie vers son foyer ou c’est lui qui prend la tangente. Mais il revient vite, il demande « pardon », il supplie, et elle, « elle craque dès qu’elle voit son visage à la porte ». L’instruction - alourdie par la nécessité d’un interprétariat - de la présidente Clara Verger, fait émerger le portrait d’un homme très jaloux, intrusif, méfiant, qui voulait tout contrôler, y compris la présence de madame sur son lieu de travail, le contenu de son téléphone, son activité sur les réseaux sociaux, etc. A l’audience il s’en défend, disant « je voulais la protéger du mal, qu’elle arrête de se droguer ». Il dit aussi qu’elle se faisait agresser par ses relations de toxicomanie.

« Elle voulait faire sa vie avec vous, elle voulait même un enfant avec vous, alors pourquoi dirait-elle des choses aussi graves ? » La victime reconnaît une relation « passionnelle et fusionnelle », ne se constitue pas partie civile, ne veut pas qu’il aille en prison, veut seulement être à nouveau « tranquille », et se remettre. En septembre dernier, il a, un soir, abîmé 3 voitures, soit en brisant des vitres avec le poing, soit en les rayant, avec un couteau. Il reconnaît, il était « énervé ». Ce jour là il avait sur lui un peu de cannabis et une substance « blanchâtre » non identifiée.

Ce mardi après-midi, les policiers ont trouvé la femme au sol : elle avait pris un tel coup sur l’oreille que ça l’avait sonnée. Il avait commencé à la harceler dans la nuit, pour savoir où elle était. Devant la mitraille elle cède et le rejoint au foyer, il l’insulte. Au matin elle reçoit un appel et ça repart. Comme il avait pris le pli de lui bousiller des affaires, ce jour-là elle lui prend son ordinateur pour l’embêter et rentre chez elle. Il débarque en début d’après-midi, l’ordinateur voltige jusqu’au rez-de-chaussée, il lui colle des claques dont celle qui l’assomme quasiment, elle tombe, la police arrive, game over. Enfin, « game over », façon de dire, car à l’audience : « je ne sais pas pourquoi elle était par terre », « je l’aime, je l’aimais et je l’aime », « elle est tout pour moi, elle est ma famille, elle est mon pays ». Il dit qu’elle lui mettait la pression quant à sa situation administrative pas encore assurée en France. Des coups de latte, un baiser.

La substitut du procureur requiert 15 mois de prison ferme et un mandat de dépôt, une ITF* de 2 ans également. La victime se tend. « Elle fut sa meilleure avocate, plaide maître Guignard, et pourquoi ? Parce qu’elle le comprend. On sent au fond de lui une violence rentrée. Pourquoi casser des vitres de voitures à coups de poing ? C’est un homme qui a quelque chose à régler, on ne peut le laisser comme ça. De grâce, n’attendons pas que ce comportement perdure. Je plaide un sursis mis à l’épreuve, il faut le contraindre à se faire soigner. » Le prévenu demande pardon.

Le tribunal le condamne à 12 mois de prison, dont 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Obligation de soins, interdiction de se présenter au domicile de la victime, interdiction de porter une arme pendant 5 ans. Le tribunal décerne mandat de dépôt, la victime semble souffrir beaucoup, elle est sous tension, comme déchirée par sa propre contradiction. Le prisonnier se lève, pose furtivement sa main sur sa bouche, lui envoie un baiser, avec une gueule d’ange, celle-là même qui a dû la faire « craquer, à chaque fois ».

Florence Saint-Arroman

Les propriétaires des véhicules dégradés seront indemnisés de sommes allant de 290 à 440 euros.

*ITF : interdiction du territoire français

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