Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Alcool, violence et agression sexuelle sur conjoint

Le tribunal le déclare « coupable ». De tout. De la violence aggravée (sur conjoint et en état d’ivresse), de l’agression sexuelle sur conjoint, et d’avoir cassé son téléphone. Coupable. C’est pas faute pourtant, d’avoir à chaque renvoi (il y en eut 2) et pendant l’audience de ce jeudi 28 février, tenté de discréditer la victime, essayé de la disqualifier, aux yeux du tribunal mais aussi à ses propres yeux à elle. Leur relation était vraiment mal barrée.

« Au début, il était gentil »

La vice-procureur Aline Saenz-Cobo se réjouit donc que la justice ait pu intervenir rapidement. Cela faisait 6 semaines qu’ils sortaient ensemble et à peu près autant qu’ils vivaient ensemble. Si rapidement ? Un des juges assesseurs s’en étonne… « Je m’étais fracturé le pied, explique la victime. Il est venu me chercher à l’hôpital et du coup je suis allée chez lui. Il était aux petits soins, il s’occupait de moi, il était gentil au début, c’est ensuite que… » La suite se perd dans un gémissement. « La suite » ce sont les faits tels que la présidente Pertuisot les expose.

Elle avait appelé la police la veille, il le lui a fait payer

« Le 6 janvier dernier vers 18 heures la police est appelée pour intervenir dans la rue de votre domicile, monsieur. Un témoin qui promenait son chien a entendu appeler au-secours, d’un balcon du 7ème étage. C’est une femme, elle crie aussi qu’elle est prisonnière. » Les pompiers arrivent un poil avant la police : le prévenu les avait déjà appelés, « en leur disant que j’étais folle », témoigne la victime. C’est d’ailleurs ce qu’il dit aux policiers, d’emblée : elle est alcoolisée et elle est folle. Elle dit qu’il l’oblige à des fellations et à des sodomies. La veille, la police était déjà venue, pour des échanges de coups : c’est elle qui avait appelé au-secours, et visiblement le lendemain il a voulu le lui faire payer. Le certificat médical relève les hématomes et une dent fêlée.

L’alcool désinhibe, on lâche les chiens

Lui, il a presque 2 grammes d’alcool par litre de sang, ce 6 janvier 2019. « Il serait curieux et peut-être même effrayant de faire le relevé des crimes dont l’alcoolisme est la première cause », pouvait-on lire dans la Gazette des tribunaux, le 9 janvier 1895. L’alcoolisme et la jalousie : doublette gagnante. L’alcool désinhibe, on lâche les chiens. La vice-procureur insiste sur la dégradation du téléphone : « ça paraît être un point secondaire et pourtant c’est grave, ce n’est pas anodin ». Il était occupé à supprimer des contacts masculins du répertoire de sa chérie et à se monter le bourrichon sur ses comptes de réseaux sociaux.

Il pose un regard impavide sur le tribunal, sur la victime

L’expertise psychiatrique - obligatoire vu la prévention d’agression sexuelle-, ne dit pas mieux : l’alcoolisation massive (1.5 litre de whisky, quotidiennement, à partir de 14 heures) « entraîne des troubles du comportement » aggravés par l’impulsivité de monsieur, qui, du haut de ses 33 ans compte 5 condamnations dont 2 pour conduite sous l’empire de l’alcool, et 2 pour violences, y compris sur une ex-compagne. Pourtant du box il ne montre qu’une face contrôlée, presque dominatrice, cependant. Il pose un regard impavide sur le tribunal, sur la victime, spectateur d’un show dont il ne reconnaît presque rien : une gifle, et le téléphone. « Je ne l’ai jamais contrainte à faire quoi que ce soit. Après, si elle raconte n’importe quoi, c’est pas de ma faute. »

« Je voyais un voile blanc, je titubais, j’arrivais plus à marcher »

La jeune femme mime comment « il m’a asphyxiée » pour la contraindre, elle mime une clé de bras, « et quand je me suis dégagée, il a dit ‘si je peux même pas te faire de câlin, alors… ‘ » D’une voix chevrotante elle raconte les coups qui ont suivi, qui l’ont « séchée », « je voyais un voile blanc, je titubais, j’arrivais plus à marcher. » Ce jour-là, ses parents à lui étaient venu manger la galette, et boire un coup. Après leur départ, il a tout bouclé : « tu sais que j’aime pas les flics, je vais te faire la misère, ton téléphone ne t’appartient plus. » Elle pleure. « Au début il était gentil. » La présidente montre les photos des bleus, y compris sur son visage, aux juges assesseurs.

« Il n’a aucune prise de conscience »

Maître Bourg reprend les éléments qui accablent le prévenu et demande un renvoi sur intérêt civil pour la victime. « Elle voit un psychologue, elle a un traitement d’anti-dépresseur, elle n’est pas remise de ce qu’elle a vécu. » « Il n’a aucun remord, mais surtout aucune prise de conscience. Il n’est pas même pas capable de reconnaître que donner des coups, ça n’est pas normal. Sur l’agression sexuelle, c’est la parole de l’un contre la parole de l’autre, mais la victime est venue expliquer comment ça s’est passé, et cette jeune femme reconnaît sa part au sens où elle a tendance à boire aussi, au sens où la veille il y avait eu un échange de coups », la vice-procureur requiert 1 an de prison et la révocation de la moitié d’un sursis antérieur, et le maintien en détention.

11 mois ferme

Maître Bouflija présente les éléments au soutien des intérêts de son client, plaide une relaxe pour l’agression sexuelle mais les jeux sont faits car l’attitude du prévenu n’a ouvert aucune perspective, rien, et son mépris affiché pour la victime, pire encore. Le tribunal le condamne à 12 mois de prison dont 4 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans (soins psychologiques et en addicto, indemniser la victime, interdiction de tout contact avec elle), ordonne son maintien en détention, et prononce de surcroît son incarcération immédiate en révoquant 1 mois de sursis de 2018, et deux mois de sursis de 2014. Onze mois ferme.

Florence Saint-Arroman

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