Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Retour à la case prison pour des faits de violences commis en prison

Trois hommes de l’ARPEJ* se tiennent dans la salle d’audience des comparutions immédiates ce 14 mars. Ils escortent un vieillard en fauteuil roulant qui semble déserté par lui-même. On peut donc être incarcéré même dans cet état-là ?

L’homme est maigre, vêtu d’un sweat couleur mastic et d’un pantalon délavé et chaussé de beige. Des chaussons, peut-être. Son nez busqué encadré de cernes bistres souligne des yeux sans regard, deux tâches claires fixes et atone. Des cheveux fins et filasses vont s’échouer sur sa nuque, seule sa mâchoire en retrait semble douée de vie grâce aux tremblements incessants du menton qui donnent l’impression qu’il mâchonne à perpétuité. Qu’il mâchonne quoi ? Ce qui l’a expédié en prison et qui fut suffisamment grave pour qu’il y soit encore ? Un crime, au moins. Cet homme a connu les Assises on le jurerait mais on n’en saura rien car il a été extrait du centre pénitentiaire en tant que victime.

Une autre escorte entre dans le box, avec un prévenu au regard bas. Il répondra « oui madame, non madame » à la présidente, son débit de parole est lent et sa voix légèrement pâteuse, il semble sédaté. En réalité il a un traitement médicamenteux extrêmement lourd. Il a 24 ans, et le 23 novembre 2018, alors qu’il était incarcéré il a commis des « violences aggravées par deux circonstances » sur son codétenu (ITT inférieure à 8 jours). L’une des circonstances aggravantes pourrait être l’état général de la victime qui à aucun moment ne manifeste quoi que ce soit, même pas la conscience d’être devant un tribunal. Le vieux n’a qu’un bras visible tenu immobile contre le flanc, et rien ne dit s’il est valide ou pas. Cet homme est plutôt grand, le prévenu est plutôt râblé : on va juger un malade et reconnaître comme victime un ancien criminel.

On ne va pas juger aujourd'hui : l’avocate du prévenu est requise aux Assises, un confrère demande le renvoi pour elle. En partie civile, maître Varlet le demande également : ils seront deux avocats à parler pour la victime, et le second ne peut être présent ce jour. Dans ces conditions, que faire du prévenu ? Le remettre en liberté sous contrôle judiciaire ou le maintenir en détention ? Ce jeune homme est poursuivi également pour violence et outrages envers des surveillants pénitentiaires, le 24 novembre. Il est détenu depuis le 21 juin dernier pour des faits d’extorsion, il fut condamné 4 fois déjà, dont 3 pour des violences sur personne chargée de mission de service public. « Comment vous expliquez ça ? lui demande la présidente Caporali. – C’est par rapport à mon passé, madame. »

« Personnalité psychotique », a écrit l’expert psychiatre, stabilisée par les médicaments. Ses troubles étaient aggravés par le cannabis consommé y compris en prison, mais il dit avoir arrêté avec ça car un mois passé à l’UHSA* de Lyon « m’a permis de trouver un traitement adapté pour moi ». Après les faits il fut donc admis dans cette unité de soins dédiée aux prisonniers atteints de troubles mentaux puis il revient à Varennes-le-Grand, bien « calmé ». Un traitement à base de Valium, de Tercian, d’Imovan et autre, et une injection retard toutes les trois semaines. Un traitement enfin adapté, dit le jeune homme, le traitement « d’avant » ne l’était pas. Il a quitté l’école en 4e, il n’a jamais travaillé, il a très peu de relations avec sa famille, il fut victime de violences intrafamiliales, « notamment de votre père », expose la présidente. « Oui. Oui madame. »

Le parquet requiert son maintien en détention : « situation extrêmement précaire », « situation sanitaire avec dangerosité patente s’il ne prenait pas son traitement ». Maître Bourg qui substitue maître Lépine explique qu’il peut retrouver une place dans le centre d’hébergement qui était le sien à Dijon, quitte à passer par le 115 pendant quelques jours, et insiste : « il a toujours pris son traitement, c’est juste que celui-ci n’était pas adapté. »

Le jeune homme est maintenu en prison pour éviter le renouvellement des faits (qui se sont pourtant passés en prison, remarque avec une pointe de sel un confrère), il sera jugé à la fin du mois. Le vieux en fauteuil roulant à l’allure spectrale repart comme il est venu, sous escorte pénitentiaire, dans une cellule qu’il ne partage plus avec le prévenu psychotique.

Florence Saint-Arroman

ARPEJ : agents pénitentiaires chargés des extractions judiciaires, ils escortent les prévenus lorsque ceux-ci sont déjà incarcérés, soit pour autre cause, soit en détention provisoire

UHSA : Unité hospitalière spécialement aménagée http://penitentiaire.org/101-uhsa

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