Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Agés de 18 et 20 ans, ils terrorisaient tout un territoire en Bresse

« Quand j’ai vu mon mari en sang, j’ai pensé qu’on n’allait pas s’en sortir et j’ai dit à ma fille de 13 ans de prendre le téléphone et de vite appeler les gendarmes. » Les agresseurs ont alors filé comme des lapins. Les agresseurs sont deux frères âgés de 18 et 20 ans, et parfois « ça les prend » de faire irruption chez d’autres, d’aller se battre, insulter et menacer de mort. Ça les prend tant et si bien que la maire du village de Simandre où ils vivent s’est dite « dépassée » par la situation, « ils font régner un climat de terreur, les gens se cloîtrent chez eux ».

C’est bien le cas d’un couple de voisins dont la maison est proche du domicile familial : Clément (le plus jeune) et Julien vivent chez leurs parents. Ce couple a mis sa maison en vente. La femme en était venue à différer l’heure de son coucher « au cas où » ça serait « une soirée » des frangins. Ce détail indique un niveau de stress élevé. Elle est sur le banc des parties civiles à cette audience de comparution immédiate ce lundi 1er avril : le 16 février dernier, vers 22 heures, ils ont débarqué chez elle comme ils avaient coutume de faire, ont donné des coups dans les volets fermés, annonçant vouloir « saigner » son compagnon, lequel est allé se mettre à l’abri avec leur enfant de 10 ans. Elle est restée, malgré les menaces contre elle aussi : « à chaque fois leurs parents venaient les récupérer », il est d’ailleurs arrivé qu’ils prennent des corrections à leur tour. Pourquoi venaient-ils les agresser ? Casser des volets, la porte ? Personne ne le sait, ni d’un côté, ni de l’autre.

Violence gratuite, rien à comprendre ?

Ils sont particuliers, ces garçons. On les verrait bien en personnages d’un film des frères Coen, à s’imaginer préparer des choses élaborées (à leur façon), à se monter le bourrichon que « ouais-ouais il – n’importe qui – va nous le payer », à picoler jusqu’à l’ivresse et puis à débarquer comme des dingues, exactement comme ils l’ont fait également le 16 février dernier vers 20 heures à Saint-Etienne en Bresse. Ils ont forcé l’entrée de la maison, sont montés dans la chambre des enfants, ils gueulaient « t’as balancé mon oncle ! ». Quel oncle ? Nul ne sait*, c’est tout le charme de ce dossier. Enfin, si l’on peut dire, parce que du côté des victimes ce fut infernal, et grave. Sur le plan de la violence on tire côté Tarantino avec cet aspect insupportablement gratuit que le parquet n’a pas manqué de relever. Le couple refoule les frères lesquels empêchent la porte de se refermer. Les enfants du couple hurlaient de frayeur, aussi le père prend des couteaux et essaie de faire reculer suffisamment les garçons pour enfin refermer cette fichue porte, mais une manœuvre involontaire coince son avant-bras une fraction de seconde. Il lâche l’arme. Les frères s’en saisissent et frappent à l’aveugle par l’entrebâillement. Résultat : plaie de 11 cm sur le crâne du père, plaie à la fesse de la mère. Du sang, partout. Choc, peur, anxiété : pourquoi ?

« Ils n’imaginent sans doute pas qu’en terrorisant un territoire, ils puissent en être exclus »

On ne le saura pas. L’expertise psychiatrique diligentée lors du renvoi (lire ici : http://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2019/02/22/42423/tribunal-de-chalon-deux-frangins-avaient-attaque-a-coups-de-couteau-plusieurs-personnes/) est si courte : « troubles de l’attention », « impulsivité », « prise de toxiques qui majorent le tout », et des antécédents judiciaires. Autrement dit : tout ce qui avait justement motivé la demande d’une expertise. Aucune altération du discernement. Peut-être celui-ci leur fait-il tout bonnement défaut ? « Vous attendez d’eux quelque chose qu’ils ne sont pas capables de vous apporter », plaide maître Gemma. Maître Diry porte les positions des victimes (le couple et leurs enfants, et la voisine) : l’effraction par la violence dans leurs intimités a des conséquences sérieuses et réelles sur leurs états de santé physique et psychique. « Ils sont terrorisés. » Aussi l’avocat préconise une mesure d’éloignement, « les prévenus n’imaginent sans doute pas qu’en terrorisant un territoire, ils puissent en être exclus ». La représentante du ministère public va requérir l’interdiction de paraître en Saône-et-Loire pendant 3 ans : « J’ai bien conscience qu’ils sont jeunes et vivent chez leurs parents mais on arrive à un stade où la protection de la société passe avant le CDI de Clément (homme à tout faire sur un domaine, ndla). Leur famille n’arrive pas à les contenir. »

« J’ai vite appris à ne pas poser de questions quand ils sont en colère »

Leurs petites amies ne les contiennent pas non plus et du reste n’essaient même pas, car « je sais que quand ils sont dans cet état, il ne faut pas s’en mêler » a témoigné l’une d’elles. Elle sortait depuis deux semaines avec Clément, « j’ai vite appris à ne pas poser de questions quand ils sont en colère » … L’alcool, le cannabis. Julien dit qu’il buvait tous les jours. « Quelle quantité ? – Je ne sais pas, j’étais soul tous les jours. » Leurs parents n’achetaient plus d’alcool mais les gamins pochetronnaient quand même. Avec un tel régime il n’est pas étonnant qu’ils aient des casiers. Le plus âgé était d’ailleurs sorti de prison mi-janvier dernier, le plus jeune purge en ce moment une peine de 7 mois ferme. Ça n’a pas l’air de les bousculer plus que ça, rien ne semble les bousculer d’ailleurs. Un juge assesseur s’en soucie : « Vous ne ressentez aucun malaise à savoir ce que vous avez fait vivre aux victimes ? – J’étais alcoolisé, je me rappelle pas de tout. – Je ne vous parle pas de ça, monsieur, je vous parle des émotions des autres. – Si, un petit peu, quand même. »
Pas de prise de conscience. Et si la représentante du ministère public a dit espérer jusqu’au bout que l’audience finisse par compter, « ils auront la parole en dernier, peut-être que… », Julien lui fera la démonstration du contraire.

Des peines de 30 et 22 mois de prison ferme et interdiction du département

Le tribunal condamne Julien (en état de récidive légale pour les dégradations et les violences) à 36 mois de prison dont 12 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans avec obligation de soins, alcool, cannabis, impulsivité ; travailler ; indemniser les victimes. Interdiction de tout contact avec les victimes, leurs conjoints et leurs enfants. Le tribunal révoque en outre 6 mois du SME antérieur. 30 mois ferme en tout. Clément, lui, est condamné à 30 mois de prison dont 8 mois sont assortis d’un SME de 2 ans, même obligations et interdictions que son frère. Le tribunal prononce pour les deux, deux peines complémentaires : interdiction de porter une arme pendant 3 ans, et interdiction de séjourner en Saône-et-Loire pendant 2 ans. « Interdiction de contact, cela signifie que si vous croisez une des victimes en dehors du département, vous devez changer de trottoir. – C’est à moi de changer d’trottoir, en plus ! »

Florence Saint-Arroman

Renvoi sur intérêt civil en juin prochain pour les victimes.

*Les enquêteurs de la gendarmerie ont creusé cette question, n’ont rien trouvé.

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche