Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Elle appelle la police pour violences de son conjoint mais se retourne contre les policiers à leur arrivée

Le dimanche 31 mars dernier, après 20 heures, une jeune femme appelle la police à son secours : elle se trouve en centre-ville à Chalon-sur-Saône, elle est victime de violences de la part de son conjoint. Ni une ni deux, un équipage fonce et intervient. Les policiers interpellent l’agresseur désigné, la jeune femme se retournent contre eux : « espèces de sales fils de pute, laissez mon mec tranquille », crachats à l’avenant. Faudrait savoir ce qu’elle veut.

Elle est comme une seiche

Eh bien cette très jeune femme, née en 97, qui vit habituellement à Digoin mais que son copain hébergeait chez lui parce qu’elle avait trouvé à travailler sur Chalon, ne sait pas réellement ce qu’elle veut, et ne sait pas ce qu’elle dit. Le tribunal, réunit en chambre des comparutions immédiates ce jeudi 4 avril, en est ralenti dans sa marche. « Donc vous mentez tout le temps ? » La présidente Sordel-Lothe essaie d’y voir clair, ses assesseurs viennent à la rescousse, mais la gosse est comme une seiche : toute demande de précision claire provoque un jet d’encre.

Lui, il « récuse »

Elle comparaît libre pour « outrages, violences et rébellion », son copain, ou ex-copain, on ne saura pas, fut placé en détention provisoire. Elle n’a pas de casier, il en a un, essentiellement pour des faits liés aux stupéfiants, il comparaît pour rébellion mais « je récuse », dit-il. Il s’exprime avec grand soin, à la limite de l’obséquiosité. « La police m’a tendu un guet-apens. » Il estime qu’une caméra de surveillance placée dans sa rue, aux abords d’une école, ferait toute la lumière sur son grand calme au moment de l’interpellation, du coup il demande un délai pour préparer sa défense. Il a renoncé à ce droit en début d’audience, il est trop tard. Et puis il fut interpellé chez lui, en fait. Il est né en 1985.

« Elle a pu avoir peur de perdre son bébé »

« Je récuse totalement les deux faits, la rébellion et les violences contre mademoiselle. » La demoiselle en question avait des ecchymoses sur le visage, elle dit finalement qu’elle s’est fait ça « toute seule ». Elle est enceinte (de lui), elle dit qu’elle n’a pas encore vu de médecin, pourtant en garde à vue elle perdait du sang, « elle a pu avoir peur de perdre son bébé » explique maître Leray Saint-Arroman. L’avocate estime que le médecin n’a pas été très regardant : « Zéro jour d’ITT, avec ses hématomes et contusions, avec la douleur abdominale (un coup de poing dans le ventre dont la prévenue dit que c’est un policier qui lui a mis en lui demandant de se taire enfin, ndla), avec les pertes de sang alors qu’elle est enceinte ?… C’est douteux et c’est moyen. »

« Vos réponses à la barre sont tout le contraire de ce qu’il y a dans le dossier »

La fille dit à la barre qu’elle ne sait plus pourquoi elle a appelé la police au secours. Le gars dans le box dénonce des « irrégularités » puisqu’on ne lui a pas servi de « plat chaud sans viande » pendant la nuit en garde à vue, et parce que « on ne m’a pas donné mon traitement pendant 24 heures ». Il prend du Subutex. En garde à vue, la fille a dit « il me tape mais c’est moi qui le cherche ». Devant la juge de la liberté et des détentions, elle dit consommer 1 gramme par jour d’héroïne. Devant le tribunal, ah non elle ne se drogue pas. « Vos réponses à la barre sont tout le contraire de ce qu’il y a dans le dossier. » Une juge assesseur lui rappelle qu’on encourt 5 ans de prison et une grosse amende pour dénonciation calomnieuse. En est-elle consciente ? Elle dit que oui mais on en doute.

« Au-delà de toute logique »

« Pour vous les policiers représentent quoi ? » La jeune femme dit « euh… » puis « je ne sais pas ». Elle dit vrai, pour cette fois. Maître Bibard intervient pour les 5 policiers impliqués et qui se constituent parties civiles : « De qui se moque-t-on ? Ce soir-là on s’est moqué des fonctionnaires de police. Ils sont venus au secours de celle-ci, et elle leur a craché dessus ? Le crachat, c’est l’humiliation. » Christel Benedetti, substitut du procureur, reprend la contradiction : « Au-delà de toute logique, vous êtes saisis de faits de violence à l’encontre les forces de l’ordre, alors même qu’elles intervenaient pour des violences. » Maître Leray Saint-Arroman s’étonne qu’un seul avocat soit commis pour les deux prévenus alors qu’on a de bonnes raisons de penser que l’une fut victime de l’autre. Elle estime également que les faits qu’on leur reproche ne sont pas clairement établis, que le contexte reste « flou » et les PV « imprécis ». L’avocate rappelle la personnalité « perturbante » de la prévenue, qui « a demandé à être menottée (lors d’une présentation, ndla) parce qu’elle ne sait pas se contrôler. Et là, elle est calme. »

Interdiction de contact entre les deux

Le tribunal suit, à peu de choses près, les réquisitions. Il condamne monsieur à 6 mois de prison dont 3 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Il ne décerne pas de mandat de dépôt. Obligations de travailler, d’indemniser les victimes, interdiction de contact avec la jeune femme, laquelle est condamnée à 6 mois de prison assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, obligation de travailler, de se soigner, d’indemniser les victimes, de faire un stage de citoyenneté. Interdiction de contact avec lui. Avec tout ça, si ça se trouve, il y a un bébé à venir. L’égalité des chances, qu’ils disaient.

Florence Saint-Arroman

L'ex-couple est condamné solidairement à indemniser les 5 policiers à hauteur de 200 euros chacun pour 4 d'entre eux, et de 400 euros pour celui qui a reçu un coup de pied.

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