Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Il avait cambriolé un appartement à Chalon et voler des téléphones .. case prison ferme

Il est né en 98 au Maroc, il vit à Chalon-sur-Saône. « Vous êtes de nationalité marocaine ou française, monsieur ? » Il est de nationalité espagnole. Il a grandi en Espagne, il est arrivé en France en 2015 avec ses parents. L'affaire du père avait fait faillite, la famille a eu des difficultés financières. Maître Pépin l'explique, pour éclairer la vice-procureur qui ne voyait pas bien où était la difficulté dont le jeune homme avait fait état dans son bureau : « Madame vous ne comprenez pas ma vie. Je ne viens pas d'une famille normale ni d'un quartier normal. » 2015 c'est aussi l'année au cours de laquelle il a commencé à se droguer.

 

« Il a fait un choix. Il a choisi la délinquance »

 

Difficultés financières, ça se peut, et comme le souligne son avocate, le jeune homme a travaillé, a eu des contrats en interim, il perçoit 800 euros d'ARE par mois alors qu'il est logé et nourri par ses parents. « 800 euros d'argent de poche, c'est beaucoup ! ». C'est énorme mais c'est insuffisant car ce garçon est, donc, devenu dépendant du cannabis. Plusieurs joints par jour, ça coûte. Les tenues vestimentaires dûment siglées coûtent aussi, au passage. « Société de consommation », rappelle le parquet, pression sociale, c'est vrai. La pression est puissante aussi côté addiction et côté dealer. Le prévenu semble à ce stade sous pression de toutes parts, il sait la mettre aussi. « Lui, ce qu'il veut, c'est de l'argent, mais ce n'est pas la misère qui l'y contraint. Il a fait un choix qu'il n'était pas obligé de faire, il a choisi la délinquance. » Aline Saenz-Cobo, vice-procureur, requiert 2 ans de prison ferme, suivis d'un sursis mis à l'épreuve. Deux ans... Qu'a-t-il fait ?

 

Visage dissimulé, cutter ouvert en main, pour des téléphones

 

Le gamin plonge souvent dans le petit micro qui est à sa disposition, il pique du nez, il baisse les paupières, il aurait honte qu'on n'en serait pas étonné. Il est entré menotté dans le box à l'audience des comparutions immédiates ce lundi 8 avril, pour avoir à Chalon-sur-Saône, sur les mois de février et mars volé dans un appartement en travaux au quartier du Stade (« C'est tes voisins que tu as volés ! Tes voisins ! » lui reprochera la victime) des outils de chantier (carotteuse, visseuse) et un kit vaisselle Tefal complet (et d'autres choses, dit la victime). Pour avoir volé dans une voiture une sacoche et un autoradio, n'avoir conservé que la carte bleue, s'en être servi 4 fois (des petites sommes, pour des cigarettes). Enfin pour avoir, dans la nuit du 24 mars, agressé deux jeunes filles : « je voulais leurs téléphones ». Il rentrait en fin de nuit « au quartier ». Il était en trottinette (volée elle aussi), « mais la batterie était vide, commençait à sonner, je l'ai laissée »). Il a suivi les filles pendant plus de 30 minutes (les caméras espionnaient le long du trajet). Il a dissimulé son visage sous un foulard rouge, et sorti un cutter, lame de 2 cm menaçante, il était alors hors champ.

 

« Comment ça se chiffre, un préjudice moral ? »

 

Il a fini par emporter un des téléphones. La seconde fille ne s'est pas laissé faire. Il a revendu le téléphone, comme les autres objets volés, à « un gars du Stade, un monsieur, je connais pas son prénom, qui a l'habitude de prendre des choses ». Il a pris le tél pour 40 euros et un peu de cannabis. Si l'on a bien compris, ce monsieur gruge à chaque fois. Il vole les voleurs, en quelque sorte. Du box où il souffre de la publicité donnée à sa vie, ses actes, leurs causes et leurs effets, il réitère des excuses, « mais les jeunes filles les ont refusées lors de la confrontation, et elles ne sont pas là aujourd'hui » lui renvoie la présidente Delatronchette. « Peur », « terrorisées », « anxieté post-traumatique », développent leurs avocats, maître Varlet et maître Chavy. Celui qui déplore le vol de matériel couteux est à l'audience. Il n'est pas représenté, « j'ai pas eu le temps, je l'ai su à 13 heures », et n'a pas eu le temps de préparer sa demande de constitution de partie civile. Il vient poser une bonne question : « Comment ça se chiffre, un préjudice moral ? », il vient aussi porter une autre parole sur son quartier.

 

« Au Stade y a pas que des voleurs »

 

« Une carotteuse, ça pèse entre 35 et 40 kg, il aurait volé tout seul ? Et puis il a laissé le pied. Sans le pied, elle ne sert à rien. Alors même le soi-disant receleur, il n'y connaît rien. Et puis, je n'accepte pas qu'il dise ça du Stade, car au Stade y a pas que des voleurs. » L'homme se tourne alors vers le jeune homme au survêt rouge siglé : « C'est tes voisins que tu as volés, rue Marcel Pagnol, tes voisins ! » Le gamin ne la ramène pas. Il fut confondu par des taches de sang, dans l'appartement en chantier dont il avait cassé une vitre pour entrer, se coupant au passage. L'ADN fut prélevé, il a matché avec un fichier. Puis lors de la perquisition, on trouve une tenue vestimentaire précise qui le met en lien avec les agressions armé d'un cutter. Il veut bien des soins pour se sevrer, il dit « je ne savais pas qu'on pouvait appeler soi-même un médecin pour ça, je savais que le SPIP, il peut. » Aperçu de sa culture générale. A son casier deux condamnation (une amende et un rappel à la loi), et voilà que le ministère public requiert 2 ans et son maintien en détention, et l'homme de son quartier qu'il a copieusement volé venait de dire :  « Indemnités pour préjudice moral ? C'est sûr qu'il y a un préjudice, mais vu l'artiste que c'est, je laisse. »

 

10 mois de prison ferme, il soustrait son visage aux regards

 

2 ans de prison, c'est une peine possible pour autant de vols et pour l'agression des personnes, même quand on est « un artiste pareil ». Le tribunal le condamne à 18 mois de prison dont 8 mois assortis d'un sursis mis à l'épreuve, avec obligation de soins, de travailler, d'indemniser les victimes. Il est maintenu en détention pour les 10 mois. Il a tourné la tête sur son côté droit, visage vers le sol, dos tourné à la salle. C'est ni facile, ni simple.

Florence Saint-Arroman

Renvoi sur intérêts civils pour deux des victimes, indemnités déjà chiffrées pour les deux autres. L'une des jeunes filles n'a demandé que l'euro symbolique pour son préjudice moral. Evidemment elle aurait obtenu davantage si elle l'avait demandé, mais le monsieur du Stade a raison : comment chiffrer, comment convertir en argent, « ce que ça fait » d'être volé, et agressé ?

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche