Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Il avait profité d'une autorisation de sortie pour se faire la malle au Maroc

Incarcéré pour purger deux peines d'un an et de 3 mois, M.A. bénéficiait en prison d'un accompagnement pour préparer sa sortie et retrouver une place sociale. Il y a du boulot car il n'a même plus d'adresse en dehors du centre pénitentiaire. Le 14 septembre dernier il sort pour se rendre à un entretien d'embauche. Sa mère l'y accompagne puis le ramène à la gare. Il n'est pas retourné en cellule. Les autorités espagnoles l'ont arrêté le 22 février dernier alors qu'il revenait du Maroc.

« Pourtant il ne vous restait pas grand chose à purger», observe la présidente Chandet. Il fallait qu'il tienne bon encore 4 mois avant de pouvoir bénéficier d'un aménagement de peine, sortir, bosser, et entretemps avoir trouvé un logement. Il fallait qu'il tienne bon... il n'a pas tenu. Il a dit qu'il n'en pouvait plus, des établissements pénitentiaires. Il en a connu plusieurs. Il a été condamné 21 fois pour des vols, essentiellement, et des violences en réunion, et détention de stupéfiants, acquisition de stupéfiants. Il n'en pouvait plus, et il s'est fait la belle, la belle au soleil.

Le 14 septembre à 18 heures le centre pénitentiaire constate l'absence du prisonnier. Les gendarmes contactent ses proches, saisissent le téléphone de sa mère, trouvent un numéro, tentent leur chance, reçoivent en retour un SMS : « C'est qui ? » C'est la gendarmerie. Silence radio à la suite, on perd sa trace. Les autorités espagnoles le contrôlent alors qu'il part pour le Maroc. Mandat d'arrêt européen.On l'arrête à son retour du Maroc, le 21 février. Il a sur lui du cannabis, il est jugé en Espagne et condamné à 14 mois de prison avec sursis. Il réintègre Varennes-le-Grand le 11 mars, il est jugé ce lundi 15 avril 2019 en comparution immédiate pour « évasion d'un détenu bénéficiaire d'une permission de sortir ».

« Ce n'est pas une petite évasion, presque six mois. Pourquoi n'avoir pas répondu aux gendarmes pour rentrer ? - Personnellement, pour moi, c'était pas l'heure. » Le prévenu reste circonspect, il ne veut pas exposer la raison en public, il désigne la salle du bras, il garde des choses pour lui, et tant pis « j'en assumerai les conséquences ». Sur ces conséquences, le tribunal le confronte, mais « des permissions de sortie, je n'en demanderai pas de sitôt », dit-il gentiment en souriant légèrement. C'était sa deuxième évasion. Là, il était parti dans sa famille au Maroc. Son père s'y trouve, « à la retraite et malade ». Le fils aimerait vraiment pouvoir y exploiter les champs d'oliviers, d'orangers et d'amandiers dont le père ne peut plus s'occuper.

On ressent presque les lignes d'Albert Camus célébrant Tipasa (en Algérie) et ses noces sensuelles au printemps, l'odeur des absinthes, le soleil, la mer cuirassée d'argent, mais c'était encore l'hiver et avec pareil plan l'hiver va se prolonger pour M. A., son ombre froide s'accroît au fur et à mesure des réquisitions. « Le point central du dossier, c'est la confiance qu'on peut accorder à monsieur. Il a trahi cette confiance tout au long de son parcours pénal, et encore ici puisqu'il n'avait pas l'intention de rentrer. Il encourt une peine de 3 ans d'emprisonnement. Il s'est évadé pendant 6 mois, il est sorti du territoire national et il a commis une nouvelle infraction : il n'a aucune volonté de réinsertion. » Angélique Depétris, substitut du procureur, requiert 2 ans avec mandat de dépôt et que lui soient retirés tous ses crédits de peine.

Maître Sarah Bouflija rappelle qu'avant 2004, le délit d'évasion n'était punissable en France que s'il était accompagné de violence, et qu'en l'occurrence son client n'avait commis aucune violence. Elle rappelle aussi qu'en Belgique et en Suisse l'évasion n'est pas un délit. Une rapide recherche sur la question nous apprend que selon André Kuhn, professeur de droit pénal et de criminologie à Neuchâtel (Suisse) : « Historiquement, cela provient du fait que, depuis que l'on a érigé la liberté en bien suprême et en droit fondamental au XVIIIe siècle, on ne peut pas reprocher à une personne d'aspirer à vivre en liberté et donc de tout faire pour la retrouver si elle en est privée. » A l'audience, l'avocate plaide la place symbolique forte qu'occupe la France en matière de liberté, même si la loi dite Perben 2 a pénalisé l'évasion, fut-elle « douce ».

Le tribunal condamne M. A. à 14 mois de prison, décerne mandat de dépôt et ordonne qu'on lui retire tous ses crédits de peine. Avec les 6 mois passés en vadrouille qu'il doit rattraper, ce qui reportait sa sortie à février 2020, son horizon élargi ne se profile désormais que sur l'année 2021. Il a les boules. Trois printemps vont passer sur les oliviers, les amandiers et les orangers, là-bas, avant qu'il puisse les revoir.

Florence Saint-Arroman

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