Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Il avait incendié à plusieurs reprises des poubelles rue Paul Eluard

A l’audience de renvoi son allure nous avait frappé. A l’audience de jugement ce lundi 15 avril en comparution immédiate, on comprend mieux pourquoi : l’homme de 33 ans qui a mis le feu 5 fois aux poubelles de son immeuble rue Paul Eluard à Chalon-sur-Saône entre le 16 décembre et le 8 mars dernier, est un homme qui souffre de déficiences suffisamment lourdes pour s’inscrire sur lui.

Il est sous tutelle depuis 2008, une mesure de protection qui pourrait être suffisante puisque L. X. travaille à l’ESAT de Crissey, a une vie sentimentale, des copains, et que tout se passerait plutôt bien s’il n’était pas profondément alcoolique et si « je ne sais pas trop pourquoi, quand j’ai bu, je fais des bêtises. J’ai envie de me mettre un peu en danger et je mets le feu. » Il se met « un peu en danger », puis il s’écarte car il prend peur, et il part. « Et vous mettez aussi en danger tout le monde, vous avez conscience de ça ? » Il dit oui, d’ailleurs il avait appelé les pompiers la fois où le feu avait pris trop fort, mais ça n’engage à rien, car aussi posé, attentif, coopératif qu’il soit, il est au maximum de sa présence et semble assez peu présent.

« La prison, c’est dur »

Une membre du service juridique de l’UDAF a rencontré L. X. avant l’audience, elle vient dire que la détention est difficile pour lui, ça fait plus d’un mois qu’il est en détention provisoire. Elle dit que c’est dans la cour qu’on l’embête. La présidente Chandet interroge l’intéressé : « La prison, ça se passe comment pour vous ? – J’aime mieux être dans mon appartement à regarder la télé. – Oui, mais la prison, pourquoi c’est dur ? – Parce que je ne vois pas ma copine et mes parents. – Vous écouterez bien ce que madame la procureur a à vous dire, elle représente la société, et même si c’est difficile, écoutez-la. »

Une structure plus adaptée à ses besoins ? Deux ans d’attente

Difficile… « On lui cherche une structure encadrante, mais il n’y a pas de place (2 ans d’attente pour un foyer, nous dit-on pendant le délibéré), et puis il n’adhère pas à cette idée. » Déficient peut-être mais pas fou : il a besoin de s’alcooliser, « il l’a été in utero, plaidera maître Guignard. Cet alcoolisme c’est un besoin. » Sa tutrice bien sûr ne lui donne pas les moyens d’acheter de l’alcool, alors il biaise, il boit via les copains. Par exemple le 8 mars dernier, jour où la police l’a arrêté, il avait rejoint deux potes après le boulot pour jouer à la pétanque. Les gars avaient apporté 40 bières pour 3, ce qui impressionne le tribunal. Il en a descendu une dizaine et après ça, « il se sentait bien ». Il est allé regarder la télé avec sa copine, et vers 1 heure du matin il rentre. Il voit un container, et « du coup, j’y mets le feu ». Difficile, mais pas compliqué.

« Je ne suis pas certaine qu’il ait compris toutes vos questions »

Difficile… L’expert psychiatre qui l’a déjà rencontré (condamné en 2014 pour des faits similaires) rappelle dans son rapport l’épisode de l’incendie vécu enfant (lire l’audience de renvoi ici : http://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2019/03/12/42774/tribunal-de-chalon-pyromane-il-s-en-etait-pris-aux-poubelles-rue-paul-eluard-a-chalon/), confirme « une déficience intellectuelle problématique, sans pathologies », « il est accessible à une sanction pénale mais elle ne garantira pas l’absence de réitération », « troubles ayant altéré son discernement au moment des faits ». « Vous comprenez ce que dit l’expert ? – Il dit qu’il veut un suivi addictologique. – ça reste difficile à comprendre, tout ça, lui dit la présidente. » Il opine gravement du chef. La représentante de l’UDAF : « Je ne suis pas certaine qu’il ait compris toutes vos questions. »

« On est aux confins de la déficience mentale et de la responsabilité pénale »*

Difficile… Maître Ronfard parle pour les victimes. Le Grand Chalon demande 504 euros de préjudice matériel. Habellis, le bailleur, demande un renvoi sur intérêt civil car les dégâts doivent être précisément chiffrés : la façade de l’immeuble, le local poubelle, et même le départ du système de chauffage. L’avocat parle de « la chance » qu’il n’y ait eu aucun mort. Au moment où il plaide le feu couvait déjà à Notre-Dame de Paris. « Il n’a pas conscience des autres locataires, mais ceux-ci le connaissent car ils se plaignent de troubles du voisinage en 2015, et là on a des faits très graves. » « On est aux confins de la déficience mentale et de la responsabilité pénale, requiert Angélique Depétris. Il sait que c’est dangereux et interdit mais il le fait quand même. Qu’est-ce que la justice peut faire pour qu’il s’arrête ? La justice n’a pas la réponse. Il doit être puni, mais il doit être aussi accompagné. » La substitut demande 1 an de prison dont 8 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 3 ans, avec son maintien en détention.

 « Comment le protéger, dans l’intérêt de tous ? »

« Comment le protéger, dans l’intérêt de tous ? » interroge maître Guignard. L’avocat explique qu’il fait partie du conseil d’administration de l’AMEC (association médico-éducative du chalonnais). Son client est présentement suivi par le SAVS (service d’accompagnement à la vie sociale) qui dépend de l’APAJH (association pour adultes et jeunes handicapés), lesquels n’en peuvent mais quand les structures « encadrantes » sont saturées. « L’AMEC est en train de construire, derrière la gare, un immeuble avec des chambres individuelles pour des garçons comme lui. Dans cet immeuble il y aura un gardien qui surveillera et empêchera l’intrusion de copains. A partir de cet été**, ça sera cadré. »

5 mois de prison ferme, un suivi judiciaire ensuite pendant 3 ans

Le tribunal délibère assez longtemps, puis condamne L. X. à 24 mois de prison dont 19 mois sont assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 3 ans. Il est maintenu en détention pour les 5 mois de prison ferme (il en a déjà fait plus d’un). Obligations d’un suivi psychiatrique et addictologique, interdiction de fréquenter les débits de boissons, obligation de travailler et d’indemniser les victimes.
« Le tribunal estime que malgré l’altération de votre discernement, les faits sont extrêmement graves et qu’il est indispensable que vous en preniez conscience, et c’est pour ça que vous aurez une peine importante au-dessus de votre tête, et que vous restez en prison aujourd’hui. Le tribunal souhaite un sevrage alcoolique. » La présidente doit lui donner un document à lire mais elle le lui explique : il ne sait ni lire, ni écrire. « C’est quelqu’un qui n’a pas de représentations abstraites. »

Florence Saint-Arroman

*Si on veut y réfléchir un peu, ça place la société à d’autres confins.
**En raison d’un retard sur le chantier, l’inauguration est reportée en octobre.

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche