Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - En état de récidive de conduite sans permis et sans assurance

« Je vais perdre mon fils et c’est ça qui m’a fait prendre conscience qu’à un moment je dois changer parce que je suis en train de tout perdre. » Elle a 28 ans mais semble encore enfant, des gendarmes l’escortent, elle sort de garde à vue et passe en comparution immédiate ce jeudi 25 avril. Très émue dès le début de l’audience, elle se met à pleurer petit à petit, et pleure franchement dès qu’elle évoque son fils, il a 7 ans.

« Je vis en rase campagne, j’ai pas de moyen de locomotion, j’ai pas de bus »

Elle habite un petit village posé dans le giron de la Chapelle Saint-Sauveur, pas long à rallier à pied (du moins pour un adulte), la jeune femme se dit néanmoins « très isolée » : « je vis en rase campagne, j’ai pas de moyen de locomotion, j’ai pas de bus. La seule solution c’est ça : acheter une voiture et aller passer le permis. » Elle s’est acheté une voiture, une petite Peugeot, « il y a 4 mois », pour 1500 euros. Passer le permis, c’était l’étape suivante mais le contrôle des gendarmes a coupé court à cet improbable circuit. Les militaires savent qu’elle n’a pas le droit de conduire, elle a déjà été condamnée 2 fois pour ça. Pas de permis, pas d’assurance, pas de carte grise établie à son nom.

« J’ai pas réfléchi »

La présidente Therme : « Est-ce que les 1500 euros n’auraient pas pu payer le permis ? – Si. – Pourquoi vous faites les choses à l’envers ? – Je ne sais pas (elle renifle les larmes qui rôdent). J’ai pas réfléchi. La dernière fois je m’étais inscrite et j’avais commencé, je m’étais même endettée mais malgré ça j’ai pas pu continuer, c’était trop cher. Mais maintenant j’ai du travail et mon conjoint aussi, alors… - Doit-on comprendre que vous alliez au travail en voiture ? – Au début j’y allais en covoiturage mais j’ai été mutée dans un autre endroit, alors j’ai pris la voiture. »

Un travailleur social a demandé le placement de l’enfant

Juin 2016, elle est condamnée pour conduite sans permis et sans assurance. Mai 2018, elle est condamnée pour les mêmes raisons. Avril 2019, elle comparaît sous escorte. « Le fait d’être en rase campagne me conduit automatiquement à cette situation. Aujourd’hui je souhaite aller vivre en ville. J’en ai pris conscience que récemment, parce que je vais perdre mon fils à cause de ça. » Une juge des enfants suit déjà le petit garçon, « il a entre autres des problèmes de santé », mais le travailleur social a alerté la juge sur « l’absence de mobilisation des parents » et a demandé le placement de l’enfant. La terre s’est fendue sous les pieds de la mère. La juge des enfants lui a donné des objectifs à atteindre et 6 mois de délai pour y parvenir, mais la maman vient d’être arrêtée en état de récidive légale, et la terre manque s’ouvrir sous ses pieds.

« J’essaie de gérer, mais j’y arrive pas »

« J’ai compris aujourd’hui parce que je risque de le perdre, parce que je me suis retrouvée en garde à vue. » Le juge d’application des peines demande la révocation des 2 mois de sursis de 2018. Elle ne se rend pas aux convocations du CPIP (conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation), ne transmet pas les justificatifs qu’on lui demande, n’a pas commencé le TIG (travail d’intérêt général) qu’elle pouvait faire à la place des 2 mois de prison. « Pourquoi ? » lui demande la présidente. « Parce que y a le travail, y a mon fils, et j’ai du mal à tout coordonner. Je suis un peu… perdue, je suis dépassée. Le dernier travail, j’arrivais souvent en retard, j’étais souvent absente alors on ne m’a pas renouvelé de contrat, mais là, j’essaie de tenir le travail. Le problème c’est que ça fait trop de choses, j’essaie de gérer, mais j’y arrive pas. – Qu’est-ce qui fait que vous êtes dépassée ? – Ben… socialement, je suis isolée, je suis… seule. – Est-ce que psychologiquement vous allez bien ? – Non. »

« Situation tragique »

Son compagnon n’est pas d’une grande aide, « il est encore plus en difficulté que moi ». « Je veux pouvoir redresser ma situation, déménager, payer mes dettes, montrer que je suis quand même un bon parent. » Elle est comme une enfant devenue mère. Attachée à son petit, mais « perdue ». Le parquet requiert 6 mois de prison avec mandat de dépôt, et révocation des deux sursis (1 mois et 2 mois) avec exécution immédiate. « Situation tragique, plaide maître Sarikan. Elle a besoin d’un suivi social. J’ai l’impression que c’est un retard d’ordre mental qui fait qu’elle achète une voiture avant d’avoir le permis. Elle n’a pas conscience de ce qu’elle fait, elle doit être aidée. »

9 mois de prison

Le tribunal la condamne à 12 mois de prison dont 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve, avec obligations de travailler, de suivre des soins psychologiques, de justifier du paiement de l’amende (50 euros pour le défaut de carte grise à son nom), et l’obligation de se présenter aux épreuves du permis de conduire. Le tribunal révoque en outre les sursis : ça fait 9 mois de prison en tout, la peine est aménageable si toutefois elle répond à la convocation du JAP et qu’elle présente des conditions favorables à cet aménagement. « C’est une dernière chance qui vous est donnée, madame. Si vous ne respectez pas les obligations liées au sursis, c’est 6 mois de prison. »

« Je veux aller à Saint-Germain du Bois, où mon fils aura tous les soins qu’il faut, et moi des bus. Je veux sortir de la campagne, il n’est pas possible d’y vivre sans moyen de locomotion. » Elle remercie le tribunal en sortant.

Florence Saint-Arroman

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