Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Il avait profité d'une hospitalisation à Sevrey pour prendre la poudre d'escampette

Enfin un visage non seulement sur un nom mais aussi sur ces photos grimaçantes qui ont été publiées le 23 avril 2018, lorsque Mehrez X, né en 1991, s’était évadé du centre hospitalier spécialisé de Sevrey. Il était alors en détention provisoire, le CHS le place à son arrivée, le 20, au pavillon Bengali, dans une chambre dédiée aux détenus, « particulièrement sécurisée », « empêchant tout contact avec d’autres ». Mais lors d’une douche, Mehrez, petit gabarit au corps fin et souple, se faufile par une fenêtre entrebâillée.

 

 

Il fut retrouvé environ 24 heures plus tard, à Sennecey-le-Grand, son état de santé empêche qu’on le place en garde à vue. On le réhospitalise et le 27 avril il tente de se suicider en avalant une vis. Le 4 mai il est jugé à Mâcon pour violences sur personne vulnérable, il est condamné à 18 mois de prison. Ce vendredi 3 mai il est jugé au TGI de Chalon pour « évasion d’un détenu hospitalisé ». Ce vendredi 3 mai il a pile 28 ans, et personne, a priori, pour les lui fêter, puisqu’il n’a pas de famille en France, pas d’amis, « des connaissances à Lyon », aucune visite en prison. « Est-ce que les micros sont branchés ? » interroge la présidente Therme. Le prévenu est inaudible. Du box, le jeune homme lui dit : « C’est pas grave, je vais garder le silence. » Franc sourire de la juge, « Monsieur, vous êtes là pour vous expliquer. » Le prévenu lui répond par un sourire immense. Il ne ressemble en rien aux photos qu’on a vu passer l’an dernier, sur lesquelles il évoquait un grand aliéné. Il a pourtant quelques soucis de ce côté-là, suivons le chemin de l’instruction.

« Mais, dans ta cellule, tu parles avec les murs ! »

Pourquoi s’est-il enfui ? Il en avait « marre », « on m’a forcé à prendre des médicaments qui me faisaient le contraire de ce qu’il faut : je tombais » (petit geste de la main qui mime l’affaissement). Pourquoi avait-il été hospitalisé ? Il ne comprend pas pourquoi. « Le motif, dit-il, c’est que je parlais avec les murs. » Il sourit à nouveau, il regarde la présidente et poursuit sur un ton d’évidence : « Mais, dans ta cellule, tu parles avec les murs ! » Il est seul, en cellule. Avait-il déjà été soigné ? « Oui, pour dépression et tout ça. – L’expert psychiatre dit que vous avez une pathologie de type psychotique avec tendance à des gestes suicidaires et des passages à l’acte. Est-ce que vous faites un lien avec vous ? » Il sourit à nouveau, « je suis guéri ». La présidente en prend acte mais précise « le psychiatre dit aussi que votre discernement est altéré » et elle lui explique ce que cela veut dire. « Pas du tout ! » et Mehrez X explique rapidement quelque chose d’inaudible pour nous. Il est véhément mais sans colère.

« Je ne suis pas agressif, je suis calme »

En prison il voit un psychologue et un psychiatre de temps en temps, mais ne prend aucun traitement médicamenteux. « Je ne suis pas agressif, je suis calme », il sourit si gentiment. Hier, en commission disciplinaire il a écopé de 4 jours de confinement, on lui a retiré en avril 30 jours de crédit de peine, « pour une bagarre », dit-il. Dominique Fenogli, substitut du procureur, pense qu’il faut retenir l’altération du discernement et requiert 4 mois de prison. Il dit son étonnement que ce prévenu n’ait pas de traitement, « je me pose des questions sur le travail du SPIP ». Maître Grebot plaide une « situation imprécise » au moment des faits, car l’expertise vient 4 mois plus tard, or « deux médecins disent que la garde à vue est formellement contrindiquée et que l’état de santé de monsieur nécessite sa réintégration sans délai en milieu médical spécialisé. On apprend ensuite que lorsqu’il est présenté au CHS, il n’y a pas d’examen psychiatrique à son arrivée. »

« Il faut le soigner, pas l’endormir », « Je suis parti pour me sauver »

« Il ne veut pas de médicament, continue l’avocat, mais qui en accepterait si ça nous empêche de nous tenir debout, de raisonner, etc. ? Par contre il voit des psy en prison, il accepte la parole : il faut le soigner, pas l’endormir. Il faut être certain qu’il suit des soins. Il ne faut pas de sortie sèche, un sursis mis à l’épreuve serait adapté. »
Le tribunal retient l’altération du discernement et condamne Mehrez X., 28 ans, à 3 mois de prison qui seront mis à exécution dans la continuité de la peine qu’il purge actuellement. Le jeune homme salue le tribunal d’un mouvement de tête, la mine assombrie. « Comme monsieur maître (son avocat, ndla) l’a dit, je suis parti pour sauver moi, tellement les médicaments me faisaient mal. Je suis parti pour me sauver ! »

Florence Saint-Arroman

Le CHS de Sevrey est reçu dans sa constitution de partie civile mais voit une part de ses demandes rejetée. Il percevra 648.32 euros de dommages et intérêts, soit le montant des heures supplémentaires de 4 agents de prévention et de sécurité requis lors de l’évasion. Le reste, soit des heures de personnel soignant et aussi des heures le 27 avril, est donc écarté.

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