Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Il transportait 2 kilos d'héroïne planqués sous le moteur

« Je croyais que c’était des produits dopants. Si j’avais su que c’était de l’héroïne… » C’était des produits mauvais pour lui, dans tous les cas, car Blaga X, 57 ans, de nationalité hongroise, a le cœur fragile malgré un pontage coronarien et il est sujet à des malaises cardiaques, comme il lui est arrivé lors de son premier transport au tribunal*. Ce lundi 6 mai il peut être jugé, pour trafic de drogue « international » précisera le parquet. Il transportait 2 kilos d’héroïne planqués sous le moteur de la voiture.

Départ des Pays-Bas, où cet homme vit désormais, direction la Suisse. Il était accompagné de sa femme lorsque les douanes ont contrôlé le véhicule, à hauteur de Dommartin-les-Cuiseaux, le 10 avril dernier. 2040 grammes en deux paquets. Le premier fut trouvé rapidement, c’est le prévenu lui-même qui a fini par dire qu’il y en avait un deuxième. C’est qu’il reconnaît sa responsabilité (chose peu habituelle), à l’exception toutefois de « l’élément intentionnel », précise la substitut du procureur, Christel Benedetti. « Monsieur peut savoir que les produits dopants sont prohibés et réprimés de la même façon par le code des douanes », explique la représentante de cette administration. Elle demande, pour les 2040 grammes d’héroïne, une amende douanière de 51 000 euros. Le prévenu dit qu’aux Pays-Bas, un homme lui a confié le chargement contre 1500 euros. Qui ? Un homme, dont l’état civil se ramène à un prénom.

Petite situation, explique-t-il, via une interprète, surtout depuis ce pontage coronarien qui lui interdit certains travaux. Il avait pourtant quitté la Hongrie faute d’y trouver du travail, et puis il considère que ce pays est raciste, bref, voilà. A son casier européen 11 condamnations pour des délits aussi variés que peu sympathiques a priori, vu de l’extérieur : vols, détournement de fond, fraude, trafic d’êtres humains – 1 an avec sursis : ce n’était pas les horreurs qu’on peut imaginer - et falsification de documents, crime intentionnel, et « crime d’abus de drogue en grande quantité » par mineur … le tribunal ne comprend pas, nous non plus évidemment, il dit que cétait son fils, mais c’est lui qui a pris 8 ans et est sorti au bout de 6. Autres pays, autres façons de qualifier et de juger. On ne comprend donc pas tout mais, observe la présidente Chandet : « On s’étonne que vous n’ayez pas perçu les conséquences de ce que vous alliez commettre, vu votre casier. »

La représentante du ministère public requiert 30 mois de prison ferme avec mandat de dépôt, une interdiction du territoire français de 5 ans et l’amende douanière de 51 000 euros. « Rien ne me prouve que c’est un tiers qui a caché la drogue », conclut la substitut. Et pour cause, lui répond l’avocate de la défense, « les douanes ont tant manipulé les sachets qu’il y avait trop d’empreintes dessus et la gendarmerie n’a pas pu mener davantage d’investigations, comme par exemple, vérifier si monsieur les avaient touchés, ou pas ». Cela est « bien dommage », poursuit maître Mathilde Leray, « ça aurait pu éclairer le dossier ». Elle répète que décidément cette procédure côté douanes, ne va pas, et « je voudrais qu’on se rende compte de ce problème récurrent » : « on n’attend pas l’interprète, on essaie de squeezer un peu les droits des personnes au profit de l’enquête. On l’a menotté : pourquoi ? On lui ôte ses chaussures alors qu’ils sont encore sur l’aire d’autoroute : pourquoi ? Le must : on nous dit ‘pesée contradictoire en présence de monsieur (un douanier)’, mais le prévenu ? Il n’assiste pas à la pesée ? »

La drogue était de très bonne qualité, fortement dosée, à plus de 60 %, « je n’ai pas été destinataire de ce rapport sur la qualité du produit, c’est dommageable également pour le respect du contradictoire ». Blaga X « a perdu la plupart de ses dents du haut au centre pénitentiaire : il est en très mauvaise santé ». Elle demande au tribunal de tenir compte « de la santé de monsieur et que cette procédure a fait fi de droits fondamentaux ». La famille du prévenu est dans la salle, sa femme pleure chaudement.

Le tribunal condamne ce hongrois à 2 ans de prison avec son maintien en détention, puis interdiction du territoire national pendant 5 ans. L’amende douanière est ramenée à 25 000 euros.

Florence Saint-Arroman

* lire ici http://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2019/04/15/43503/tribunal-de-chalon-l-escorte-qui-emmenait-le-prevenu-a-fait-demi-tour-vers-les-urgences-du-centre-hospitalier/

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