Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Le procès d'un Hollandais au coeur d'un trafic de stupéfiant renvoyé.... faute d'interprète !

« Kein Übersetzer, heute. » Nous sommes à l’audience de comparution immédiate du 13 mai annoncée par la direction régionale des douanes dans un communiqué de presse : ses agents ont saisi plus de 20 kg d’herbe de cannabis dans un camion , sur l’A6, ce mercredi 8 mai. On suppose que c’est ça car le rôle de l’audience précise les faits, le jour, le lieu, et tout concorde. En plus le prévenu vient de là-bas, dis ! Il vient des Pays-Bas, pays fantasmé* de la weed. Il est en détention provisoire depuis 4 jours, mais voilà : il n’y a pas d’interprète à l’audience.

Le prévenu de 47 ans parle essentiellement néerlandais et allemand. Le ministère public n’est pas content et le dit : « Quand on est inscrit sur une liste d’interprètes, on se déplace. » La présidente Grosjean prend hardiment le problème en main. L’audience en devient un peu surréaliste, un peu polyglotte  mais à la guerre comme à la guerre, et le prévenu y trouvera son compte au final.

« Nous n’avons pas d’interprète en allemand ou en néerlandais, aujourd’hui. Kein Übersetzer, heute. » A la gendarmerie le prévenu a dit qu’il n’était pas en capacité de parler allemand, et qu’il fallait absolument une traduction en néerlandais, mais finalement « können sie Deutsch sprechen ? – Ja. » Il est hors de question de tenir l’audience dans ces conditions, « mais la loi prévoit que je peux interroger monsieur avec mes rudiments d’allemand » précise la présidente. Un juge assesseur lui glisse que l’anglais serait préférable puisque compris par davantage de monde. « You understand english too ? Today is not possible to judge your affaire because… » et il faut trouver un interprète.

Le jugement est donc renvoyé. La greffière intervient : « je crois qu’il demande pourquoi il n’y a pas d’interprète. » Bonne question mais personne n’a de réponse, du reste le souci immédiat c’est le délai de renvoi, le plus court est de 2 semaines. Soit 2 semaines de plus en détention provisoire, soit deux semaines en ville, et pour loger où ? Le tribunal estime que « on peut s’affranchir de ce délai, dans l’intérêt de monsieur, il faut juste qu’il l’accepte, qu’il doit d’accord ». Marie Gicquaud, substitut du procureur, ne s’y oppose pas. Large sourire de maître Lépine : « Je ne peux pas lui demander son avis, je ne parle ni anglais ni allemand, par contre il était d’accord pour être jugé aujourd’hui. »

La présidente reprend son bâton de marche : « Wir sprechen… (elle continue en anglais)… this week, Thursday. Do you agree to posdate ? – Ja. »  La juge se tourne vers la greffière : «  It’s ok for mister to be judge on Thursday. » On avance laborieusement, mais on avance. Reste à débattre de la situation du prévenu d’ici jeudi. Le parquet requiert son maintien en détention : pas d’attache en France, pas de garantie de présentation. Maître Lépine plaide la possibilité d’un contrôle judiciaire : « Il conteste, il ne comprend pas pourquoi il se retrouve derrière des barreaux. Il n’y a pas de risque de réitération, il n’est pas connu pour ça et ça fait longtemps qu’il est routier. La solution : qu’il loge à l’hôtel et qu’il aille pointer au commissariat. » Le prévenu dit qu’il a un problème à un œil, qu’on a dû l’emmener à l’hôpital pendant sa garde à vue, qu’il n’a pas une bonne santé.

Le tribunal s’est retiré longuement pour délibérer, travail de traduction oblige, « avec Reverso » dira la présidente. « Compte tenu des circonstances particulières (le tribunal ne précise pas lesquelles, ndla), le tribunal ne maintient pas monsieur en détention. » Contrôle judiciaire jusqu’à l’audience de jeudi prochain. Il devra pointer deux fois par jour au commissariat et rester dans le département. « Sie müssen hier sein on Donnerstag at three in the afternoon. » L’audience s’achève sur ce sabir si délicieusement french, so französich, pendant que le prévenu impassible signe son placement sous CJ.

Florence Saint-Arroman

  * Les drogues ne sont pas légalisées aux Pays-Bas, mais l’existence des coffee shops, autorisés à vendre un peu de cannabis fait souvent croire le contraire.

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