Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - A Bouzeron, il avait 2,22 g d'alcool par litre de sang

Cet homme souffre d’un cancer du foie. Il a 52 ans et a déjà subi trois interventions chirurgicales au cours desquelles on lui enlève des morceaux cancéreux. Il a 52 ans et il vit dans l’attente d’une greffe. Il se tient dans le box à l’audience des comparutions immédiates de ce lundi 13 mai. Les gendarmes l’ont escorté jusqu’au TGI, parce que cet homme a bu beaucoup et boit encore. Hier, dimanche, on l’a contrôlé à Bouzeron il avait 2.22 grammes d’alcool par litre de sang.

2.22 grammes, c’est beaucoup mais les quantités veulent-elles dire quelque chose quand on s’est habitué à picoler ? Son permis de conduire était suspendu depuis le 1er mai : les gendarmes l’avaient alors trouvé endormi derrière son volant, à l’arrêt sur la chaussée, à Rully, moteur tournant et feux allumés. Il avait 2.12 grammes d’alcool par litre de sang. Suspension administrative du permis, automatique, pour 6 mois. Hier, donc, il cumulait la récidive de CEA (1) et la conduite malgré suspension de son permis. Du coup le parquet l’a orienté en comparution immédiate.

« Je me bats depuis pas mal de temps et malheureusement… »

2002, 2003, 2010 : 3 condamnations pour CEA. Lors de la dernière il a un sursis mis à l’épreuve mais dit qu’il n’a jamais vu de CPIP, n’a pas eu de suivi judiciaire. « C’est parce qu’il vivait à l’époque à Saint-Denis de la Réunion, plaidera maître Diry, ça peut expliquer que les modalités de l’application des peines ne soient pas celles qu’on connaît en métropole. » Du coup, l’obligation de soins, c’est l’état de son foie qui l’a imposée : « J’y suis allé moi-même parce qu’il fallait que j’arrête tout ça. Je me bats depuis pas mal de temps et malheureusement il m’arrive encore de me mettre dans cet état, quand les nerfs montent… vivre dans l’attente d’une greffe ce n’est pas facile. A chaque fois je me prends des remontrances de mon médecin. »

« Et vous comptez l’entretenir comment, votre nouveau foie ? »

« C’est décourageant pour le tribunal » lui dit la présidente Grosjean. Ça doit l’être aussi pour lui, décourageant, d’être ainsi au pied du mur (celui du centre pénitentiaire comme celui de son horizon personnel) quand on sait la difficulté à sortir d’une addiction, à quitter les positions qu’elle suppose, à se sevrer. S. X. perçoit une pension d’invalidité de 570 euros en attendant la greffe si espérée. Il vit chez ses parents, à Rully, il n’a pas d’enfants. Il passe toutes les 6 semaines des examens médicaux, et… une question d’une juge assesseur vient le cingler : « Et vous comptez l’entretenir comment, votre nouveau foie ? – Zéro alcool, zéro gras, je sais bien. »

La douleur d’être placé ainsi à cette croisée des chemins

Marie Gicquaud, substitut du procureur, tacle le tiers qui lui avait prêté sa voiture hier, « un copain… quand on fait ça, peut-on parler d’amitié ? », puis pose un contexte plus large, « on doit d’abord privilégier la sécurité des usagers de la route ». Elle requiert 12 mois de prison dont 8 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans avec des obligations de soins (psychologiques et en addicto), annulation de son permis. Il acquiesce, il acquiesce, il acquiesce, et il regarde son avocat. Maître Diry est conscient de la douleur d’être placé ainsi à cette croisée des chemins avec l’incertitude de la voie à venir*, même si justement, cette incertitude comporte un espoir de guérison. L’avocat est choqué que la vice-procureur, lors du déferrement de son client, ait pu « évoquer devant lui sa fin de vie ».

Mandat de dépôt. « Vous avez évoqué un problème de santé, vous avez un traitement ? »

« Des gens peuvent être emprisonnés avec des cancers, c’est vrai, mais il a conscience de ce qu’il a fait et de sa problématique. » S. X. va faire partie de ces gens, et c’est le personnel d’escorte pénitentiaire qui l’emmènera passer ses prochains examens médicaux.
« Compte-tenu des faits, de la répétition et de vos difficultés à intégrer les prescriptions de la loi », le tribunal le condamne à 12 mois de prison dont 8 mois sont assortis d’un sursis mis à l’épreuve. Son permis est annulé, il n’a pas le droit de le repasser avant 2 ans pendant lesquels il n’a rigoureusement plus le droit de conduire tout véhicule à moteur.
Le tribunal décerne mandat de dépôt, « vous allez donc aller en prison. Vous avez évoqué un problème de santé, vous avez un traitement ? – Oui. – Existe-t-il des éléments dans votre situation, des risques que vous portiez atteinte à votre intégrité ? » Il dit « non », et l’on songe qu’au fond, ce mal est déjà fait.

Florence Saint-Arroman

(1) Conduite sous l’empire de l’alcool
(2) « Le cancer du foie est un des cancers digestifs les plus agressifs. Mais c’est aussi un de ceux dont les traitements ont le plus progressé ces dernières années » dit l’institut Curie dans l’un de ses dossiers pédagogiques. L’alcool reste un des facteurs de risque dominant, un foie souffrant de cirrhose développera facilement ce cancer, mais « la consommation d’un à plusieurs verres de boissons alcoolisées par jour, même si elle n’entraîne pas de dépendance et de cirrhose du foie, est également considérée comme un facteur de risque ». https://curie.fr/dossier-pedagogique/le-cancer-du-foie

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