Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Une dénonciation et une interpellation avec à la clé un petit trafic de stupéfiants

Le prévenu marche à l’héroïne, 1 à 2 grammes les jours de semaine, 2 à 3 grammes les week-ends, « mais pas quand je travaille ! Quand je travaille je prends de la méthadone ». Parole d’héroïnomane.

L’escorte qui l’encadre arrive tout droit du commissariat de Chalon. Il sort de garde à vue. Il a 39 ans, il travaille comme chauffeur routier depuis quelques années et il vient d’obtenir le permis « super lourd ». « C’est une bonne nouvelle pour vous, monsieur, lui dit gentiment la présidente Chandet, mais est-ce une bonne nouvelle pour la société ? » Le prévenu marche à l’héroïne, 1 à 2 grammes les jours de semaine, 2 à 3 grammes les week-ends, « mais pas quand je travaille ! Quand je travaille je prends de la méthadone ». Parole d’héroïnomane.

Une dénonciation anonyme, 180 grammes d’héroïne brune, quelques clients

Nous sommes à l’audience de comparutions immédiates de ce lundi 17 juin. N. X. a été arrêté le 15, et la prévention d’acquisition, détention, transport, cession, et usage d’héroïne court du 1er août 2018 jusqu’à maintenant. Outre le fait que cette drogue est une vraie saloperie, on remarque que tout part dans ce dossier, comme souvent dans les dossiers de stupéfiants, d’une dénonciation anonyme. Des policiers surveillent alors son domicile, au quartier Boucicaut.  Ils interpellent une femme qui en sort : elle vient d’y acheter 3 grammes d’héroïne. A la perquisition on trouve chez lui une balance électronique, des pochons « contenant de la poudre marron », soit 179.2 grammes d’héroïne, des morceaux de cannabis, 15 flacons de méthadone, 600 euros en liquide dans la salle à manger et 1700 euros dans sa chambre, plusieurs « cartes Décathlon » qui lui servaient à couper sa marchandise. N. X. est donc poursuivi pour trafic de drogue : il le conteste, même s’il reconnaît les faits objectifs.

Être père et sous l’emprise d’une drogue qui fait mentir, qui fait voler, qui fait ramper…

17 mentions à son casier, entre 1999 et 2012. Usage et détention de stups, déjà, mais il dit qu’il avait suivi des soins et qu’il a « replongé il y a 1 an ». Parole d’héroïnomane. Il a aussi une vie de famille. En couple depuis 19 ans, un fils jeune ado. Il travaille, depuis qu’il a son permis (pas mal de conduite sans permis, avant). La police a retrouvé la drogue sous la table du salon : « L’héroïne était à disposition de votre jeune fils ? – Non, d’habitude elle était à la cave, et puis il ne sort pas de sa chambre quand il est sur l’ordinateur. – Savoir si votre trafic était habituel pour votre famille pourrait intéresser un juge des enfants. – Non. Il est très protégé, peut-être trop, justement. Il est très équilibré, à part peut-être qu’il passe beaucoup de temps sur l’ordi, mais je préfère ça à ce qu’il fasse des bêtises. » Parole d’un papa délinquant.

Un trafic « certes de petite envergure, mais il fallait y mettre un terme immédiat »

Il soutient qu’il achetait juste un peu plus que sa consommation, pour pourvoir à ses besoins et ne pas se servir de l’argent de ses paies, « l’argent de la famille ». Presque 180 grammes d’héroïne ? Il dit qu’en général il achète par 50 grammes, à 20 euros le gramme, dans la rue, et qu’il revend 25 grammes à quelques clients. « Deux-trois deals par semaine. » Exceptionnellement il venait de prendre 180 grammes d’héro à son fournisseur « parce qu’il partait au bled et serait absent un moment ». Pour le parquet tout cela est bien suffisant à considérer que N. X. se livre à un trafic « certes de petite envergure, mais il fallait y mettre un terme immédiat, et l’empêcher de reprendre le volant d’un camion dans ces conditions ». Dominique Fenogli, substitut du procureur, requiert 18 mois de prison dont 8 mois seraient assortis d’un sursis mis à l’épreuve de deux ans (obligations de soins), mandat de dépôt pour les 10 mois ferme.

La défense convoque Geezer Butler, bassiste et parolier des Black Sabbath

« Il faut replacer la consommation d’héroïne dans le débat, car on a tendance à sous-estimer son pouvoir addictif. L’héroïne est une drogue de synthèse créée pour mettre les addicts dans une situation qui les maintient dans un besoin irrépressible. Il a un travail, une femme, un fils, et les mains liées. » Julien Marceau plaide et cite au soutien des intérêts de son client, le bassiste du groupe Black Sabbath, Geezer Butler, également parolier. C’est Butler qui écrivit ‘Kill Yourself to Live’, une chanson sur ses besoins d’alcool. Maître Marceau le convoque sur le versant de la drogue (dans les années 70 ça tapait dur dans tous les toxiques chez Black Sabbath comme chez bien d’autres) : « Y a pas de retour / Ma peau devient verte / Les lois sont vides de sens. » « Ça en dit long sur un tel poison », dit l’avocat, or son client non seulement n’a plus eu de condamnations depuis 2012, mais il fait « l’effort de raisonner sa consommation pendant la semaine ». « Les pots de méthadone chez lui, c’est pas pour rien : il est conscient de son addiction. Il a un regard dessus que d’autres non pas. Il a été honnête tout au long de son audition. » Bref, une peine aménageable et des soins, voilà ce qui faudrait à ce papa toxico qui conclut « je suis prêt à me soumettre aux soins ».

Incarcération immédiate

Il pourra commencer en prison. Le tribunal le condamne à 18 mois dont 14 sont assortis d’un sursis de mis à l’épreuve de 2 ans. Le tribunal décerne un mandat de dépôt pour les 4 mois ferme.

Florence Saint-Arroman

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