Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Il avait adressé un coup de tête à un policier chalonnais

Trois policiers du commissariat de Chalon-sur-Saône l’escortent jusqu’au box dans lequel on le place.

l est immense, il est beau, il est jeune. Il y a deux jours, ce mercredi 3 juillet, il était ivre sur la voie publique, alors la police est intervenue. Il comparaît dès le lendemain, en comparution immédiate pour violence sur un des policiers. Il est immense, il est beau, il est jeune et il donne l’impression qu’un grand pan de lui-même n’est plus avec nous. Cela finit par mettre tout le monde dans le malaise.

Coup de tête au policier

La présidente Verger résume les faits pour lesquels il est poursuivi. L’équipage qui intervient commence par le contrôler mais le jeune homme se montre agressif. On procède à une palpation de sécurité, il lance alors au policier qu’il va lui mettre un coup de tête. On le menotte et on le dirige pour l’embarquer dans la voiture mais il refuse d’y monter, alors on le fait pivoter pour l’y contraindre et c’est là qu’il met en effet un coup de tête au policier qui lui fait face. 1 jour d’ITT, contusion du front. Le policier riposte par une grande gifle, le gars saigne du nez. 24 heures plus tard il est là, calme, assis sur un banc entre deux policiers, il ne se souvient de rien.

« Vous êtes toujours comme ça, monsieur ? Monocorde, lent… »

La présidente entreprend néanmoins de l’interroger, et parce que le prévenu semble mis en veille, elle passe sur un ton dynamique, avec un succès relatif, certes, mais réel. Cependant : « Vous vous souvenez de la journée d’hier ? – Non. – De la journée d’avant-hier ? – Pas du tout. » Il est grave et atone, et on ressent le léger flottement qui s’empare de tous : qu’est-ce qu’il a ? Qu’est-ce qu’il fait ? Un des juges assesseurs le teste : « Vous êtes toujours comme ça, monsieur ? Monocorde, lent, … on a envie de s’endormir quand on vous écoute. Ça ne paraît pas être une attitude normale. C’est une attitude de circonstance ou quoi ? » Le prévenu l’écoute, il ne dit rien, il regarde ici, puis là, puis répond : « Je pense que c’est une passe. » Si c’est une passe, c’en est une mauvaise. La présidente l’invite à revenir « dans la réalité ».

Se profile la nécessité d’une expertise psychiatrique

Le juge assesseur communique hors micro avec la présidente laquelle envisage alors de mettre dans le débat la possibilité d’une expertise médicale, et cela ne convient guère à maître Grebot qui assure la défense du garçon. En effet, si l’avocat comprend bien que l’on soit décontenancé par l’attitude de D. X., il a justement de quoi plaider la clémence du tribunal sur le fond, mais si le dossier est renvoyé pour expertise du prévenu, il redoute le placement en détention provisoire, avec son cortège de conséquences dont on ne peut imaginer qu’elles soient bonnes, vu ce que ce garçon donne à voir de lui-même. Naturellement, on ne sait pas ce qu’il a. On voudrait pouvoir interroger les policiers de l’escorte sur son comportement avec eux pendant son transport, pendant l’attente dans les geôles du tribunal : leur parlait-il ? Avait-il des demandes ? Leur semblait-il comme ici en état de choc ?

Il est si peu animé qu’il en diffuse une légère angoisse

C’est l’impression qui domine :  il semble choqué. Il comprend ce qu’on lui dit, mais est ailleurs dès qu’on lui en laisse l’occasion, et fera la démonstration que du coup il ne comprend pas toujours tout. La présidente entreprend alors de lui faire parler de lui, par un enchaînement rapide de questions courtes et simples. On reprend un mot qu’elle a elle-même utilisé : elle tâche de remettre « du peps » dans l’échange, d’en communiquer quelque chose à cet immense jeune homme aux pieds d’argile. Il est si peu animé qu’il en diffuse une légère angoisse. Ce qui en lui va si mal le transforme en brumisateur et tous, nous recevons de fines gouttelettes d’on ne sait quoi qui mérite sans aucun doute d’être considéré. Mais nous sommes au tribunal et les marges de manœuvre sont à la fois puissantes (on peut incarcérer) et faibles (on ne peut pas forcément faire ce qu’on considérerait éventuellement comme le plus adapté pour lui).

« Il parle parfois seul, il a le regard souvent dans le vague »

Il fut hospitalisé à Sevrey en début d’année pour un sevrage de l’alcool. Il s’est drogué, il est suivi par le Kairn 71, il y a « des entretiens ». Il a fait plein de petits boulots, plein. Il a son propre logement depuis fin avril dernier. La présidente garde son ton enlevé, il garde son air coincé et douloureux, grave, aussi. « Il parle parfois seul, il a le regard souvent dans le vague, il a été interné en 2015, il nous répond mais comprend-il ? Pour pouvoir le juger, il faut qu’il comprenne, reprend la substitut du procureur, Marie Gicquaud. Il est en errance, à tous points de vue. Je suis favorable à une expertise psychiatrique. » Sans surprise elle requiert son placement en détention provisoire.

« Moi j’ai que 24 ans et j’ai personne » dit pour lui son avocat

Maître Grebot insiste sur quelques éléments de réalité : les experts sont peu nombreux et débordés. Rentrer un rapport d’expertise prend du temps et en plus c’est la période des congés… Il plaide en faveur d’un contrôle judiciaire strict. « Dans le premier dossier, le prévenu avait 39 ans, sa maman était là. Second dossier, la prévenue a 35 ans, ses parents étaient là. Moi j’ai que 24 ans et j’ai personne. On est bien seul, si vous voulez. Il va être seul chez lui, mais on peut lui mettre un cadre (on songe alors que les locaux de l’AEM sont à côté de chez lui, ndla). Il est regrettable qu’il ait agressé ce policier, mais dans son casier judiciaire il n’y a aucun fait de violences. » La présidente se tourne alors vers le box : « Monsieur, qu’en pensez-vous, que vous ne seriez pas en état d’être jugé aujourd’hui et qu’un médecin psychiatre pourrait voir quelles sont vos difficultés psychiques ? » Le jeune homme se penche vers le micro : « Je tiens à m’excuser auprès de l’agent de police. » Derechef, effet brumisateur sur la salle, d’un on-ne-sait-quoi qui perturbe un peu.

Le CHS de Sevrey désigné pour rendre un rapport d’expertise avant le 18 juillet

Pendant le délibéré il est ailleurs, muré. Le buste légèrement penché vers l’avant, paupières baissées, regard sans regard. Il se redresse parfois, comme il sortirait d’un micro-sommeil, jette un œil alentour, puis reprend sa position. Le tribunal prend une mesure inhabituelle : il ordonne expertise psychiatrique et désigne le CHS de Sevrey pour la mener à bien, histoire que ça ne prenne pas six mois. Les juges renvoient au 18 juillet, soit dans deux semaines, et d’ici là ordonnent le placement en détention provisoire du prévenu.

Il ne voit qu’une chose : il va en prison

Il a froncé les sourcils. « Vous avez compris, monsieur ? Nous sommes là pour vous expliquer les choses. – Je peux faire appel ? – Oui, vous le pouvez, mais comprenez-vous que le tribunal ne veut pas vous juger à l’arrache, et a besoin d’être éclairé sur votre état psychique ? » C’est pas son problème, lui il ne voit qu’une chose : il va en prison, et ça il ne veut pas. « Je conteste cette décision », souffle-t-il d’un ton neutre dans le micro. Mais ça ne marche pas comme ça.

Florence Saint-Arroman

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche