Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Extorsion et violences au menu

En ce vendredi 19 avril 2019, des jeunes gens distrayaient leur soirée à Saint-Marcel. L’un d’eux, Alex*, s’offre même une bouteille d’alcool quand un type qu’il ne connait pas vient lui demander de lui en offrir un verre. Alex refuse. Le lendemain une jolie pépète le demande comme ami sur Facebook puis le charme un peu et lui fixe un rendez-vous à la Roseraie de Châtenoy-en-Bresse. C’est un traquenard.

« Effet de groupe » plaidera maître Diry, ça se peut bien. Ils sont trois à être jugés selon la procédure de comparution immédiate ce jeudi 11 juillet. Bill, 20 ans, est en détention provisoire depuis le 20 juin, Rémy, 25 ans, et Anna, 20 ans, se présentent libres. Un mineur sera jugé devant la juridiction compétente pour sa participation à cette vendetta bien pourrie et un chouïa surréaliste vu les profils des prévenus. Trois casiers vierges, trois bacs pro, et les parents dans la salle. Un autre parent est assis : la mère d’Alex, principale victime. Un copain l’accompagnait à la Roseraie, il est victime aussi, il y a eu peur également, mais il est absent et non représenté.

« Tu vois, tu m’aurais passé un verre de ta bouteille hier, ça serait pas arrivé »

Peur et mal, car les redresseurs de tort ont cogné. Ce samedi 20 avril, les futures victimes se pointent au lieu du rendez-vous et Alex va dire bonjour à cette fille qui l’a, quelle chance, sollicité. Là-dessus deux gars vont tourner autour de sa voiture, et un troisième surgit, Alex le reconnaît, c’est le fâcheux qui voulait boire à l’œil. Bill se jette sur lui, « tu vois, tu m’aurais passé un verre de ta bouteille hier, ça serait pas arrivé ». Il le frappe. Ça fait cher le verre mais c’est pas fini, il veut de l’argent. 100 euros puis finalement 300 euros. Le cours du coût de la sortie de boîte entre deux agents de sécurité flambe vite, dans le monde de Bill. Anna était alors avec Marina, la petite amie de Rémy. Elles ne bougent pas, n’interviennent pas, leur complicité est dès lors établie.

Coups, détention arbitraire, tentative d’extorsion par violence et menaces

Les trois garçons embarquent Alex dans une voiture, et Flo dans une autre. A coup de claques, à coup de coups. « Vous les avez contraints, explique la présidente Sordel-Lothe à Rémy qui conteste avoir détenu arbitrairement quiconque. Enfermer et maintenir quelqu’un dans une voiture, de force, c’est une séquestration. » Pendant ce temps le père d’Alex cherche à joindre son fils, mais Bill a confisqué le téléphone. Arrivé au distributeur Alex explique que son père doit peut débloquer son argent, Bill lui file l’iPhone et Alex alerte son père puis s’enfuit en criant, un vigile pas loin entend et intervient. Les deux victimes passent à l’hôpital : bleus, ecchymoses, dermabrasion. Les enquêteurs se donnent du mal, car les victimes ne connaissent pas leurs agresseurs. Alex sera entendu 4 fois, et le petit groupe est arrêté. L’iPhone a fini sa vie, jeté par la fenêtre de la voiture qui filait.

Ils ont tous à peu près tout reconnu rapidement

La téléphonie a confondu les prévenus, cela dit ils ont tous à peu près tout reconnu rapidement. Du coup l’instruction porte sur leurs niveaux d’implication et sur ce qui les a pris d’aller faire n’importe quoi. Sur ce dernier point, seule Anna explique qu’elle sortait alors avec Bill et qu’elle ne s’est pas sentie de dire non à sa demande d’aller harponner le petit gars du Premium, parce que « j’avais peur de sa réaction. Il peut être violent avec des gens, alors… » Alors « elle est terrorisée d’être à la barre » plaide maître Lépine pour cette gamine qui en effet n’en mène pas large. Le jugement est « une épreuve, vous ne la reverrez pas ici ». Maître Mirek défend Rémy et soutient, avec lui, que la qualification de « détention arbitraire d’otage pour faciliter un crime ou un délit » est un peu forte, d’autant que sa copine, Marina, entendue elle aussi, a reconnu sa participation et n’est pas poursuivie. Elle avait emprunté la voiture de ses parents pour aller à la Roseraie. « Elle est la fille du maire de xxx, et sa mère est élue au conseil général. Elle n’est pas inquiétée, je m’interroge » plaide l’avocate.

« Le laisser en prison, c’est commencer à en faire ce qu’il n’est pas »

Rémy en a gros et le dit avant la suspension d’audience car son ex-copine a déclaré en audition : « Ces gens ne sont pas comme nous, nous n’avons pas les mêmes valeurs. » Ces mots ont valeur, eux, de trahison, et ça ne passe pas. Quant à Bill, « le laisser en prison, c’est commencer à en faire ce qu’il n’est pas ». Maître Diry plaide contre la prolongation de son incarcération requise par Christel Benedetti, substitut du procureur. Reste la situation d’Alex, qui n’a pas voulu venir à l’audience revivre l’agression sauvage et aussi cette trahison (décidément !) d’une fille qui a joué avec lui. Une blessure de plus, et pas la moindre. « Son préjudice est sans commune mesure avec la frustration ressentie par monsieur B. lorsqu’on lui a refusé un verre en boîte de nuit. » Maître Leray porte la parole d’Alex devant le tribunal. Sa peur de sortir, les menaces qu’ont pu lui lancer des membres de l’entourage de Bill qui entretiennent un niveau d’anxiété handicapant, « préjudice conséquent ».

15 mois de prison, 2 ans sous main de justice, « pour un verre d’alcool »

Après quasiment 4 heures d’audience le tribunal les déclare tous trois coupables de ce qui est reproché à chacun. Bill est condamné à 15 mois de prison dont 8 mois sont assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Obligations de soins, de travailler, d’indemniser Alex. Interdiction de contact avec les deux victimes. Le tribunal ne décerne pas de mandat de dépôt, les 7 mois de prison ferme sont aménageables, soulagement sur les bancs de ses proches.
Rémy, « le tribunal considère que vous avez contraint physiquement et moralement Flo X, et vous saviez qu’ils allaient au distributeur de billets » : 8 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Obligation de soins (à la perquisition : du cannabis, sevrage en vue), de travailler. Interdiction de contact avec les victimes.
Anna est condamnée à 8 mois de prison avec sursis.

Des familles indignées par le comportement de ces fils

Leurs casiers judiciaires ne sont plus vierges. Le père de Rémy n’a pas fini de remonter les bretelles de son fils, les familles sont mécontentes de cette folle vendetta qui a mené leurs fils devant un tribunal, « pour un verre d’alcool ».

Florence Saint-Arroman

* Tous les prénoms ont été modifiés

Bill et Anna sont condamnés à verser 1000 euros d’indemnité à Alex, au titre de son préjudice moral (Bill devra en payer 600 et Anna 400) et 800 euros de frais d’avocat. Bill devra rembourser l’iPhone (369 euros).

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