Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - 100 g d'explosif jetés dans une cour à Saint Jean de Vaux

Un peu de la vallée des Vaux avait pris place dans la salle d’audience du TGI. Le motif hélas en était désolant. Un jeune homme d’un village voisin s’était rendu le soir du 29 juin à Saint-Jean-de-Vaux, accompagné par un ami d’enfance, dans l’idée de donner comme une leçon aux parents de son ex-petite amie, parents dont il pensait qu’ils lui faisaient une « mauvaise réputation » et ne cherchaient finalement qu’à lui nuire.

100 grammes d’explosif jetés dans la cour : ça fait des dégâts

IL avait acheté des Cobra 8, du matériel pyrotechnique dont l’usage est interdit aux particuliers (et réservé aux artificiers) en raison de leur charge explosive déjà élevée (environ 100 grammes). Son copain avait essayé de le dissuader, sans succès. Ils avaient tous deux beaucoup pu, ils s’étaient murgés on peut le dire. Ivres, ils balancent le gros pétard dans la cour, l’explosion creuse une assiette de 20 cm de diamètre et projette les cailloux qui jonchaient la cour dans tous les sens. Résultat : la porte-fenêtre de la chambre à coucher du couple, son lit, leur voiture, le crépi de la maison, tout cela est cassé, abîmé. Le couple regardait alors la télévision, le tonnerre de l’explosion (entendu jusqu’à 4 km à la ronde) les jette dehors, ils sont effarés, et ils en restent encore fragilisés, au moins madame, tant ce genre d’agression crée des peurs rétrospectives et des anxiétés qui mettent du temps à s’apaiser.

Du monde pour assister au jugement du petit, celui qu’on gâte tant et qui persiste à déconner

Le couple a déjà eu des accrochages avec l’ancien petit ami de leur fille, ils s’en ouvrent aux gendarmes, ceux-ci enquêtent, trouvent des preuves, obtiennent sans mal, dirait-on, des aveux. T. X est dans le box, il a 20 ans, il est l’auteur principal et fut placé en détention provisoire le 6 juillet dernier. T. Y. son ami d’enfance comparaît libre : il se fait remonter les bretelles par les magistrats. Qu’a-t-il dans le caillou pour être à ce point influençable ? S’en prendre à des gens pour rien, comme ça ? Il en convient. Dans le box se joue une autre partie. T. X. use de cannabis et d’alcool, mélange explosif lui aussi, et qui peut rendre parano. Dans la salle, sa famille. Ses parents, sa sœur, son oncle, sa grand-mère, ça fait du monde pour assister au jugement du petit, celui qu’on gâte tant et qui persiste à déconner.

A 20 ans, il aurait « tout pour lui » ? L’audience vient crier que non, mais c’est compliqué

« Il a tout pour lui » : ces quelques mots reviennent sur toutes les lèvres, ils deviennent la rengaine de l’audience. En effet, à 20 ans, le jeune homme bénéficie d’un CDI, il est l’employé de son père. A 20 ans il est propriétaire de sa maison, il y fut aidé par sa famille. A 20 ans, il aurait donc « tout pour lui », et pourtant il persiste à faire la démonstration du contraire. Du coup il a « un passé pénal » comme dit la présidente Pertuisot, qui lui a valu la détention provisoire : condamné en 2018 pour CEA, refus d’obtempérer, outrage et rébellion, puis pour violence sous la menace d’une arme (son ex-copine), puis pour violences (sur quelqu’un d’autre). « Votre père vous offre toutes les conditions pour être bien, peu de jeunes ont cette chance. » T. X se donne un mal fou et se fait du mal aussi au passage pour raconter, peut-être, que cette chance n’en est pas une pour lui ? Ou si elle en est une, qu’il n’a pas les moyens de s’en saisir pour lui ?

TS pendant sa GAV. Quelle force faut-il mettre pour se couper à soi-même la respiration ?

Les gendarmes ont dû stresser, retrouvant ce jeune homme toujours assis mais en état d’asphyxie. Sa nuque ne soutenait plus sa tête, elle était tombée, sans force. Il s’était étranglé avec son débardeur. Quelle force faut-il mettre pour se couper à soi-même la respiration ainsi ? Quel niveau de désespoir ou de non-sens faut-il atteindre ? Evidemment les éléments du puzzle exposés à l’audience ne permettent pas d’en comprendre quoi que ce soit, et un des juges assesseurs essaie de remettre un peu de mesure : « Vous attaquez ce couple, vous tentez de vous suicider, tout est disproportionné, monsieur, dans ce que vous faites. Toutes vos décisions sont à côté de la plaque. » C’est que ces décisions là ressemblent davantage à des passages à l’acte, comme disent les psy mais aussi les magistrats, qu’à des choix, raisonnés et raisonnables, dans le fil de son intérêt. Où est son intérêt ? La femme du couple victime a spontanément les mots, il faut dire qu’elle le connaît depuis son adolescence : « T. je suis vraiment triste pour toi. Je t’estime beaucoup, il faut te faire soigner. »

« La société ne badine pas avec ceux qui mettent la vie des autres en danger »

Derechef, Aline Sanez-Cobo, vice-procureur, synthétise le tout : « Monsieur Y est un imbécile, un suiveur. Il essaie de le dissuader mais il allume la mèche. T. X est l’instigateur. Pour des dégradations volontaires par un moyen dangereux ils encourent 10 ans de prison car la société ne badine pas avec ceux qui mettent la vie des autres en danger. T. X fut pris dans un délire de persécution et de paranoïa, il l’a ruminé et est allé mettre une famille en danger. C’est quelqu’un qui a beaucoup de chance, mais ça tourne pas rond chez lui. Son père a dit aux gendarmes qu’il n’en pouvait plus, que son fils, qu’il aime, ne supporte plus rien. Qu’il n’aille pas bien est une évidence mais c’est son problème, pas le nôtre. Il faut qu’il arrête de faire porter son mal-être aux autres, qu’il fasse enfin ce qu’il faut pour, c’est à lui de faire le nécessaire. »

Maître Mirek tempère l’idée selon laquelle son client serait déresponsabilisé par sa famille

Elle requiert contre T. Y un sursis-TIG de 130 heures, et contre le fils prodigue 9 mois de prison dont 5 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve. Elle demande le maintien en détention pour les 4 mois ferme, et la révocation intégrale des sursis antérieurs avec leur mise à exécution : ça ferait plus d’un an de prison ferme en tout. Le gamin doit sentir le vent du boulet, d’autant plus qu’il trouve que la prison, « c’est l’enfer ». Place aux avocats. Maître Sarikan (pour le co-auteur) et maître Mirek plaident une requalification des faits qui écarterait le moyen dangereux, « c’était seulement un gros pétard ». Maître Mirek tempère l’idée selon laquelle son client serait comme entretenu, finalement, et redevable de tout à sa famille, « il paie lui-même son crédit immobilier », et précise que si le père s’est montré franc sur la situation de ce fils qui échappe à tout contrôle, les parents et sa sœur ont versé des attestations comme quoi ils étaient bien présents pour lui et disposés à l’accompagner autant qu’il le faudra.

14 mois de prison et un SME de 2 ans pour l’auteur principal

Le tribunal condamne le jeune co-auteur à 4 mois de prison assortis d’un sursis simple. L’auteur principal, lui, prend en tout 14 mois de prison (4 mois + révocations des 2 sursis de 2018, soit 6 et 4 mois). Le tribunal n’ordonne pas son maintien en détention, la peine est donc aménageable, sous réserve que le juge d’application des peines ait les garanties nécessaires. Le jeune condamné devient plus réceptif. Il sera pendant 2 ans en sursis mis à l’épreuve : obligation de travailler, de se soigner, d’indemniser. Interdiction d’entrer en contact avec le couple victime et leur fille. Les deux amis sont responsables des dommages, il leur faudra payer les réparations et les indemnités pour préjudice moral qui seront fixées lors d’une autre audience, à l’automne.

« Le corollaire de la liberté, c’est la responsabilité »

« Monsieur, il faut que vous investissiez des soins qui ne soient pas que de parade. » Il a relevé la tête et écoute la présidente. « Ce n’est pas à vos parents d’indemniser, c’est à vous. » Il acquiesce et il dit « oui ». « Le corollaire de la liberté, c’est la responsabilité » disait un des juges lors de l’audience précédente. En principe, celui-là doit le savoir, désormais, puisqu’aussi bien, tout s’apprend.

Florence Saint-Arroman

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